La lune est à nous (Cindy Van Wilder)

La lune est à nous (Cindy Van Wilder)

La lune est à nous est un roman polyphonique où nous découvrons les voix d’Olive et Maximilien (surnommé « Bouboule »). D’un côté, Olive vit chez son oncle et sa tante, depuis la disparition de ses parents congolais lors d’un voyage dans leur pays natal. Ses trois grands frères ayant déjà quitté le nid, Olive se retrouve seule avec ses tuteurs qui n’ont pas de fibre parentale. La cohabitation n’est pas toujours facile, Olive a trouvé refuge au Dépôt, un centre culturel où elle a élu sa famille de cœur dans la joyeuse bande de bénévoles.

De l’autre côté, Bouboule est récemment arrivé en Belgique suite à la séparation de ses parents. Son père étant un photographe en perpétuel voyage, il a suivi sa mère dans son pays natal avec son petit frère Elliot. Depuis le déménagement, Bouboule ne s’occupe plus que des tâches alimentaires et ménagères ; la communication avec sa mère est glaciale et se fait essentiellement par SMS. Heureusement, il a un chouette pouvoir d’autodérision et une belle complicité l’unit à son frère, dont il s’occupe.

Olive et Bouboule ont un point commun : ils sont gros. Leur différence ? Olive est bien dans sa peau, elle a appris à apprivoiser ses formes. En témoigne son compte Instagram où elle poste des photos d’elle authentiques, sans retouche ou filtre. Bouboule, lui, hait son corps. Il est en rage contre lui-même et les autres, il ne supporte plus sa différence. Il a honte de son homosexualité, dont il n’ose parler à personne.

Ces deux-là se rencontrent dans un contexte naissant de harcèlement dont Olive est victime. Touché en plein cœur par la cruauté des réactions face à la peau noire et aux rondeurs d’Olive, il prend sa défense en public alors qu’il ne la connaît même pas. Une connexion s’établit instantanément entre eux.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/09/18/van-wilder-la-lune-est-a-nous/

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Blood family (Anne Fine)

Blood family (Anne Fine)

Résumé de l’éditeur

Il revient de loin, Edward. Jusqu’à l’âge de 7 ans, il a vécu enfermé dans un appartement avec sa mère, sous l’emprise d’un homme alcoolique et violent. Lorsqu’il est délivré de son bourreau, il peut enfin découvrir le monde qui l’entoure. Mais est-il libre pour de bon ? Recueilli par les services sociaux, puis ballotté de famille d’accueil en famille d’adoption, Edward se construit en tentant d’oublier son passé. Mais au fil des années, ce passé le suit pas à pas et ne cesse de se rappeler à lui. La force, le courage et la volonté lui suffiront-ils pour lui échapper ?

 

Mon avis

A priori, la couverture noire du roman m’a plutôt repoussée, je croyais que c’était un roman policier. Quand j’ai lu qu’il s’agissait d’une histoire de maltraitance, j’ai été à la fois attirée, mais aussi un peu craintive à l’idée que le récit bascule dans le polar rempli de clichés. Il n’est en rien. J’ai littéralement dévoré ce roman, tellement il m’a plu !

Comme le résumé l’indique sur la 4e de couverture, Edward a vécu enfermé pendant 7 ans avec sa mère, sous l’emprise de Harris, un homme colérique et mauvais. Contraint de dormir sur une couverture dans un coin du salon, avec la chienne de son père, le petit garçon ne connaît de l’extérieur que ce qu’il observe par la fenêtre et ce qu’il voit dans une vieille émission télévisuelle pour enfants, enregistrée sur cassette et animée par le débonnaire Monsieur Perkins.

C’est une voisine soupçonnant des sévices qui contacte les services sociaux et permet de délivrer Edward. Mais sa souffrance ne s’arrête pas là. Sa mère a tellement subi de sévices qu’elle a en quelque sorte perdu la raison, elle n’est plus en mesure de s’occuper de son fils et est envoyée dans un hôpital psychiatrique. Edward, désormais seul, est confié à une famille d’accueil bienveillante avant d’être adopté par une autre. Le cadre est rassurant, mais les démons intérieurs d’Edward sont bien là. Habitué à ne pas faire de bruit et ne contrarier personne, le voilà parachuté dans le monde tel que nous le connaissons, avec ses multiples stimuli. Méconnaissant les codes sociaux et accusant un sévère retard scolaire, il apprend à vivre comme tout le monde avec une persévérance touchante.

Blood family est un récit polyphonique qui retrace le parcours d’Edward depuis sa sortie de prison parentale jusqu’à ce qu’il devienne un jeune adulte. Régulièrement, les démons intérieurs du héros pointent le bout de leur nez et font surfer Edward sur une pente dangereuse (alcool, drogue, fugue).

« Elle est toujours là, la douleur. Toujours. Tapie dans l’ombre comme un ennemi qui les observe et attend l’occasion de leur faire un croche-pied. »

À l’adolescence, Edward se met à redouter de ressembler un jour à son père. Pour le jeune garçon, cette crainte est terrible à vivre. Est-il destiné à devenir alcoolique et violent comme Harris ? On lit tour à tour le point de vue du protagoniste et de ses proches et on découvre la complexité du traumatisme, de ses séquelles et la difficulté pour les proches de comprendre le mystère d’un trauma qu’ils n’ont pas vécu.

Blood family est un roman coup de poing (sans mauvais jeu de mots) qui ne peut laisser aucun lecteur indifférent. Intense et humain, il met en avant un héros blessé mais lumineux, animé par une rage de vivre touchante et nous montre que s’il y a une leçon à tirer de cette histoire, c’est que l’on peut s’en sortir si on le veut vraiment et qu’il n’est pas nécessaire d’être lié par les liens du sang pour former une famille. L’hérédité ne fait pas tout, fort heureusement.

 

Le +

  • Le caractère polyphonique du roman permet d’aborder la complexité de la maltraitance avec beaucoup de profondeur et de finesse.
  • Lorsque la séquestration est relatée, à aucun moment on ne bascule dans le voyeurisme. Les détails violents sont abordés avec pudeur.
  • Le style de l’auteure est ciselé, ce qui rend le récit haletant.
  • Le courage d’Edward et sa résilience sont admirables. J’ai adoré sa façon de se raccrocher toujours au positif.

 

Le –

  • Le roman est très dur, à ne pas mettre dans des mains trop sensibles.
  • À la fin du récit, on voudrait qu’Edward soit vivant pour le prendre dans nos bras (mais c’est aussi un point positif).

 

Le coin des profs

  • Des lecteurs faibles se perdraient peut-être un peu dans la structure travaillée du roman (style ciselé, différents points de vue des personnages).
  • Le thème de la maltraitance, de l’alcool et des drogues sont très intéressants à aborder, mais ils ne laissent pas les ados indifférents. Donc, il faut avoir une certaine aisance avec ceux-ci pour les aborder en classe avec finesse, en évitant les clichés et les réactions excessives des élèves.
  • Le roman est très intéressant à aborder dans une filière sociale pour comprendre les séquelles de la maltraitance, la systémique d’une famille dysfonctionnelle et les troubles de l’attachement chez l’enfant.
  • Le roman est conseillé à partir de 12 ans, mais je ne le conseillerais pas avant 14 ans vu la dureté du sujet.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 341p.
  • 17,50€
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Une dose de douleur nécessaire (Victoire De Changy)

Une dose de douleur nécessaire (Victoire De Changy)

Les deux héros se sont rencontrés dans un bar à Bruxelles où ils ont pris l’habitude de se raconter leur journée. Lui a 52 ans et travaille à la radio ; elle a la moitié de son âge. Nous ne connaîtrons pas leur prénom. Pendant quelques mois, ils se retrouvent au même endroit sans se fixer de rendez-vous, pour le plaisir de parler. Un lien se tisse peu à peu, ils vont à un concert, puis se voient chez elle, en journée et à rideaux fermés uniquement, c’est que l’homme est marié et père de famille.

Le récit est présenté comme un huis clos où l’on voit évoluer une histoire banale et singulière à la fois entre les deux amants. « C’est une histoire longue distance, sans la distance. » La lassitude n’a pas la possibilité de s’infiltrer dans leur couple, et pour cause, les tourtereaux refusent d’entrer dans le quotidien, ils ne savent jamais quand il se reverront, leurs moments à deux étant déterminés par les aléas de la vie familiale du quinquagénaire.

Au fil du temps, l’histoire nous donne à voir un attachement progressif entre les deux personnages, attachement qui va de pair, chez l’héroïne, avec la peur de la fin et la découverte du manque viscéral.

Quand il n’est pas là, son propre corps lui échappe. Sans ses grands yeux conquis pour lui donner forme, elle se sent laide, quelconque, mal faite. Avant la nuit elle enlève sa robe très vite, sans un regard pour elle dans le miroir. Si elle est toujours aussi belle que la veille dans ses bras, elle ne veut pas le savoir. Elle ne veut pas se savoir. Autant elle mange autant elle ne dort pas, quand il n’est pas là.

La jeune femme n’est pas dupe, elle est plus attachée à son amant que lui à elle. Elle lui a donné son cœur sans concession, elle découvre un profond sentiment de solitude dans tous les moments où son homme est absent, seule sa présence donne du sens. Son univers tourne désormais autour de lui et rien que pour lui.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/08/30/changy-une-dose-de-douleur-necessaire/

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La ménopause des fées (Gudule)

La ménopause des fées (Gudule)

Depuis la disparition de la forêt de Brocéliande, Merlin l’Enchanteur s’est réfugié dans la station de métro du même nom à Paris (nous sommes au XXIe siècle). Déchu suite à la furie de sa dernière maîtresse, il passe ses journées sur un banc à péter, picoler et cuver. Mais il n’est pas tout seul, ses 3 fidèles fées ont aménagé leur demeure dans les poubelles toutes proches. Celles-ci sont toutefois quelque peu différentes des fées que nous connaissons. Nous découvrons ainsi une Vivi lascive qui fait des jeux de mots foireux, une Moorgën fasciste et une Clochette pédophile qui a « le feu au cul ». Chacune d’elle ayant une langue bien pendue, cela crée parfois des étincelles : « -L’aurait pas pu crever, cette pute ? grommela-t-elle. Morgane était bien de son avis. Des garces pareilles, moins on en côtoie, mieux on se porte. Et, accessoirement, plus on se tape de mecs. » Pas de magie, malheureusement, elles sont ménopausées, en d’autres termes, elles ont épuisé leur stock de pouvoirs magiques. À cette compagnie, vous ajoutez Excalibur, un chien qui a la trique presque toute la journée. Le décor est planté.

Tombé dans une profonde léthargie à cause de la fin de l’ère moyenâgeuse, Merlin est déconnecté du monde 2.0 et est victime d’une « sensible altération de ses facultés mentales […] au grand dam des fées, spectatrices impuissantes de la métamorphose », jusqu’au jour où il rencontre par hasard Linda Graal. Il voit alors dans son nom et autour de lui des signes de renaissance de l’Ère de la Chevalerie. Il se lance donc dans la quête de son Graal, à savoir la procréation de l’Élu, un bambin qui naîtra de Linda et de Père cheval (nom perçu comme la déformation du prénom Perceval). Ainsi, le quatuor s’agrandit avec une Linda licencieuse et querelleuse et un Père cheval bisexuel qui tombe amoureux comme il change de chemise. Le conte de fée en version légende urbaine burlesque peut commencer !

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/08/07/gudule-la-menopause-des-fees/

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Le soupir de la paruline (Philippe Marchandise)

Le soupir de la paruline (Philippe Marchandise)

Sous le soleil de la Caroline du Sud, Shirley s’apprête à fêter ses 70 ans, entourée de ses 3 enfants. Elle a été mariée durant plus de 40 ans avec John, avec qui elle a partagé sa passion pour le golf, un sport qui les a aimantés et qui a rythmé leur vie de couple. Issus tous les deux d’une famille de golfeurs, ils se sont rencontrés tout naturellement sur le green et ont frappé des balles aux 4 coins du monde.

John était un amateur digne d’un professionnel. Il était à l’affût du matériel adéquat, mais dès qu’il avait trouvé le club qui lui convenait, il ne s’en séparait plus. Il y a du fétichisme dans le golf. Il fut l’un des premiers à essayer les clubs en graphite. Mais c’était sur les balles qu’il se montrait intraitable. Il prétendait qu’elles faisaient toute la différence. Il était capable de faire deux cents miles jusqu’à Philadelphie pour acheter le dernier modèle. John ne jouait qu’avec des balles neuves, sauf au practice. Il en prenait grand soin, comme le berger de ses brebis. Jamais il n’a perdu une balle sur un parcours !

Veuve depuis quelque temps, Shirley est touchée par la solitude et la vulnérabilité de la vieillesse, elle replonge dans ses souvenirs et s’interroge sur la vie.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/06/09/marchandise-le-soupir-de-la-paruline/

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Les petits orages (Marie Chartres)

Les petits orages (Marie Chartres)

Résumé de l’éditeur

Depuis un an, la vie de Moses Laufer Victor a changé. Il y a les signes extérieurs, la jambe blessée, les boutons qui explosent sur son visage comme des volcans, et la rage incontrôlée qui s’exprime comme elle peut. Il y a les choses qui restent en lui, les souvenirs de l’accident, les mots qu’il n’arrive plus à dire avec ses parents, qui sont comme des orages en dedans. Et puis, il y a tout ce que l’on ne connaît pas encore. Un jour, au lycée, arrive Ratso, un Indien. Il a ses secrets lui aussi, il a sa colère. Mais il a surtout besoin que Moses l’accompagne à Pine Ridge, pour rendre visite à sa sœur. Parce que chacun, à sa façon, doit sortir de sa réserve.

 

Mon avis

J’ai eu un beau coup de cœur pour ce roman empli de sensibilité et de profondeur ! Je m’explique… Moses a de grosses difficultés à marcher depuis un accident de voiture, qui a aussi condamné sa mère en fauteuil roulant. Forcé de faire le deuil de son autonomie de mouvement, écrasé par la culpabilité (il pense être responsable de l’accident), le silence de son père et la bonne humeur feinte de sa mère, Moses s’adapte difficilement à sa nouvelle vie. À cela, vous ajoutez les filles du lycée qui ne lui adressent même pas un regard et dont le seul ami est un jeune Collin obsédé par les jeux de cartes. Bref, vous l’aurez compris, Moses est au bord du désespoir.

« L’empreinte d’un renard, puis le tintement de ma béquille. L’empreinte d’un renard, puis le tintement de ma béquille. Un pas, clic. Un pas, clic. C’était ma démarche bancale dans le grand couloir du lycée. Là où se retrouvaient les jeunes de mon école. Là où ils se montraient, là où ils s’observaient, là où ils se séduisaient. Je frôlais les casiers rouges. Jamais je ne marchais dans l’allée centrale. Moi, je m’extrayais, je contournais, je baissais la tête. Je fuyais, j’évitais, je m’écrasais. Je creusais le sol, je m’inventais un terrier, je m’engouffrais, je me camouflais, je disparaissais. C’était ma lente amnésie de l’instant, un évanouissement, une évaporation. J’avais envie de devenir une buée blanche, une solution. »

Voilà que Ratso (une armoire à glace fraîchement renvoyée de son ancien lycée) lui fonce dedans, le déséquilibre et ne s’excuse même pas, malgré la béquille bien visible de Moses. Tous les ingrédients sont là pour faire naître une amitié forte et authentique. Parce que Ratso est aussi un jeune homme en colère cabossé par la vie. Issu d’une tribu indienne abandonnée par l’État où règnent une pauvreté et un chômage inouïs, Ratso est, tout comme Moses, parcouru par la rage.

La rencontre entre ses deux-là fait des étincelles au début. La forte personnalité de chacun écorche l’autre, provoque surprises, larmes et énervement. Mais l’amitié naît peu à peu, impossible qu’il en soit autrement. Ils se lancent alors tous les deux dans un périple improbable en pleine réserve indienne.

« On ne pouvait pas dire qu’on faisait vraiment premiers de la classe. J’aurais même dit que c’était exactement l’inverse. Un génie dans une voiture brinquebalante. Un handicapé au milieu des blés. Voilà ce que nous étions. Parfois la vie est aussi drôle qu’elle est triste. Exactement comme le ciel mélangé que l’on avait au-dessus de nos têtes. »

Les deux garçons accumulent les imprévus et obstacles, mais ce voyage leur offrira un beau cadeau : il leur permettra d’aller à la découverte de soi. Moses entre en contact avec ses démons intérieurs et commence à apprendre à vivre avec sa colère et sa culpabilité.

« Je crois que je partais avec Ratso parce que je ne comprenais pas tout de moi. J’avais l’impression de vivre une aventure. Et ce mot « aventure » me plongeait dans un état de conscience illimité, cela ressemblait à une sorte d’éveil permanent. J’avais juste envie de bouleverser l’immobilité de mon monde, les déchirures de ma jambe et la fracture de mon cœur. »

Moses et Ratso ressortent de leur périple un peu groggy, mais plus forts, authentiques et lumineux. Un roman à lire !

 

Le +

  • Le roman traite du thème du handicap sans basculer dans les clichés, il est traité avec beaucoup de justesse.
  • Le récit se lit d’une traite, alterne joie et peine, violence et douceur, avec beaucoup de sensibilité.
  • La culpabilité et la souffrance qui découlent de l’accident sont abordées toutes en pudeur, avec, encore une fois, beaucoup de justesse.
  • Malgré le sérieux du thème abordé et la profondeur des blessures de Rasto et Moses, le roman n’est à aucun moment pesant à lire, il y a même plusieurs scènes humoristiques.

 

Le –

  • Le titre donne l’impression que l’on va lire une histoire ordinaire d’adolescent, ce qui minimise la profondeur des personnages.

 

Le coin des profs

  • Le roman est intéressant à donner à lire pour la qualité su style (ciselé et subtil).
  • Le récit évoque en filigrane les conditions de vie dans les réserves indiennes, une chouette porte d’entrée pour aborder ce genre de thème social.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 278p.
  • 16,50€

 

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La station balnéaire qui attendait la mer (Bertrand Menut)

La station balnéaire qui attendait la mer (Bertrand Menut)

Dans une ville de province, Bogart travaille à l’office d’accommodation des vieux diplômes, chargé officiellement d’aider les universitaires à s’insérer dans le monde réel et à trouver un travail décent, officieusement un lieu où des « pros du bluff » s’échangent des petits boulots sans lendemain, une « agence tous risques des remplacements impossibles ».

Le directeur de Bogart annonce que, réchauffement climatique oblige, le bord de mer va se rapprocher, la ville deviendra sous peu une station balnéaire, il lance donc des grands plans de réaménagement urbain. Bogart a pour tâche de devenir le gardien du phare, qui arrivera dans quelques jours en pièces détachées. On le voit évoluer avec beaucoup de naturel dans cette situation atypique avec Miss Gable, la secrétaire de son patron et sa nouvelle amoureuse, mais aussi Artaban, qui a créé un mouvement littéraire intitulé « je-m’en-foutisme », dont le but est d’écrire « n’importe quoi selon ses envies, son humeur et son talent puisque, sauf cas exceptionnels, ça n’intéresse personne et tout le monde s’en fout ». Le ton est donné.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/05/10/menut-la-station-balneaire-qui-attendait-la-mer/

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La nébuleuse Alma (Luc Blanvillain)

La nébuleuse Alma (Luc Blanvillain)

Résumé de l’éditeur

Le jour où Alma a embrassé Robin pour la première fois devant le lycée, après huit semaines de patience, de faux espoirs, de SMS, et près de vingt-six nuits passées à dormir le téléphone contre l’oreille au risque de griller ses neurones déjà bien endommagés par le coup de foudre, ce jour-là, elle a perdu sa meilleure amie.

Comment aurait-elle pu deviner que, en venant partager avec Jade son bonheur tout neuf, cette dernière lui annoncerait que tout était fini entre elles ? Et pour quelle raison ? L’ennui ! Jade s’est lassée d’Alma qu’elle trouve trop gamine, égoïste et superficielle. Certes, contrairement à son amie Jade, Alma ne s’est jamais souciée des sans-papiers ni des SDF ; elle ne milite dans aucune association et n’a jamais pris la peine de lire un seul article sur la guerre en Syrie. Mais est-ce une raison pour la chasser comme une malpropre ?

Il y a autre chose. Forcément.

 

Mon avis

Le titre du roman m’a donné l’impression que j’allais lire l’histoire d’une ado tourmentée et/ ou compliquée, mais il n’en est rien. Alma est une jeune fille qui se cherche, en plein questionnement face à son histoire d’amour naissante et sa meilleure amie qui vient de lui tourner le dos. C’est une jeune fille assez ordinaire, mais attachante, surtout lorsqu’elle parle des différents « moi » en elle. Il y en a notamment un qui lui fait dire exactement ce qu’il ne faut pas dire dans les situations délicates, ce qui nous donne l’occasion de lire des dialogues assez cocasses.

Alma vit sa première histoire d’amour avec Robin, qui est mise en avant dans la quatrième de couverture, mais je n’ai pas trouvé leur histoire si intéressante : elle est assez banale et le personnage de Robin est un amoureux parfait assez lisse. Par contre, Octave, le petit frère d’Alma, est plutôt chouette. Assez fin et mûr pour son âge, il se considère au même niveau que sa grande sœur et ne se prive pas de lui donner des conseils amoureux (conseils donnés en concertation avec la grand-mère, une belle équipe de choc !).

L’intrigue du roman est essentiellement centrée sur la tentative de reconquête de Jade par Alma. Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas tellement de savoir si elle va y arriver ou pas. Lorsqu’elle va faire ses premiers pas dans une association contre l’illettrisme, Alma va être confrontée au monde actuel, s’ouvrir aux autres et élaborer progressivement son point de vue sur les inégalités sociales en fonction de ses questionnements et observations.

 

Le +

  • C’est une histoire agréable et facile à lire où les lecteurs s’identifieront facilement à Alma.
  • Alma est un personnage sincère et touchant.
  • Le thème de la peine d’amitié est moins souvent traité que la peine d’amour en littérature de jeunesse.
  • Le récit est agrémenté de citations inspirantes de Verlaine et Camus qui poussent Alma à réfléchir par rapport à sa réalité du moment.

 

Le –

  • L’histoire est assez ordinaire, il n’y a pas vraiment de surprise.
  • Le discours militant de Jade est assez convenu, moralisateur et méprisant, ce qui peut donner aux jeunes lecteurs une fausse idée sur les personnes engagées dans des luttes sociales (elles ne sont pas toutes comme ça).

 

Le coin des profs

  • Le roman ne présente aucune difficulté de lecture. À proposer à des lecteurs qui ont besoin d’une lecture simple et fluide, sans tralala.
  • Le thème de l’homosexualité apparaît en second plan et permet d’ouvrir une porte pour aborder le thème en classe.

 

Infos pratiques

  • Des 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 254p.
  • 15,80€
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Golden Valley (Gaël Aymon)

Golden Valley (Gaël Aymon)

Résumé de l’éditeur

Lorsqu’il débarque à l’aéroport de Yangon en Birmanie, Maximilien est accablé par la chaleur et l’ennui. Rejoindre ses parents expatriés dans le quartier chic de Golden Valley n’est pas le programme dont il avait rêvé cet été-là. Mais quand Max rencontre Dolly dans une soirée de la jeunesse dorée, c’est le choc. Elle a vingt ans, elle est belle, brillante, follement attirante. Leur complicité charnelle est une révélation qui en annonce bien d’autres. Car Dolly est aussi la fille d’un riche industriel birman, associé au père de Max dans la construction d’un barrage hydraulique…

Quand une rencontre amoureuse bouscule tous les repères et fait émerger une conscience politique, sociale, individuelle… On se révolte et on vibre avec Max d’un bout à l’autre de ce roman intense au parfum d’exotisme.

 

Mon avis

Au début du roman, Maximilien apparaît comme peu sympathique. C’est le cliché du beau gosse sportif, issu d’une grande école et d’une famille riche. Parachuté dans ce pays qu’il ne souhaite pas connaître, entre sa mère qui lui tape vite sur le système, son père archi-occupé par son boulot et la piscine de la villa trop petite pour faire des longueurs, il se vautre dans le luxe sans se poser de question.

Il rencontre assez rapidement d’autres jeunes expatriés comme lui, ils vont passer leur temps à faire la fête dans les bars et jouer à des jeux vidéo chez l’un ou chez l’autre. C’est dans ces circonstances qu’il rencontre Molly, 20 ans, la sœur de son ami Brandon, qui semble collée à son téléphone portable. Il a le coup de foudre pour elle, mais la sent inatteignable. Elle fait un pas vers lui, une histoire d’amour commence, mais ils doivent se cacher car en Birmanie, les femmes qui sortent avec des étrangers sont très mal vues.

Sa rencontre avec Dolly est intéressante car celle-ci va lui ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe dans son pays. Engagée secrètement dans un mouvement de lutte pour la libération de la Birmanie, elle va transmettre à Maximilien sa façon de vibrer pour créer un monde meilleur, plus juste, moins dominé par l’argent et les enjeux de pouvoir. Le choc des cultures est intéressant aussi. En tant qu’étranger issu d’une famille riche, il est traité avec respect, mais il sent aussi certains regards pesants sur lui. Grâce à Dolly, Max découvre quelques pans de l’histoire de la Birmanie et ouvre les yeux sur le monde.

« Lentement, tous les jours, je désapprenais le monde tel que je l’avais conçu, pour le réapprendre par les yeux de Dolly. Chaque geste, chaque action quotidienne prenait un nouveau sens. Je me remplissais d’elle, j’étais avide de tout. Elle était mon salut. Celle qui allait m’aider à ne pas devenir celui que je ne voulais plus être. »

Lorsqu’il est confronté aux malhonnêtetés de son père face aux Birmans pauvres, les certitudes de Max s’effondrent, les paillettes du monde des nantis disparaissent. Il va devoir faire un choix…

« Depuis que nous étions là, ils se comportaient avec une extrême prudence, comme Dolly l’avait parfois fait avec moi. Comme si j’étais potentiellement dangereux. Et mon milieu, ma famille me semblaient comme une faute dont je devais me justifier, me laver. En me voyant entrer, Sandar avait pris son mari à part dans la cuisine, pour le questionner, à voix basse et en birman. J’avais entendu Trevor lui répondre : « Ne t’en fais pas. C’est l’ami de Dolly Mya Yi. » »

Le style de l’auteur est travaillé, ce qui rend le roman intense et puissant. Tous les ingrédients sont présents pour éveiller des consciences politiques… La note de l’auteur à la fin du roman est édifiante à ce sujet. Voici un extrait :

« Combien de variables d’ajustement la notion de démocratie connaît-elle, selon le pays dans lequel on vit, le pays dont on parle, ou les intérêts économiques qu’on y trouve ? Où est la liberté et qui porte finalement les chaînes ?

S’il n’y a « pas de condition plus décisive pour occuper des positions dominantes que de sincèrement croire être fait pour les occuper » (Sociologie de la bourgeoisie, M. et M. Pinçon) que se passe-t-il lorsque le doute s’installe et qu’un grain de sable vient gripper la machine ? L’adolescence est ce moment de la vie qui peut soudain faire bifurquer une ligne droite. Mais comment échapper à sa condition, quelle qu’elle soit, à un âge où le sentiment d’impuissance domine ?

Les récents bouleversements de la société birmane ne sont pas tant au cœur de ce roman que ce qui n’y change jamais. Cette classe ultraprivilégiée dont ni les codes ni l’existence ne sont réellement affectés par les changements sociétaux, et qu’on retrouve immuable, partout dans le monde. »

 

Le +

  • Le choc des cultures est intéressant, surtout que Maximilien ne sait rien de la Birmanie ; les jeunes lecteurs sont donc au même stade de connaissance que lui;
  • L’histoire d’amour plaira à coup sûr (le premier coup de foudre d’un beau gosse, c’est plaisant à lire).

 

Le –

  • L’histoire de la Birmanie et les conflits qui la caractérisent son assez simplifiés, on a envie d’en savoir un peu plus.

 

Le coin des profs

  • Ce roman ne présente aucune difficulté de lecture et est une bonne entrée en matière pour aborder l’économie et la politique dans les pays en voie de développement.

 

Infos pratiques

  • À partir de 14 ans
  • Gallimard (collection « Scripto »)
  • 192p.
  • 8,65€
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N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

Ce nouvel opus d’Évelyne Wilwerth se déroule lors d’une après-midi caniculaire sur une place en demi-cercle d’une capitale européenne. Il se présente sous la forme de 45 tableaux proposant tour à tour le point de vue de différents personnages transitant sur ladite place. Certains se connaissent, s’observent, tissant les fils d’un réseau qui prend presque forme humaine, tellement on sent battre ses pulsations.

On découvre alors sans transition l’univers d’Apolline, cette artiste peintre en deuil et en mal d’inspiration ; Canberra et Lausanne en plein vertige sensuel ; Nadim qui, du haut de ses 6 ans, veut s’ouvrir aux changements ; Athanase, le vieux Grec en plein questionnement existentiel ; la Frisée, qui tient toujours un objet noir en main ; Dame Dentelle, une fleur assoiffée sur son balcon ; enfin, Corbillard, le chien d’un SDF, fidèle à son maître, alors qu’il n’a que des miettes de nourriture et de tendresse.

Lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/02/20/wilwerth-n-oublions-jamais-les-caresses/

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