N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

Ce nouvel opus d’Évelyne Wilwerth se déroule lors d’une après-midi caniculaire sur une place en demi-cercle d’une capitale européenne. Il se présente sous la forme de 45 tableaux proposant tour à tour le point de vue de différents personnages transitant sur ladite place. Certains se connaissent, s’observent, tissant les fils d’un réseau qui prend presque forme humaine, tellement on sent battre ses pulsations.

On découvre alors sans transition l’univers d’Apolline, cette artiste peintre en deuil et en mal d’inspiration ; Canberra et Lausanne en plein vertige sensuel ; Nadim qui, du haut de ses 6 ans, veut s’ouvrir aux changements ; Athanase, le vieux Grec en plein questionnement existentiel ; la Frisée, qui tient toujours un objet noir en main ; Dame Dentelle, une fleur assoiffée sur son balcon ; enfin, Corbillard, le chien d’un SDF, fidèle à son maître, alors qu’il n’a que des miettes de nourriture et de tendresse.

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Sauveur & fils (Marie-Aude Murail)

Sauveur & fils (Marie-Aude Murail)

Résumé de l’éditeur

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kilos.

Côté jardin, il mène sa vie privée avec son fils Lazare de 9 ans et il a quelque espoir de reconstruire une famille avec Louise Rocheteau et ses deux enfants.

Côté ville, Sauveur reçoit ses patients. Parmi eux : Ella Kuypens, 13 ans, qui se travestit en garçon et chante Sans contrefaçon, de Mylène Farmer, devant son miroir, Blandine Carré, 12 ans, qui se shoote aux bonbons Haribo et fait un tabac sur YouTube avec ses vidéos de poupées Pullip, Gabin Poupard, 17 ans, qui est Elfe de la Nuit dans World of Warcraft et qui squatte le grenier de son psy dans le civil, Samuel Cahen, 16 ans, qui ne se lave plus mais s’étonne de collectionner les râteaux avec les filles, ou encore Alex et Charlie qui, comme leurs prénoms ne l’indiquent pas, sont deux jeunes femmes souhaitant avoir ensemble un bébé…

Décidément, les humains sont de drôles de gens.

 

Mon avis

Profondément touchée par le 1er tome de la série, c’est avec une certaine fébrilité que je me suis jetée sur ce 2e volet. Et je n’ai pas été déçue. Explications…

On retrouve Sauveur et Lazare après leur retour du voyage aux Antilles, avec la galerie de personnages présents dans le précédent opus (certains ont disparu, mais on obtient quand même des nouvelles d’eux). On découvre également les nouveaux arrivés : entre un Samuel traqué par une mère possessive, une Martiniquaise souffrant de TOC de propreté, une petite Raja traumatisée par la guerre en Syrie ou un vieux SDF qui vient trouver refuge chez Sauveur, on n’a pas de quoi s’ennuyer. À cela, vous ajoutez Gabin qui squatte le grenier de Sauveur, Louise (la nouvelle amoureuse de Sauveur) qui reporte constamment son emménagement chez les Saint-Yves, Lazare qui est ravi d’emménager bientôt avec son meilleur ami (le fils de Louise), bref c’est parfois un peu le bazar, mais Sauveur le gère assez bien (même s’il est parfois dépassé et que la frontière entre vie privée et professionnelle est parfois ténue).

« Être une larve rose aux yeux clos, se disait Sauveur ce vendredi matin, penché au-dessus de la cage de madame Gustavia. Avoir un instinct de survie, mais ne pas savoir qu’on va mourir. Être un hamster de cinq jours. Ne pas porter sur ses épaules la responsabilité de Margaux Carré, d’Ella Kuypens, de Gabin Poupard, de madame Gervaise Germain, de la petite Raja Haddad… Alex et Charlie avaient décommandé leur rendez-vous de la fin d’après-midi, mais Pénélope Motin avait surgi de nulle part avec un nouveau problème qui « urgeait ». Vu sa désinvolture, Sauveur aurait pu l’envoyer promener. Mais la jeune femme lui demeurait indéchiffrable. C’était ce qui lui permettait de supporter son métier : la curiosité. »

L’histoire se poursuit également avec les hamsters car ils se sont reproduits (Madame Gustavia a eu des enfants avec son fils, hum !), il va falloir les caser quelque part…

Dans ce 2e volet, Sauveur est toujours aussi touchant, avec sa profonde bienveillance, ses failles qu’il essaye d’assumer au quotidien et sa volonté de cohabiter avec sa nouvelle amoureuse, malgré les protestations de sa belle-fille, victime des manipulations d’un père jaloux (vous suivez toujours ?). Ce qui est vraiment chouette, c’est qu’on découvre ici toute la complexité et les hésitations propres aux familles recomposées. Les soucis n’échappent pas à Sauveur, même s’il est psy clinicien.

Marie-Aude Murail aborde dans ce roman toute une série de thèmes difficiles mais actuels (famille recomposée, harcèlement scolaire, traumatisme de guerre, homosexualité, TOC,…) avec beaucoup de justesse et de pudeur, ce qui fait qu’on ne bascule jamais dans le voyeurisme. On est amené à lire des dialogues tour à tour graves, drôles, légers, touchants, qui révèlent chez l’auteure un profond amour du genre humain et une grande compassion pour les fragilités humaines. Je suis conquise par ce roman, tout comme je l’ai été par le précédent volume !

 

Le +

  • Les tranches de vie des patients sont vraisemblables et témoignent d’un grand travail de documentation.
  • Dans le précédent tome, l’apparition des hamsters me paraissait un peu plaquée ; ici, leur présence est toute naturelle et apporte quelques notes d’humour à l’histoire.
  • On est amené à lire des destins brisés, mais ce n’est à aucun moment lourd car l’auteure présente toujours les personnages avec beaucoup de délicatesse et de bienveillance.
  • Malgré la dureté de certains thèmes abordés, le roman n’est pas pesant à lire, l’auteure distillant toujours une note d’espoir quelque part.

 

Le –

  • La couverture un peu infantile ne reflète pas la richesse du contenu du roman.
  • Il y a un très gros défaut à ce roman : c’est une fiction, Sauveur Saint-Yves n’existe pas (c’est nul, je veux l’épouser ! avec Ned Stark…).

 

Le coin des profs

  • Tout comme le 1er tome, ce nouveau volet présente un style assez travaillé. Donc, à mettre uniquement dans les mains de bons lecteurs.
  • Ce roman est idéal pour des élèves qui travailleront dans le secteur social.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium »)
  • 314p.
  • 17€

 

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