Littérature belge

La lune est à nous (Cindy Van Wilder)

La lune est à nous (Cindy Van Wilder)

La lune est à nous est un roman polyphonique où nous découvrons les voix d’Olive et Maximilien (surnommé « Bouboule »). D’un côté, Olive vit chez son oncle et sa tante, depuis la disparition de ses parents congolais lors d’un voyage dans leur pays natal. Ses trois grands frères ayant déjà quitté le nid, Olive se retrouve seule avec ses tuteurs qui n’ont pas de fibre parentale. La cohabitation n’est pas toujours facile, Olive a trouvé refuge au Dépôt, un centre culturel où elle a élu sa famille de cœur dans la joyeuse bande de bénévoles.

De l’autre côté, Bouboule est récemment arrivé en Belgique suite à la séparation de ses parents. Son père étant un photographe en perpétuel voyage, il a suivi sa mère dans son pays natal avec son petit frère Elliot. Depuis le déménagement, Bouboule ne s’occupe plus que des tâches alimentaires et ménagères ; la communication avec sa mère est glaciale et se fait essentiellement par SMS. Heureusement, il a un chouette pouvoir d’autodérision et une belle complicité l’unit à son frère, dont il s’occupe.

Olive et Bouboule ont un point commun : ils sont gros. Leur différence ? Olive est bien dans sa peau, elle a appris à apprivoiser ses formes. En témoigne son compte Instagram où elle poste des photos d’elle authentiques, sans retouche ou filtre. Bouboule, lui, hait son corps. Il est en rage contre lui-même et les autres, il ne supporte plus sa différence. Il a honte de son homosexualité, dont il n’ose parler à personne.

Ces deux-là se rencontrent dans un contexte naissant de harcèlement dont Olive est victime. Touché en plein cœur par la cruauté des réactions face à la peau noire et aux rondeurs d’Olive, il prend sa défense en public alors qu’il ne la connaît même pas. Une connexion s’établit instantanément entre eux.

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Une dose de douleur nécessaire (Victoire De Changy)

Une dose de douleur nécessaire (Victoire De Changy)

Les deux héros se sont rencontrés dans un bar à Bruxelles où ils ont pris l’habitude de se raconter leur journée. Lui a 52 ans et travaille à la radio ; elle a la moitié de son âge. Nous ne connaîtrons pas leur prénom. Pendant quelques mois, ils se retrouvent au même endroit sans se fixer de rendez-vous, pour le plaisir de parler. Un lien se tisse peu à peu, ils vont à un concert, puis se voient chez elle, en journée et à rideaux fermés uniquement, c’est que l’homme est marié et père de famille.

Le récit est présenté comme un huis clos où l’on voit évoluer une histoire banale et singulière à la fois entre les deux amants. « C’est une histoire longue distance, sans la distance. » La lassitude n’a pas la possibilité de s’infiltrer dans leur couple, et pour cause, les tourtereaux refusent d’entrer dans le quotidien, ils ne savent jamais quand il se reverront, leurs moments à deux étant déterminés par les aléas de la vie familiale du quinquagénaire.

Au fil du temps, l’histoire nous donne à voir un attachement progressif entre les deux personnages, attachement qui va de pair, chez l’héroïne, avec la peur de la fin et la découverte du manque viscéral.

Quand il n’est pas là, son propre corps lui échappe. Sans ses grands yeux conquis pour lui donner forme, elle se sent laide, quelconque, mal faite. Avant la nuit elle enlève sa robe très vite, sans un regard pour elle dans le miroir. Si elle est toujours aussi belle que la veille dans ses bras, elle ne veut pas le savoir. Elle ne veut pas se savoir. Autant elle mange autant elle ne dort pas, quand il n’est pas là.

La jeune femme n’est pas dupe, elle est plus attachée à son amant que lui à elle. Elle lui a donné son cœur sans concession, elle découvre un profond sentiment de solitude dans tous les moments où son homme est absent, seule sa présence donne du sens. Son univers tourne désormais autour de lui et rien que pour lui.

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La ménopause des fées (Gudule)

La ménopause des fées (Gudule)

Depuis la disparition de la forêt de Brocéliande, Merlin l’Enchanteur s’est réfugié dans la station de métro du même nom à Paris (nous sommes au XXIe siècle). Déchu suite à la furie de sa dernière maîtresse, il passe ses journées sur un banc à péter, picoler et cuver. Mais il n’est pas tout seul, ses 3 fidèles fées ont aménagé leur demeure dans les poubelles toutes proches. Celles-ci sont toutefois quelque peu différentes des fées que nous connaissons. Nous découvrons ainsi une Vivi lascive qui fait des jeux de mots foireux, une Moorgën fasciste et une Clochette pédophile qui a « le feu au cul ». Chacune d’elle ayant une langue bien pendue, cela crée parfois des étincelles : « -L’aurait pas pu crever, cette pute ? grommela-t-elle. Morgane était bien de son avis. Des garces pareilles, moins on en côtoie, mieux on se porte. Et, accessoirement, plus on se tape de mecs. » Pas de magie, malheureusement, elles sont ménopausées, en d’autres termes, elles ont épuisé leur stock de pouvoirs magiques. À cette compagnie, vous ajoutez Excalibur, un chien qui a la trique presque toute la journée. Le décor est planté.

Tombé dans une profonde léthargie à cause de la fin de l’ère moyenâgeuse, Merlin est déconnecté du monde 2.0 et est victime d’une « sensible altération de ses facultés mentales […] au grand dam des fées, spectatrices impuissantes de la métamorphose », jusqu’au jour où il rencontre par hasard Linda Graal. Il voit alors dans son nom et autour de lui des signes de renaissance de l’Ère de la Chevalerie. Il se lance donc dans la quête de son Graal, à savoir la procréation de l’Élu, un bambin qui naîtra de Linda et de Père cheval (nom perçu comme la déformation du prénom Perceval). Ainsi, le quatuor s’agrandit avec une Linda licencieuse et querelleuse et un Père cheval bisexuel qui tombe amoureux comme il change de chemise. Le conte de fée en version légende urbaine burlesque peut commencer !

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Le soupir de la paruline (Philippe Marchandise)

Le soupir de la paruline (Philippe Marchandise)

Sous le soleil de la Caroline du Sud, Shirley s’apprête à fêter ses 70 ans, entourée de ses 3 enfants. Elle a été mariée durant plus de 40 ans avec John, avec qui elle a partagé sa passion pour le golf, un sport qui les a aimantés et qui a rythmé leur vie de couple. Issus tous les deux d’une famille de golfeurs, ils se sont rencontrés tout naturellement sur le green et ont frappé des balles aux 4 coins du monde.

John était un amateur digne d’un professionnel. Il était à l’affût du matériel adéquat, mais dès qu’il avait trouvé le club qui lui convenait, il ne s’en séparait plus. Il y a du fétichisme dans le golf. Il fut l’un des premiers à essayer les clubs en graphite. Mais c’était sur les balles qu’il se montrait intraitable. Il prétendait qu’elles faisaient toute la différence. Il était capable de faire deux cents miles jusqu’à Philadelphie pour acheter le dernier modèle. John ne jouait qu’avec des balles neuves, sauf au practice. Il en prenait grand soin, comme le berger de ses brebis. Jamais il n’a perdu une balle sur un parcours !

Veuve depuis quelque temps, Shirley est touchée par la solitude et la vulnérabilité de la vieillesse, elle replonge dans ses souvenirs et s’interroge sur la vie.

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La station balnéaire qui attendait la mer (Bertrand Menut)

La station balnéaire qui attendait la mer (Bertrand Menut)

Dans une ville de province, Bogart travaille à l’office d’accommodation des vieux diplômes, chargé officiellement d’aider les universitaires à s’insérer dans le monde réel et à trouver un travail décent, officieusement un lieu où des « pros du bluff » s’échangent des petits boulots sans lendemain, une « agence tous risques des remplacements impossibles ».

Le directeur de Bogart annonce que, réchauffement climatique oblige, le bord de mer va se rapprocher, la ville deviendra sous peu une station balnéaire, il lance donc des grands plans de réaménagement urbain. Bogart a pour tâche de devenir le gardien du phare, qui arrivera dans quelques jours en pièces détachées. On le voit évoluer avec beaucoup de naturel dans cette situation atypique avec Miss Gable, la secrétaire de son patron et sa nouvelle amoureuse, mais aussi Artaban, qui a créé un mouvement littéraire intitulé « je-m’en-foutisme », dont le but est d’écrire « n’importe quoi selon ses envies, son humeur et son talent puisque, sauf cas exceptionnels, ça n’intéresse personne et tout le monde s’en fout ». Le ton est donné.

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N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

Ce nouvel opus d’Évelyne Wilwerth se déroule lors d’une après-midi caniculaire sur une place en demi-cercle d’une capitale européenne. Il se présente sous la forme de 45 tableaux proposant tour à tour le point de vue de différents personnages transitant sur ladite place. Certains se connaissent, s’observent, tissant les fils d’un réseau qui prend presque forme humaine, tellement on sent battre ses pulsations.

On découvre alors sans transition l’univers d’Apolline, cette artiste peintre en deuil et en mal d’inspiration ; Canberra et Lausanne en plein vertige sensuel ; Nadim qui, du haut de ses 6 ans, veut s’ouvrir aux changements ; Athanase, le vieux Grec en plein questionnement existentiel ; la Frisée, qui tient toujours un objet noir en main ; Dame Dentelle, une fleur assoiffée sur son balcon ; enfin, Corbillard, le chien d’un SDF, fidèle à son maître, alors qu’il n’a que des miettes de nourriture et de tendresse.

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Le silence de Belle-Île (Laurence Bertels)

Le silence de Belle-Île (Laurence Bertels)

Cédric, un assureur qui a choisi son métier sans conviction, revient dans sa Bretagne natale pour accompagner les derniers moments de vie de son grand-père. On comprend vite que le jeune homme mène une vie terne, engagé « sur les rails de l’ennui » et qu’un lien fort et régénérant l’unit à Jacques Le Garrec.

[I]l se sentait riche de tout ce qu’il avait reçu de cet homme exemplaire. Chaque fois qu’il quittait Kenavo, il repartait grandi, prêt à affronter la vie et son reflet dans le miroir. Certaines personnes vous portent, décèlent le meilleur en vous, là où d’autres guettent les failles. Cédric n’attirait pas les sympathies. Il traversait son existence sans créer de remous. Et s’en accommodait. Son père avait quitté sa mère lorsqu’elle l’attendait. Comment exister après un tel abandon ? Son grand-père avait endossé les deux rôles et lui avait donné son nom. Il lui devait tout […] Son grand-père colmata les brèches du mieux qu’il put.

Lorsque son grand-père pousse son dernier souffle, Cédric se voit remettre l’héritage auquel il s’attendait, mais aussi un mystérieux carnet sous scellé, qui s’avère être le journal intime de sa grand-mère, muette depuis qu’elle a échappé de justesse à un naufrage. Intrigué et un peu inquiet par la lettre qui l’accompagne, il se lance dans la lecture du carnet et lève peu à peu le voile sur l’existence pas si lisse que ça de ses grands-parents.

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Le silence ne répond jamais (Pierre Mainguet)

Le silence ne répond jamais (Pierre Mainguet)

Nelson Ferrer, un photographe de plus de 70 ans, revient dans la capitale de sa jeunesse après 40 ans d’absence. Le récit se déroule en 3 jours, entrecoupé d’extraits du carnet rouge de Nels, où il a consigné méticuleusement tous les souvenirs de son histoire d’amour avec Irina. On comprend peu à peu qu’il a fui sa ville natale et entrepris l’écriture de son carnet après le décès de cette femme dont il est tombé fou amoureux à 20 ans.

Chaque soir j’avais rendez-vous avec nous. Il m’arrivait parfois d’écrire chichement ou au contraire, de me laisser emporter par la joie de fallacieuses retrouvailles lorsque je plongeais tête baissée dans un épisode drôle comme celui où je raconte la première fois où nous avions fait l’amour tant bien que mal. J’étais alors l’objet de sentiments contradictoires, d’une part heureux d’être arrivé à retracer avec assez de justesse ce que nous avions vécu et en même temps horriblement malheureux puisque ces événements ne seraient jamais plus que des souvenirs dont j’étais le seul dépositaire.

Il revient dans la ville de son enfance avec une certaine appréhension, tout en étant habité par la certitude d’être à sa place : ayant appris qu’il est atteint d’une grave maladie incurable, il souhaite visiter une dernière fois certains lieux et revoir les personnes ayant marqué son existence. Quand il aura accompli cela, il mettra fin à ses jours. Pas très réjouissant, me direz-vous ? De fait, mais l’intérêt de l’histoire est ailleurs car Nelson a décidé de vivre pleinement ses derniers moments, même les gestes quotidiens.

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Mouton noir (Alex Lorette)

Mouton noir (Alex Lorette)

Dans cette nouvelle pièce, Alex Lorette nous livre une histoire sur le thème du harcèlement scolaire : à presque 15 ans, Camille est victime des vexations de jeunes de son école. À travers des dialogues très concrets, on peut découvrir une bonne déclinaison de situations de harcèlement, depuis les propos indifférents typiquement adolescents jusqu’à la cruauté sans limite, elle aussi typiquement adolescente. Quand on croit avoir bien compris de quoi il s’agit, un autre tableau nous livre un nouveau rebondissement, parce que le harcèlement ne s’arrête jamais, il s’est invité dans la maison de Camille, se faufile dans des courriels insultants, se matérialise en une page Facebook anti-Camille. Bref, il est partout, lancinant.

Aussi triste que cela puisse paraître, on n’est guère étonné de lire les conversations aux accents si justes de ces jeunes. Par contre, ce sont tous les à-côtés qui font mal, tous ces petits détails qui annoncent le drame et que personne ne veut voir. Il y a Camille, qui n’a pas de répartie, se dévalorise et croit mériter ce qui lui arrive. Il y a sa maman qui veut la faire manger pour qu’elle aille mieux. Il y a une de ses enseignantes qui lui reproche son manque d’ouverture à ses camarades de classe. Il y a cette autre qui l’accuse de fuir ses difficultés quand Camille lui confie vouloir changer d’école en plein milieu d’année. Il y a ce directeur d’école qui invite à taire ce qu’il se passe dans son école, pour « ne pas traumatiser davantage notre population d’étudiants ».

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Le hasard a un goût de cake au chocolat (Valérie Cohen)

Le hasard a un goût de cake au chocolat (Valérie Cohen)

À presque 76 ans, Adèle vient d’apprendre que son cœur fatigué ne lui laisse plus que quelques mois à vivre. Comme elle n’a pas d’enfant, elle se rend chez un notaire pour transmettre son héritage à Françoise, sa filleule, et ses trois enfants, Roxanne, Sophie et Vadim. Mais c’est bien plus que de simples biens matériels qu’elle souhaite transmettre, surtout à Roxanne et Sophie, qui sont sa sève. Observant avec bienveillance et discrétion la manière dont les deux jeunes femmes se cognent à la réalité, Adèle voudrait leur transmettre sa confiance en la vie et le lâcher-prise nécessaire pour y parvenir.

Leur inculquer les lois du hasard. Les clins d’œil du quotidien. Ces signes de la vie, invisibles pour tant d’individus barricadés dans leurs certitudes à angles droits. […] Les deux sœurs s’étaient toujours moquées avec tendresse de sa manière peu rationnelle de prendre des décisions. Adèle se fiait aux signes de l’univers, et ces derniers guidaient ses pas, comme autant de petits cailloux semés sur le chemin de la vie. […] Depuis quelques mois, une certitude s’est emparée d’elle. La mort lui paraîtra douce et acceptable le jour où Roxanne et Sophie se laisseront porter par le courant de l’existence. Encore faut-il qu’elles en possèdent le mode d’emploi. Une fois cette tâche achevée, Adèle partira, le cœur malade mais léger.

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