Meurtris (Siobhán Parkinson)

Meurtris (Siobhán Parkinson)

Résumé de l’éditeur

Une mère, on n’en a qu’une, pas vrai ? Même si elle picole toute la journée, même si elle oublie de vous acheter à manger, même s’il faut la tirer du lit le jour du versement des allocations chômage, il faut faire avec… Et Jono, du haut de ses quatorze ans, a toujours fait avec la sienne. Mais le soir où sa mère frappe sa petite sœur en pleine figure d’un coup tellement puissant que Julie valdingue à travers la pièce, Jono décide que c’en est trop. Que peut-il faire ? Appeler la police ? Une assistante sociale débarquerait dans les trois heures et n’hésiterait pas à les séparer. Emmener Julie loin d’ici ? Mais pour aller où ? Jono n’en a pas la moindre idée, mais il sait qu’il est le seul à pouvoir protéger sa petite sœur.

 

Mon avis

Dès que j’ai vu la couverture du livre et lu le résumé, j’ai eu envie de lire cette histoire. Je ne l’ai pas regretté car ce récit a le mérite d’aborder un thème très dur avec des termes assez justes.

Nous découvrons très vite l’âpreté de l’environnement dans lequel Jono et Julie grandissent : leur père les a abandonnés et leur mère alcoolique les néglige. Lorsque celle-ci frappe sa fille, qui se retrouve avec un hématome sur le visage, Jono veille sur sa sœur, la cache à la maison et invente un mensonge à l’école pour éviter que les services sociaux ne soient contactés. Mais il sous-estime la lenteur de la résorption d’un hématome… Quand mentir n’est plus possible, Jono décide de faire une fugue avec Julie, dans l’espoir de trouver une vie meilleure.

La 2e partie du récit bascule dans le polar de façon un peu surprenante, mais on suit le mouvement et on veut connaître la suite. Il vaut mieux ne pas trop en dire à ce stade pour ne pas ternir le plaisir de la lecture, peut-être juste préciser que l’histoire est axée sur la quête de la vérité, ce qui tient le lecteur en haleine.

J’ai été très touchée par l’affection qui unit Jono à sa sœur. Son objectif principal est de la protéger, mais il commet des maladresses qui ne sont guère étonnantes vu l’immaturité due à ses 14 ans. Ce roman ne brille pas par la construction du récit ou la qualité du style, mais je crois que les ados peuvent être réellement sensibles à cette histoire. Le ton de l’auteur est incisif et sans concession, le roman regorge d’émotions pures et fortes.

 

Le +

  • Le thème de la maltraitance ne peut laisser indifférent.
  • L’amour fraternel qui touche Jono et Julie instaure une belle tension dramatique.
  • Tout est fort et juste dans ce roman.
  • Il n’y a pas de happy end, qui n’aurait pas été crédible, mais l’histoire se termine sur une lueur d’espoir.

 

Le –

  • Une structure narrative et un style plus travaillés auraient augmenté la qualité littéraire du récit.

 

Le coin des profs

  • Le thème est hyper intéressant à aborder, mais il peut déclencher des réactions inattendues d’élèves qui sont touchés de près ou de loin par le sujet (c’est du vécu de prof.). Si on reste distant par rapport à lui, on se cantonne aux banalités (« la maltraitance est inacceptable »), si l’on accepte de plonger dans la richesse du sujet (par exemple, les limites de la maltraitance), on peut aboutir à un débat très constructif ou débouchant sur l’expression d’émotions vives. Donc, un débat à préparer tout en finesse selon moi.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’École des loisirs (collection « Medium » en grand format)
  • 202p.
  • 15,50€

 

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J’aurais aimé te voir une dernière fois (Odile Vanhellemont)

J’aurais aimé te voir une dernière fois (Odile Vanhellemont)

Harley, une jeune femme d’une vingtaine d’années, a récemment rompu avec Félix, pas parce qu’ils ne s’aimaient plus, mais parce que « [l]eur amour était trop grand pour eux ». Enivrés par la fusion du premier amour, les tourtereaux se sont heurtés à la complexité d’une relation de couple. En manque d’outils pour mieux vivre leur idylle, ils ont décidé de se séparer et de « recommencer à s’aimer » quand ils seront plus mûrs.

Le roman s’ouvre sur le suicide de Félix auquel Harley assiste, impuissante. L’histoire se centre alors sur le processus de deuil de la jeune femme. Écrasée par un immense chagrin et par la culpabilité, persuadée que cet amour perdu est irremplaçable, Harley est tourmentée par des nuits d’insomnie et de cauchemars. Ses repères se sont brisés, ses proches se sentent impuissants.

Lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2016/11/03/vanhellemont-j-aurais-aime-te-voir-une-derniere-fois/#more-10294

 

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Les fils de George (Manu Causse)

Les fils de George (Manu Causse)

Résumé de l’éditeur

Mardochée a quinze ans et appartient, depuis sa naissance, à la communauté du Livre de George. Au lycée, il fait la connaissance de Léo qui se prend d’amitié pour cet étrange garçon hors du temps. Entre discussions philosophiques et tentations aussi diaboliques que le panini banane-Nutella, lequel des deux garçons attirera l’autre dans son monde ?

 

Mon avis

L’histoire se présente sous la forme d’un récit polyphonique : nous avons tour à tour le point de vue de Mardochée, puis de Léo. Le 1er chapitre commence avec la vision de Mardochée et je me suis vraiment demandé où j’étais tombée, tellement ses valeurs et comportements sont caricaturaux. J’ai failli abandonner le roman, jusqu’à ce que j’arrive au point de vue de Léo.

 

Cette rencontre entre 2 ados est intéressante : d’un côté, on a un jeune embrigadé dans la secte de ses parents depuis qu’il est tout petit et qui commence à se poser des questions sur le comportement et les valeurs de ses « frères », de l’autre on a un jeune ado plutôt ordinaire mais lui aussi en questionnement par rapport à ce que les adultes disent et surtout, ne disent pas. Leur rencontre se passe en toute simplicité : Léo invite Mardochée à un repas de fin d’année, ce dernier accepte et sent sa foi commencer à vaciller lorsqu’il confronte le mode de fonctionnement de sa communauté et à celui des « autres ».

 

« Pourquoi lui ai-je fait confiance ? Mon cœur bat à tout rompre. J’avance dans le couloir obscur avec l’impression de marcher tout en haut d’une muraille. Une muraille dont je peux tomber d’une seconde à l’autre. En bas, il y a… je ne sais pas. Peut-être les flammes de l’Enfer. Peut-être la liberté. Voilà trois nuits que je ne dors plus, ou presque. Tout tourne dans ma tête, oscillant en permanence entre deux visions opposées : celle où Léo et ses camarades me montrent le chemin d’une vie meilleure, plus juste, plus réelle ; et celle où ils sont les agents de David, de la tentation, pour me faire chuter et avec moi, peut-être, toute la Congrégation. »

 

La particularité de l’histoire est que les parents de Mardochée ne lui servent pas de garde-fou, il devra au contraire s’opposer et s’arracher à eux suite à un drame qui lui confirmera le caractère malsain de la communauté où il a grandi (une secte originaire des États-Unis installée depuis quelques années en France, qui est plus ou moins tolérée puisqu’elle ne figure pas encore sur la liste des sectes dangereuses).

 

Aborder le thème de la secte me paraît intéressant, mais il est présenté de façon un peu trop caricaturale à mon goût. Le revirement du héros pour sortir de l’emprise de ses parents m’a semblé également un peu rapide, la logique de loyauté familiale étant fortement édulcorée. Ce roman m’a un peu déçue. Je l’ai trouvé « too much » et j’y ai vu trop de raccourcis.

 

Le +

  • Le thème de la secte est peu exploré en littérature de jeunesse, il permet un débat et un questionnement sur le sujet.
  • L’amitié entre Mardochée et Léo est présentée de façon juste et touchante.
  • La structure narrative a du sens : les point de vue des 2 héros se nourrissent l’un l’autre.

 

Le –

  • Les comportements des personnes sectaires sont caricaturés.
  • L’évolution des personnages est présentée avec des raccourcis (les obstacles internes sont sous-estimés).

 

Le coin des profs

  • Un prof mal à l’aise avec le thème ne devrait pas donner le livre à lire selon moi.

 

Infos pratiques

  • Talents hauts
  • 176p.
  • 8€

 

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