La ménopause des fées (Gudule)

La ménopause des fées (Gudule)

Depuis la disparition de la forêt de Brocéliande, Merlin l’Enchanteur s’est réfugié dans la station de métro du même nom à Paris (nous sommes au XXIe siècle). Déchu suite à la furie de sa dernière maîtresse, il passe ses journées sur un banc à péter, picoler et cuver. Mais il n’est pas tout seul, ses 3 fidèles fées ont aménagé leur demeure dans les poubelles toutes proches. Celles-ci sont toutefois quelque peu différentes des fées que nous connaissons. Nous découvrons ainsi une Vivi lascive qui fait des jeux de mots foireux, une Moorgën fasciste et une Clochette pédophile qui a « le feu au cul ». Chacune d’elle ayant une langue bien pendue, cela crée parfois des étincelles : « -L’aurait pas pu crever, cette pute ? grommela-t-elle. Morgane était bien de son avis. Des garces pareilles, moins on en côtoie, mieux on se porte. Et, accessoirement, plus on se tape de mecs. » Pas de magie, malheureusement, elles sont ménopausées, en d’autres termes, elles ont épuisé leur stock de pouvoirs magiques. À cette compagnie, vous ajoutez Excalibur, un chien qui a la trique presque toute la journée. Le décor est planté.

Tombé dans une profonde léthargie à cause de la fin de l’ère moyenâgeuse, Merlin est déconnecté du monde 2.0 et est victime d’une « sensible altération de ses facultés mentales […] au grand dam des fées, spectatrices impuissantes de la métamorphose », jusqu’au jour où il rencontre par hasard Linda Graal. Il voit alors dans son nom et autour de lui des signes de renaissance de l’Ère de la Chevalerie. Il se lance donc dans la quête de son Graal, à savoir la procréation de l’Élu, un bambin qui naîtra de Linda et de Père cheval (nom perçu comme la déformation du prénom Perceval). Ainsi, le quatuor s’agrandit avec une Linda licencieuse et querelleuse et un Père cheval bisexuel qui tombe amoureux comme il change de chemise. Le conte de fée en version légende urbaine burlesque peut commencer !

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/08/07/gudule-la-menopause-des-fees/

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Le soupir de la paruline (Philippe Marchandise)

Le soupir de la paruline (Philippe Marchandise)

Sous le soleil de la Caroline du Sud, Shirley s’apprête à fêter ses 70 ans, entourée de ses 3 enfants. Elle a été mariée durant plus de 40 ans avec John, avec qui elle a partagé sa passion pour le golf, un sport qui les a aimantés et qui a rythmé leur vie de couple. Issus tous les deux d’une famille de golfeurs, ils se sont rencontrés tout naturellement sur le green et ont frappé des balles aux 4 coins du monde.

John était un amateur digne d’un professionnel. Il était à l’affût du matériel adéquat, mais dès qu’il avait trouvé le club qui lui convenait, il ne s’en séparait plus. Il y a du fétichisme dans le golf. Il fut l’un des premiers à essayer les clubs en graphite. Mais c’était sur les balles qu’il se montrait intraitable. Il prétendait qu’elles faisaient toute la différence. Il était capable de faire deux cents miles jusqu’à Philadelphie pour acheter le dernier modèle. John ne jouait qu’avec des balles neuves, sauf au practice. Il en prenait grand soin, comme le berger de ses brebis. Jamais il n’a perdu une balle sur un parcours !

Veuve depuis quelque temps, Shirley est touchée par la solitude et la vulnérabilité de la vieillesse, elle replonge dans ses souvenirs et s’interroge sur la vie.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/06/09/marchandise-le-soupir-de-la-paruline/

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Les petits orages (Marie Chartres)

Les petits orages (Marie Chartres)

Résumé de l’éditeur

Depuis un an, la vie de Moses Laufer Victor a changé. Il y a les signes extérieurs, la jambe blessée, les boutons qui explosent sur son visage comme des volcans, et la rage incontrôlée qui s’exprime comme elle peut. Il y a les choses qui restent en lui, les souvenirs de l’accident, les mots qu’il n’arrive plus à dire avec ses parents, qui sont comme des orages en dedans. Et puis, il y a tout ce que l’on ne connaît pas encore. Un jour, au lycée, arrive Ratso, un Indien. Il a ses secrets lui aussi, il a sa colère. Mais il a surtout besoin que Moses l’accompagne à Pine Ridge, pour rendre visite à sa sœur. Parce que chacun, à sa façon, doit sortir de sa réserve.

 

Mon avis

J’ai eu un beau coup de cœur pour ce roman empli de sensibilité et de profondeur ! Je m’explique… Moses a de grosses difficultés à marcher depuis un accident de voiture, qui a aussi condamné sa mère en fauteuil roulant. Forcé de faire le deuil de son autonomie de mouvement, écrasé par la culpabilité (il pense être responsable de l’accident), le silence de son père et la bonne humeur feinte de sa mère, Moses s’adapte difficilement à sa nouvelle vie. À cela, vous ajoutez les filles du lycée qui ne lui adressent même pas un regard et dont le seul ami est un jeune Collin obsédé par les jeux de cartes. Bref, vous l’aurez compris, Moses est au bord du désespoir.

« L’empreinte d’un renard, puis le tintement de ma béquille. L’empreinte d’un renard, puis le tintement de ma béquille. Un pas, clic. Un pas, clic. C’était ma démarche bancale dans le grand couloir du lycée. Là où se retrouvaient les jeunes de mon école. Là où ils se montraient, là où ils s’observaient, là où ils se séduisaient. Je frôlais les casiers rouges. Jamais je ne marchais dans l’allée centrale. Moi, je m’extrayais, je contournais, je baissais la tête. Je fuyais, j’évitais, je m’écrasais. Je creusais le sol, je m’inventais un terrier, je m’engouffrais, je me camouflais, je disparaissais. C’était ma lente amnésie de l’instant, un évanouissement, une évaporation. J’avais envie de devenir une buée blanche, une solution. »

Voilà que Ratso (une armoire à glace fraîchement renvoyée de son ancien lycée) lui fonce dedans, le déséquilibre et ne s’excuse même pas, malgré la béquille bien visible de Moses. Tous les ingrédients sont là pour faire naître une amitié forte et authentique. Parce que Ratso est aussi un jeune homme en colère cabossé par la vie. Issu d’une tribu indienne abandonnée par l’État où règnent une pauvreté et un chômage inouïs, Ratso est, tout comme Moses, parcouru par la rage.

La rencontre entre ses deux-là fait des étincelles au début. La forte personnalité de chacun écorche l’autre, provoque surprises, larmes et énervement. Mais l’amitié naît peu à peu, impossible qu’il en soit autrement. Ils se lancent alors tous les deux dans un périple improbable en pleine réserve indienne.

« On ne pouvait pas dire qu’on faisait vraiment premiers de la classe. J’aurais même dit que c’était exactement l’inverse. Un génie dans une voiture brinquebalante. Un handicapé au milieu des blés. Voilà ce que nous étions. Parfois la vie est aussi drôle qu’elle est triste. Exactement comme le ciel mélangé que l’on avait au-dessus de nos têtes. »

Les deux garçons accumulent les imprévus et obstacles, mais ce voyage leur offrira un beau cadeau : il leur permettra d’aller à la découverte de soi. Moses entre en contact avec ses démons intérieurs et commence à apprendre à vivre avec sa colère et sa culpabilité.

« Je crois que je partais avec Ratso parce que je ne comprenais pas tout de moi. J’avais l’impression de vivre une aventure. Et ce mot « aventure » me plongeait dans un état de conscience illimité, cela ressemblait à une sorte d’éveil permanent. J’avais juste envie de bouleverser l’immobilité de mon monde, les déchirures de ma jambe et la fracture de mon cœur. »

Moses et Ratso ressortent de leur périple un peu groggy, mais plus forts, authentiques et lumineux. Un roman à lire !

 

Le +

  • Le roman traite du thème du handicap sans basculer dans les clichés, il est traité avec beaucoup de justesse.
  • Le récit se lit d’une traite, alterne joie et peine, violence et douceur, avec beaucoup de sensibilité.
  • La culpabilité et la souffrance qui découlent de l’accident sont abordées toutes en pudeur, avec, encore une fois, beaucoup de justesse.
  • Malgré le sérieux du thème abordé et la profondeur des blessures de Rasto et Moses, le roman n’est à aucun moment pesant à lire, il y a même plusieurs scènes humoristiques.

 

Le –

  • Le titre donne l’impression que l’on va lire une histoire ordinaire d’adolescent, ce qui minimise la profondeur des personnages.

 

Le coin des profs

  • Le roman est intéressant à donner à lire pour la qualité su style (ciselé et subtil).
  • Le récit évoque en filigrane les conditions de vie dans les réserves indiennes, une chouette porte d’entrée pour aborder ce genre de thème social.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 278p.
  • 16,50€

 

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La station balnéaire qui attendait la mer (Bertrand Menut)

La station balnéaire qui attendait la mer (Bertrand Menut)

Dans une ville de province, Bogart travaille à l’office d’accommodation des vieux diplômes, chargé officiellement d’aider les universitaires à s’insérer dans le monde réel et à trouver un travail décent, officieusement un lieu où des « pros du bluff » s’échangent des petits boulots sans lendemain, une « agence tous risques des remplacements impossibles ».

Le directeur de Bogart annonce que, réchauffement climatique oblige, le bord de mer va se rapprocher, la ville deviendra sous peu une station balnéaire, il lance donc des grands plans de réaménagement urbain. Bogart a pour tâche de devenir le gardien du phare, qui arrivera dans quelques jours en pièces détachées. On le voit évoluer avec beaucoup de naturel dans cette situation atypique avec Miss Gable, la secrétaire de son patron et sa nouvelle amoureuse, mais aussi Artaban, qui a créé un mouvement littéraire intitulé « je-m’en-foutisme », dont le but est d’écrire « n’importe quoi selon ses envies, son humeur et son talent puisque, sauf cas exceptionnels, ça n’intéresse personne et tout le monde s’en fout ». Le ton est donné.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/05/10/menut-la-station-balneaire-qui-attendait-la-mer/

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La nébuleuse Alma (Luc Blanvillain)

La nébuleuse Alma (Luc Blanvillain)

Résumé de l’éditeur

Le jour où Alma a embrassé Robin pour la première fois devant le lycée, après huit semaines de patience, de faux espoirs, de SMS, et près de vingt-six nuits passées à dormir le téléphone contre l’oreille au risque de griller ses neurones déjà bien endommagés par le coup de foudre, ce jour-là, elle a perdu sa meilleure amie.

Comment aurait-elle pu deviner que, en venant partager avec Jade son bonheur tout neuf, cette dernière lui annoncerait que tout était fini entre elles ? Et pour quelle raison ? L’ennui ! Jade s’est lassée d’Alma qu’elle trouve trop gamine, égoïste et superficielle. Certes, contrairement à son amie Jade, Alma ne s’est jamais souciée des sans-papiers ni des SDF ; elle ne milite dans aucune association et n’a jamais pris la peine de lire un seul article sur la guerre en Syrie. Mais est-ce une raison pour la chasser comme une malpropre ?

Il y a autre chose. Forcément.

 

Mon avis

Le titre du roman m’a donné l’impression que j’allais lire l’histoire d’une ado tourmentée et/ ou compliquée, mais il n’en est rien. Alma est une jeune fille qui se cherche, en plein questionnement face à son histoire d’amour naissante et sa meilleure amie qui vient de lui tourner le dos. C’est une jeune fille assez ordinaire, mais attachante, surtout lorsqu’elle parle des différents « moi » en elle. Il y en a notamment un qui lui fait dire exactement ce qu’il ne faut pas dire dans les situations délicates, ce qui nous donne l’occasion de lire des dialogues assez cocasses.

Alma vit sa première histoire d’amour avec Robin, qui est mise en avant dans la quatrième de couverture, mais je n’ai pas trouvé leur histoire si intéressante : elle est assez banale et le personnage de Robin est un amoureux parfait assez lisse. Par contre, Octave, le petit frère d’Alma, est plutôt chouette. Assez fin et mûr pour son âge, il se considère au même niveau que sa grande sœur et ne se prive pas de lui donner des conseils amoureux (conseils donnés en concertation avec la grand-mère, une belle équipe de choc !).

L’intrigue du roman est essentiellement centrée sur la tentative de reconquête de Jade par Alma. Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas tellement de savoir si elle va y arriver ou pas. Lorsqu’elle va faire ses premiers pas dans une association contre l’illettrisme, Alma va être confrontée au monde actuel, s’ouvrir aux autres et élaborer progressivement son point de vue sur les inégalités sociales en fonction de ses questionnements et observations.

 

Le +

  • C’est une histoire agréable et facile à lire où les lecteurs s’identifieront facilement à Alma.
  • Alma est un personnage sincère et touchant.
  • Le thème de la peine d’amitié est moins souvent traité que la peine d’amour en littérature de jeunesse.
  • Le récit est agrémenté de citations inspirantes de Verlaine et Camus qui poussent Alma à réfléchir par rapport à sa réalité du moment.

 

Le –

  • L’histoire est assez ordinaire, il n’y a pas vraiment de surprise.
  • Le discours militant de Jade est assez convenu, moralisateur et méprisant, ce qui peut donner aux jeunes lecteurs une fausse idée sur les personnes engagées dans des luttes sociales (elles ne sont pas toutes comme ça).

 

Le coin des profs

  • Le roman ne présente aucune difficulté de lecture. À proposer à des lecteurs qui ont besoin d’une lecture simple et fluide, sans tralala.
  • Le thème de l’homosexualité apparaît en second plan et permet d’ouvrir une porte pour aborder le thème en classe.

 

Infos pratiques

  • Des 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 254p.
  • 15,80€
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Golden Valley (Gaël Aymon)

Golden Valley (Gaël Aymon)

Résumé de l’éditeur

Lorsqu’il débarque à l’aéroport de Yangon en Birmanie, Maximilien est accablé par la chaleur et l’ennui. Rejoindre ses parents expatriés dans le quartier chic de Golden Valley n’est pas le programme dont il avait rêvé cet été-là. Mais quand Max rencontre Dolly dans une soirée de la jeunesse dorée, c’est le choc. Elle a vingt ans, elle est belle, brillante, follement attirante. Leur complicité charnelle est une révélation qui en annonce bien d’autres. Car Dolly est aussi la fille d’un riche industriel birman, associé au père de Max dans la construction d’un barrage hydraulique…

Quand une rencontre amoureuse bouscule tous les repères et fait émerger une conscience politique, sociale, individuelle… On se révolte et on vibre avec Max d’un bout à l’autre de ce roman intense au parfum d’exotisme.

 

Mon avis

Au début du roman, Maximilien apparaît comme peu sympathique. C’est le cliché du beau gosse sportif, issu d’une grande école et d’une famille riche. Parachuté dans ce pays qu’il ne souhaite pas connaître, entre sa mère qui lui tape vite sur le système, son père archi-occupé par son boulot et la piscine de la villa trop petite pour faire des longueurs, il se vautre dans le luxe sans se poser de question.

Il rencontre assez rapidement d’autres jeunes expatriés comme lui, ils vont passer leur temps à faire la fête dans les bars et jouer à des jeux vidéo chez l’un ou chez l’autre. C’est dans ces circonstances qu’il rencontre Molly, 20 ans, la sœur de son ami Brandon, qui semble collée à son téléphone portable. Il a le coup de foudre pour elle, mais la sent inatteignable. Elle fait un pas vers lui, une histoire d’amour commence, mais ils doivent se cacher car en Birmanie, les femmes qui sortent avec des étrangers sont très mal vues.

Sa rencontre avec Dolly est intéressante car celle-ci va lui ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe dans son pays. Engagée secrètement dans un mouvement de lutte pour la libération de la Birmanie, elle va transmettre à Maximilien sa façon de vibrer pour créer un monde meilleur, plus juste, moins dominé par l’argent et les enjeux de pouvoir. Le choc des cultures est intéressant aussi. En tant qu’étranger issu d’une famille riche, il est traité avec respect, mais il sent aussi certains regards pesants sur lui. Grâce à Dolly, Max découvre quelques pans de l’histoire de la Birmanie et ouvre les yeux sur le monde.

« Lentement, tous les jours, je désapprenais le monde tel que je l’avais conçu, pour le réapprendre par les yeux de Dolly. Chaque geste, chaque action quotidienne prenait un nouveau sens. Je me remplissais d’elle, j’étais avide de tout. Elle était mon salut. Celle qui allait m’aider à ne pas devenir celui que je ne voulais plus être. »

Lorsqu’il est confronté aux malhonnêtetés de son père face aux Birmans pauvres, les certitudes de Max s’effondrent, les paillettes du monde des nantis disparaissent. Il va devoir faire un choix…

« Depuis que nous étions là, ils se comportaient avec une extrême prudence, comme Dolly l’avait parfois fait avec moi. Comme si j’étais potentiellement dangereux. Et mon milieu, ma famille me semblaient comme une faute dont je devais me justifier, me laver. En me voyant entrer, Sandar avait pris son mari à part dans la cuisine, pour le questionner, à voix basse et en birman. J’avais entendu Trevor lui répondre : « Ne t’en fais pas. C’est l’ami de Dolly Mya Yi. » »

Le style de l’auteur est travaillé, ce qui rend le roman intense et puissant. Tous les ingrédients sont présents pour éveiller des consciences politiques… La note de l’auteur à la fin du roman est édifiante à ce sujet. Voici un extrait :

« Combien de variables d’ajustement la notion de démocratie connaît-elle, selon le pays dans lequel on vit, le pays dont on parle, ou les intérêts économiques qu’on y trouve ? Où est la liberté et qui porte finalement les chaînes ?

S’il n’y a « pas de condition plus décisive pour occuper des positions dominantes que de sincèrement croire être fait pour les occuper » (Sociologie de la bourgeoisie, M. et M. Pinçon) que se passe-t-il lorsque le doute s’installe et qu’un grain de sable vient gripper la machine ? L’adolescence est ce moment de la vie qui peut soudain faire bifurquer une ligne droite. Mais comment échapper à sa condition, quelle qu’elle soit, à un âge où le sentiment d’impuissance domine ?

Les récents bouleversements de la société birmane ne sont pas tant au cœur de ce roman que ce qui n’y change jamais. Cette classe ultraprivilégiée dont ni les codes ni l’existence ne sont réellement affectés par les changements sociétaux, et qu’on retrouve immuable, partout dans le monde. »

 

Le +

  • Le choc des cultures est intéressant, surtout que Maximilien ne sait rien de la Birmanie ; les jeunes lecteurs sont donc au même stade de connaissance que lui;
  • L’histoire d’amour plaira à coup sûr (le premier coup de foudre d’un beau gosse, c’est plaisant à lire).

 

Le –

  • L’histoire de la Birmanie et les conflits qui la caractérisent son assez simplifiés, on a envie d’en savoir un peu plus.

 

Le coin des profs

  • Ce roman ne présente aucune difficulté de lecture et est une bonne entrée en matière pour aborder l’économie et la politique dans les pays en voie de développement.

 

Infos pratiques

  • À partir de 14 ans
  • Gallimard (collection « Scripto »)
  • 192p.
  • 8,65€
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N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

N’oublions jamais les caresses (Évelyne Wilwerth)

Ce nouvel opus d’Évelyne Wilwerth se déroule lors d’une après-midi caniculaire sur une place en demi-cercle d’une capitale européenne. Il se présente sous la forme de 45 tableaux proposant tour à tour le point de vue de différents personnages transitant sur ladite place. Certains se connaissent, s’observent, tissant les fils d’un réseau qui prend presque forme humaine, tellement on sent battre ses pulsations.

On découvre alors sans transition l’univers d’Apolline, cette artiste peintre en deuil et en mal d’inspiration ; Canberra et Lausanne en plein vertige sensuel ; Nadim qui, du haut de ses 6 ans, veut s’ouvrir aux changements ; Athanase, le vieux Grec en plein questionnement existentiel ; la Frisée, qui tient toujours un objet noir en main ; Dame Dentelle, une fleur assoiffée sur son balcon ; enfin, Corbillard, le chien d’un SDF, fidèle à son maître, alors qu’il n’a que des miettes de nourriture et de tendresse.

Lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/02/20/wilwerth-n-oublions-jamais-les-caresses/

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Sauveur & fils (Marie-Aude Murail)

Sauveur & fils (Marie-Aude Murail)

Résumé de l’éditeur

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kilos.

Côté jardin, il mène sa vie privée avec son fils Lazare de 9 ans et il a quelque espoir de reconstruire une famille avec Louise Rocheteau et ses deux enfants.

Côté ville, Sauveur reçoit ses patients. Parmi eux : Ella Kuypens, 13 ans, qui se travestit en garçon et chante Sans contrefaçon, de Mylène Farmer, devant son miroir, Blandine Carré, 12 ans, qui se shoote aux bonbons Haribo et fait un tabac sur YouTube avec ses vidéos de poupées Pullip, Gabin Poupard, 17 ans, qui est Elfe de la Nuit dans World of Warcraft et qui squatte le grenier de son psy dans le civil, Samuel Cahen, 16 ans, qui ne se lave plus mais s’étonne de collectionner les râteaux avec les filles, ou encore Alex et Charlie qui, comme leurs prénoms ne l’indiquent pas, sont deux jeunes femmes souhaitant avoir ensemble un bébé…

Décidément, les humains sont de drôles de gens.

 

Mon avis

Profondément touchée par le 1er tome de la série, c’est avec une certaine fébrilité que je me suis jetée sur ce 2e volet. Et je n’ai pas été déçue. Explications…

On retrouve Sauveur et Lazare après leur retour du voyage aux Antilles, avec la galerie de personnages présents dans le précédent opus (certains ont disparu, mais on obtient quand même des nouvelles d’eux). On découvre également les nouveaux arrivés : entre un Samuel traqué par une mère possessive, une Martiniquaise souffrant de TOC de propreté, une petite Raja traumatisée par la guerre en Syrie ou un vieux SDF qui vient trouver refuge chez Sauveur, on n’a pas de quoi s’ennuyer. À cela, vous ajoutez Gabin qui squatte le grenier de Sauveur, Louise (la nouvelle amoureuse de Sauveur) qui reporte constamment son emménagement chez les Saint-Yves, Lazare qui est ravi d’emménager bientôt avec son meilleur ami (le fils de Louise), bref c’est parfois un peu le bazar, mais Sauveur le gère assez bien (même s’il est parfois dépassé et que la frontière entre vie privée et professionnelle est parfois ténue).

« Être une larve rose aux yeux clos, se disait Sauveur ce vendredi matin, penché au-dessus de la cage de madame Gustavia. Avoir un instinct de survie, mais ne pas savoir qu’on va mourir. Être un hamster de cinq jours. Ne pas porter sur ses épaules la responsabilité de Margaux Carré, d’Ella Kuypens, de Gabin Poupard, de madame Gervaise Germain, de la petite Raja Haddad… Alex et Charlie avaient décommandé leur rendez-vous de la fin d’après-midi, mais Pénélope Motin avait surgi de nulle part avec un nouveau problème qui « urgeait ». Vu sa désinvolture, Sauveur aurait pu l’envoyer promener. Mais la jeune femme lui demeurait indéchiffrable. C’était ce qui lui permettait de supporter son métier : la curiosité. »

L’histoire se poursuit également avec les hamsters car ils se sont reproduits (Madame Gustavia a eu des enfants avec son fils, hum !), il va falloir les caser quelque part…

Dans ce 2e volet, Sauveur est toujours aussi touchant, avec sa profonde bienveillance, ses failles qu’il essaye d’assumer au quotidien et sa volonté de cohabiter avec sa nouvelle amoureuse, malgré les protestations de sa belle-fille, victime des manipulations d’un père jaloux (vous suivez toujours ?). Ce qui est vraiment chouette, c’est qu’on découvre ici toute la complexité et les hésitations propres aux familles recomposées. Les soucis n’échappent pas à Sauveur, même s’il est psy clinicien.

Marie-Aude Murail aborde dans ce roman toute une série de thèmes difficiles mais actuels (famille recomposée, harcèlement scolaire, traumatisme de guerre, homosexualité, TOC,…) avec beaucoup de justesse et de pudeur, ce qui fait qu’on ne bascule jamais dans le voyeurisme. On est amené à lire des dialogues tour à tour graves, drôles, légers, touchants, qui révèlent chez l’auteure un profond amour du genre humain et une grande compassion pour les fragilités humaines. Je suis conquise par ce roman, tout comme je l’ai été par le précédent volume !

 

Le +

  • Les tranches de vie des patients sont vraisemblables et témoignent d’un grand travail de documentation.
  • Dans le précédent tome, l’apparition des hamsters me paraissait un peu plaquée ; ici, leur présence est toute naturelle et apporte quelques notes d’humour à l’histoire.
  • On est amené à lire des destins brisés, mais ce n’est à aucun moment lourd car l’auteure présente toujours les personnages avec beaucoup de délicatesse et de bienveillance.
  • Malgré la dureté de certains thèmes abordés, le roman n’est pas pesant à lire, l’auteure distillant toujours une note d’espoir quelque part.

 

Le –

  • La couverture un peu infantile ne reflète pas la richesse du contenu du roman.
  • Il y a un très gros défaut à ce roman : c’est une fiction, Sauveur Saint-Yves n’existe pas (c’est nul, je veux l’épouser ! avec Ned Stark…).

 

Le coin des profs

  • Tout comme le 1er tome, ce nouveau volet présente un style assez travaillé. Donc, à mettre uniquement dans les mains de bons lecteurs.
  • Ce roman est idéal pour des élèves qui travailleront dans le secteur social.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium »)
  • 314p.
  • 17€

 

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Dis-moi si tu souris (Éric Lindstrom)

Dis-moi si tu souris (Éric Lindstrom)

Résumé de l’éditeur

« Je suis Parker, j’ai 16 ans et je suis aveugle. »

« Bon j’y vois rien, mais remettez-vous : je suis pareille que vous, juste plus intelligente. D’ailleurs j’ai établi Les Règles :

– Ne me touchez pas sans me prévenir ;

– Ne me traitez pas comme si j’étais idiote ;

– Ne me parlez pas super fort (je ne suis pas sourde) ;

– Et ne cherchez JAMAIS à me duper.

Depuis la trahison de Scott, mon meilleur pote et petit ami, j’en ai même rajouté une dernière. Alors, quand il débarque à nouveau dans ma vie, tout est chamboulé. Parce que la dernière règle est claire : Il n’y a AUCUNE seconde chance. La trahison est impardonnable. »

 

Mon avis

Lorsque j’ai lu le résumé de l’histoire sur la 4e de couverture, j’ai tout de suite été attirée par ce livre. Ayant eu dans ma vie un proche gravement handicapé, je me suis sentie directement concernée par le thème, mais j’ai éprouvé directement une réaction de méfiance : est-ce que l’histoire n’allait pas verser dans le mélo avec un thème pareil ? La réponse est non, je n’ai pas été déçue, je me suis même amusée à la lecture de ce roman. Explications…

Parker est aveugle depuis ses 6 ans suite à un accident de voiture qui, en plus de lui avoir coûté la vue, lui a aussi coûté sa mère. Lorsque le récit débute, son père est mort il y a quelques semaines, dans des circonstances un peu floues (on ignore si c’est un accident ou un suicide). Sa tante vient alors emménager chez elle avec ses enfants ; Parker doit donc non seulement affronter son deuil, mais aussi apprendre à vivre avec cette famille lointaine qui gère un peu maladroitement son quotidien d’aveugle. Depuis que Scott, son meilleur ami et premier amour, s’est joué de ses sentiments, elle s’est enfermée dans une carapace où une grande gueule et un humour piquant lui servent de protection.

« Aujourd’hui, j’ai choisi un foulard en soie blanche avec une grosse croix noire sur chaque œil. C’était soit ça, soit mon hachimaki avec « vent divin » écrit en kanji, mais je n’ai pas voulu embrouiller les nouveaux en envoyant un message contradictoire. En revanche, je crois que j’ai eu tort de laisser ma veste à la maison. D’habitude, je porte une veste militaire usée dont j’ai coupé les manches, couverte de badges que mes amis m’ont offerts au fil des années. Avec des slogans du style « Oui, je suis aveugle ! Vous vous en remettrez ! » ou « Aveugle, mais ni sourde ni demeurée », et mon chouchou : « Parker Grant n’a pas besoin d’yeux pour lire en vous ! » Tante Célia m’a dissuadée de la mettre ce matin en disant que ça déstabiliserait les anciens de Jefferson, qui ne me connaissent pas. Il s’avère qu’elle a eu tort. Ils ont visiblement besoin qu’on les déstabilise. »

Dotée d’un esprit d’analyse aiguisé par sa cécité, Parker met constamment à l’épreuve son entourage et s’auto-exclut des groupes pour se protéger. Elle s’est trouvé un refuge, la course à pied, qu’elle pratique incognito tous les matins. La vie n’est pas simple pour elle, mais elle se complique encore plus lorsque Scott refait son apparition et qu’un professeur d’athlétisme lui demande de faire partie de son équipe…

A priori, le résumé du roman peut donner l’impression que l’on va lire une histoire pesante, mais il n’en est rien. On est bel et bien plongé dans un univers typiquement adolescent où les premières amours, les joies et déceptions amicales, les problèmes d’apparence tiennent le haut du pavé. Le récit aborde des thèmes graves avec beaucoup de simplicité, il entremêle des moments de drame, de fous rires, de complicité, d’amour, de doutes, de remises en question, avec une grande justesse. Les rebondissements de l’histoires sont relatés avec un tel naturel que l’on suit le mouvement avec une facilité déconcertante.

L’auteur a réussi le délicat pari d’aborder des réalités de la vie difficiles (la mort, la solitude, le handicap, le sacrifice), dans un récit léger et bourré d’humour, où la vie terriblement imparfaite et douloureuse est rendue acceptable et même belle. J’ai beaucoup apprécié le personnage de Parker : c’est une jeune femme forte et déterminée, qui apprend à écouter et déchiffrer les autres à travers ce qu’elle entend. Parker étant aveugle, sa perception du monde qui l’entoure n’est pas superficielle, elle est différente. Il n’y a pas de longues descriptions physiques des personnages, mais plutôt des portraits psychologiques esquissés à travers le ressenti de l’héroïne.

Son cynisme et son impertinence cachent ses failles, son chagrin et ses tourments, elle nous apparaît profondément humaine car faillible et sensible. L’amitié et l’amour vont la confronter à ses erreurs et la rendre plus attentive car, si Parker est capable de voir clair dans le jeu des gens, elle n’en reste pas moins un être humain qui peut se tromper et être aveuglée par ses ressentiments. Lorsqu’elle découvre que son aveuglement n’est pas uniquement physique, mais qu’il touche aussi les gens qu’elle aime, le récit atteint un niveau de profondeur assez intéressant.

Dis-moi si tu souris est un roman gai et lumineux qui nous offre une belle leçon de vie, loin des clichés habituels. Un roman qui nous fait relativiser les petits tracas du quotidien. Bref, un roman à lire !

 

Le +

  • Le thème du handicap est peu traité en littérature de jeunesse. Ce récit vient combler un manque.
  • Le personnage de Parker est intéressant : c’est un petit bout de femme forte, qui accepte sa cécité et les deuils qu’elle traverse, on ne tombe à aucun moment dans le mélo.
  • L’histoire racontée est drôle et profonde, elle nous donne à lire des personnages bien vivants.
  • Le récit est fluide, il n’y a pas de temps mort ou de longueur, on le lit très rapidement.
  • L’histoire se termine bien et on en a besoin.

 

Le –

  • Je n’en vois pas. Peut-être une fin un peu plus aigre-douce ?

 

Le coin des profs

  • Ce roman est une bonne entrée en matière à la situation de handicap et aux problèmes y afférents (l’infantilisation des handicapés, le manque d’infrastructures adaptées, le besoin d’indépendance des handicapés malgré l’entourage indispensable).

 

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Nathan
  • 396p.
  • 16,95€

 

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Le silence de Belle-Île (Laurence Bertels)

Le silence de Belle-Île (Laurence Bertels)

Cédric, un assureur qui a choisi son métier sans conviction, revient dans sa Bretagne natale pour accompagner les derniers moments de vie de son grand-père. On comprend vite que le jeune homme mène une vie terne, engagé « sur les rails de l’ennui » et qu’un lien fort et régénérant l’unit à Jacques Le Garrec.

[I]l se sentait riche de tout ce qu’il avait reçu de cet homme exemplaire. Chaque fois qu’il quittait Kenavo, il repartait grandi, prêt à affronter la vie et son reflet dans le miroir. Certaines personnes vous portent, décèlent le meilleur en vous, là où d’autres guettent les failles. Cédric n’attirait pas les sympathies. Il traversait son existence sans créer de remous. Et s’en accommodait. Son père avait quitté sa mère lorsqu’elle l’attendait. Comment exister après un tel abandon ? Son grand-père avait endossé les deux rôles et lui avait donné son nom. Il lui devait tout […] Son grand-père colmata les brèches du mieux qu’il put.

Lorsque son grand-père pousse son dernier souffle, Cédric se voit remettre l’héritage auquel il s’attendait, mais aussi un mystérieux carnet sous scellé, qui s’avère être le journal intime de sa grand-mère, muette depuis qu’elle a échappé de justesse à un naufrage. Intrigué et un peu inquiet par la lettre qui l’accompagne, il se lance dans la lecture du carnet et lève peu à peu le voile sur l’existence pas si lisse que ça de ses grands-parents.

Lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/02/15/bertels-le-silence-de-belle-ile/

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