Littérature de jeunesse

La lune est à nous (Cindy Van Wilder)

La lune est à nous (Cindy Van Wilder)

La lune est à nous est un roman polyphonique où nous découvrons les voix d’Olive et Maximilien (surnommé « Bouboule »). D’un côté, Olive vit chez son oncle et sa tante, depuis la disparition de ses parents congolais lors d’un voyage dans leur pays natal. Ses trois grands frères ayant déjà quitté le nid, Olive se retrouve seule avec ses tuteurs qui n’ont pas de fibre parentale. La cohabitation n’est pas toujours facile, Olive a trouvé refuge au Dépôt, un centre culturel où elle a élu sa famille de cœur dans la joyeuse bande de bénévoles.

De l’autre côté, Bouboule est récemment arrivé en Belgique suite à la séparation de ses parents. Son père étant un photographe en perpétuel voyage, il a suivi sa mère dans son pays natal avec son petit frère Elliot. Depuis le déménagement, Bouboule ne s’occupe plus que des tâches alimentaires et ménagères ; la communication avec sa mère est glaciale et se fait essentiellement par SMS. Heureusement, il a un chouette pouvoir d’autodérision et une belle complicité l’unit à son frère, dont il s’occupe.

Olive et Bouboule ont un point commun : ils sont gros. Leur différence ? Olive est bien dans sa peau, elle a appris à apprivoiser ses formes. En témoigne son compte Instagram où elle poste des photos d’elle authentiques, sans retouche ou filtre. Bouboule, lui, hait son corps. Il est en rage contre lui-même et les autres, il ne supporte plus sa différence. Il a honte de son homosexualité, dont il n’ose parler à personne.

Ces deux-là se rencontrent dans un contexte naissant de harcèlement dont Olive est victime. Touché en plein cœur par la cruauté des réactions face à la peau noire et aux rondeurs d’Olive, il prend sa défense en public alors qu’il ne la connaît même pas. Une connexion s’établit instantanément entre eux.

Pour lire la suite: https://le-carnet-et-les-instants.net/2017/09/18/van-wilder-la-lune-est-a-nous/

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Blood family (Anne Fine)

Blood family (Anne Fine)

Résumé de l’éditeur

Il revient de loin, Edward. Jusqu’à l’âge de 7 ans, il a vécu enfermé dans un appartement avec sa mère, sous l’emprise d’un homme alcoolique et violent. Lorsqu’il est délivré de son bourreau, il peut enfin découvrir le monde qui l’entoure. Mais est-il libre pour de bon ? Recueilli par les services sociaux, puis ballotté de famille d’accueil en famille d’adoption, Edward se construit en tentant d’oublier son passé. Mais au fil des années, ce passé le suit pas à pas et ne cesse de se rappeler à lui. La force, le courage et la volonté lui suffiront-ils pour lui échapper ?

 

Mon avis

A priori, la couverture noire du roman m’a plutôt repoussée, je croyais que c’était un roman policier. Quand j’ai lu qu’il s’agissait d’une histoire de maltraitance, j’ai été à la fois attirée, mais aussi un peu craintive à l’idée que le récit bascule dans le polar rempli de clichés. Il n’est en rien. J’ai littéralement dévoré ce roman, tellement il m’a plu !

Comme le résumé l’indique sur la 4e de couverture, Edward a vécu enfermé pendant 7 ans avec sa mère, sous l’emprise de Harris, un homme colérique et mauvais. Contraint de dormir sur une couverture dans un coin du salon, avec la chienne de son père, le petit garçon ne connaît de l’extérieur que ce qu’il observe par la fenêtre et ce qu’il voit dans une vieille émission télévisuelle pour enfants, enregistrée sur cassette et animée par le débonnaire Monsieur Perkins.

C’est une voisine soupçonnant des sévices qui contacte les services sociaux et permet de délivrer Edward. Mais sa souffrance ne s’arrête pas là. Sa mère a tellement subi de sévices qu’elle a en quelque sorte perdu la raison, elle n’est plus en mesure de s’occuper de son fils et est envoyée dans un hôpital psychiatrique. Edward, désormais seul, est confié à une famille d’accueil bienveillante avant d’être adopté par une autre. Le cadre est rassurant, mais les démons intérieurs d’Edward sont bien là. Habitué à ne pas faire de bruit et ne contrarier personne, le voilà parachuté dans le monde tel que nous le connaissons, avec ses multiples stimuli. Méconnaissant les codes sociaux et accusant un sévère retard scolaire, il apprend à vivre comme tout le monde avec une persévérance touchante.

Blood family est un récit polyphonique qui retrace le parcours d’Edward depuis sa sortie de prison parentale jusqu’à ce qu’il devienne un jeune adulte. Régulièrement, les démons intérieurs du héros pointent le bout de leur nez et font surfer Edward sur une pente dangereuse (alcool, drogue, fugue).

« Elle est toujours là, la douleur. Toujours. Tapie dans l’ombre comme un ennemi qui les observe et attend l’occasion de leur faire un croche-pied. »

À l’adolescence, Edward se met à redouter de ressembler un jour à son père. Pour le jeune garçon, cette crainte est terrible à vivre. Est-il destiné à devenir alcoolique et violent comme Harris ? On lit tour à tour le point de vue du protagoniste et de ses proches et on découvre la complexité du traumatisme, de ses séquelles et la difficulté pour les proches de comprendre le mystère d’un trauma qu’ils n’ont pas vécu.

Blood family est un roman coup de poing (sans mauvais jeu de mots) qui ne peut laisser aucun lecteur indifférent. Intense et humain, il met en avant un héros blessé mais lumineux, animé par une rage de vivre touchante et nous montre que s’il y a une leçon à tirer de cette histoire, c’est que l’on peut s’en sortir si on le veut vraiment et qu’il n’est pas nécessaire d’être lié par les liens du sang pour former une famille. L’hérédité ne fait pas tout, fort heureusement.

 

Le +

  • Le caractère polyphonique du roman permet d’aborder la complexité de la maltraitance avec beaucoup de profondeur et de finesse.
  • Lorsque la séquestration est relatée, à aucun moment on ne bascule dans le voyeurisme. Les détails violents sont abordés avec pudeur.
  • Le style de l’auteure est ciselé, ce qui rend le récit haletant.
  • Le courage d’Edward et sa résilience sont admirables. J’ai adoré sa façon de se raccrocher toujours au positif.

 

Le –

  • Le roman est très dur, à ne pas mettre dans des mains trop sensibles.
  • À la fin du récit, on voudrait qu’Edward soit vivant pour le prendre dans nos bras (mais c’est aussi un point positif).

 

Le coin des profs

  • Des lecteurs faibles se perdraient peut-être un peu dans la structure travaillée du roman (style ciselé, différents points de vue des personnages).
  • Le thème de la maltraitance, de l’alcool et des drogues sont très intéressants à aborder, mais ils ne laissent pas les ados indifférents. Donc, il faut avoir une certaine aisance avec ceux-ci pour les aborder en classe avec finesse, en évitant les clichés et les réactions excessives des élèves.
  • Le roman est très intéressant à aborder dans une filière sociale pour comprendre les séquelles de la maltraitance, la systémique d’une famille dysfonctionnelle et les troubles de l’attachement chez l’enfant.
  • Le roman est conseillé à partir de 12 ans, mais je ne le conseillerais pas avant 14 ans vu la dureté du sujet.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 341p.
  • 17,50€
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Les petits orages (Marie Chartres)

Les petits orages (Marie Chartres)

Résumé de l’éditeur

Depuis un an, la vie de Moses Laufer Victor a changé. Il y a les signes extérieurs, la jambe blessée, les boutons qui explosent sur son visage comme des volcans, et la rage incontrôlée qui s’exprime comme elle peut. Il y a les choses qui restent en lui, les souvenirs de l’accident, les mots qu’il n’arrive plus à dire avec ses parents, qui sont comme des orages en dedans. Et puis, il y a tout ce que l’on ne connaît pas encore. Un jour, au lycée, arrive Ratso, un Indien. Il a ses secrets lui aussi, il a sa colère. Mais il a surtout besoin que Moses l’accompagne à Pine Ridge, pour rendre visite à sa sœur. Parce que chacun, à sa façon, doit sortir de sa réserve.

 

Mon avis

J’ai eu un beau coup de cœur pour ce roman empli de sensibilité et de profondeur ! Je m’explique… Moses a de grosses difficultés à marcher depuis un accident de voiture, qui a aussi condamné sa mère en fauteuil roulant. Forcé de faire le deuil de son autonomie de mouvement, écrasé par la culpabilité (il pense être responsable de l’accident), le silence de son père et la bonne humeur feinte de sa mère, Moses s’adapte difficilement à sa nouvelle vie. À cela, vous ajoutez les filles du lycée qui ne lui adressent même pas un regard et dont le seul ami est un jeune Collin obsédé par les jeux de cartes. Bref, vous l’aurez compris, Moses est au bord du désespoir.

« L’empreinte d’un renard, puis le tintement de ma béquille. L’empreinte d’un renard, puis le tintement de ma béquille. Un pas, clic. Un pas, clic. C’était ma démarche bancale dans le grand couloir du lycée. Là où se retrouvaient les jeunes de mon école. Là où ils se montraient, là où ils s’observaient, là où ils se séduisaient. Je frôlais les casiers rouges. Jamais je ne marchais dans l’allée centrale. Moi, je m’extrayais, je contournais, je baissais la tête. Je fuyais, j’évitais, je m’écrasais. Je creusais le sol, je m’inventais un terrier, je m’engouffrais, je me camouflais, je disparaissais. C’était ma lente amnésie de l’instant, un évanouissement, une évaporation. J’avais envie de devenir une buée blanche, une solution. »

Voilà que Ratso (une armoire à glace fraîchement renvoyée de son ancien lycée) lui fonce dedans, le déséquilibre et ne s’excuse même pas, malgré la béquille bien visible de Moses. Tous les ingrédients sont là pour faire naître une amitié forte et authentique. Parce que Ratso est aussi un jeune homme en colère cabossé par la vie. Issu d’une tribu indienne abandonnée par l’État où règnent une pauvreté et un chômage inouïs, Ratso est, tout comme Moses, parcouru par la rage.

La rencontre entre ses deux-là fait des étincelles au début. La forte personnalité de chacun écorche l’autre, provoque surprises, larmes et énervement. Mais l’amitié naît peu à peu, impossible qu’il en soit autrement. Ils se lancent alors tous les deux dans un périple improbable en pleine réserve indienne.

« On ne pouvait pas dire qu’on faisait vraiment premiers de la classe. J’aurais même dit que c’était exactement l’inverse. Un génie dans une voiture brinquebalante. Un handicapé au milieu des blés. Voilà ce que nous étions. Parfois la vie est aussi drôle qu’elle est triste. Exactement comme le ciel mélangé que l’on avait au-dessus de nos têtes. »

Les deux garçons accumulent les imprévus et obstacles, mais ce voyage leur offrira un beau cadeau : il leur permettra d’aller à la découverte de soi. Moses entre en contact avec ses démons intérieurs et commence à apprendre à vivre avec sa colère et sa culpabilité.

« Je crois que je partais avec Ratso parce que je ne comprenais pas tout de moi. J’avais l’impression de vivre une aventure. Et ce mot « aventure » me plongeait dans un état de conscience illimité, cela ressemblait à une sorte d’éveil permanent. J’avais juste envie de bouleverser l’immobilité de mon monde, les déchirures de ma jambe et la fracture de mon cœur. »

Moses et Ratso ressortent de leur périple un peu groggy, mais plus forts, authentiques et lumineux. Un roman à lire !

 

Le +

  • Le roman traite du thème du handicap sans basculer dans les clichés, il est traité avec beaucoup de justesse.
  • Le récit se lit d’une traite, alterne joie et peine, violence et douceur, avec beaucoup de sensibilité.
  • La culpabilité et la souffrance qui découlent de l’accident sont abordées toutes en pudeur, avec, encore une fois, beaucoup de justesse.
  • Malgré le sérieux du thème abordé et la profondeur des blessures de Rasto et Moses, le roman n’est à aucun moment pesant à lire, il y a même plusieurs scènes humoristiques.

 

Le –

  • Le titre donne l’impression que l’on va lire une histoire ordinaire d’adolescent, ce qui minimise la profondeur des personnages.

 

Le coin des profs

  • Le roman est intéressant à donner à lire pour la qualité su style (ciselé et subtil).
  • Le récit évoque en filigrane les conditions de vie dans les réserves indiennes, une chouette porte d’entrée pour aborder ce genre de thème social.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 278p.
  • 16,50€

 

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La nébuleuse Alma (Luc Blanvillain)

La nébuleuse Alma (Luc Blanvillain)

Résumé de l’éditeur

Le jour où Alma a embrassé Robin pour la première fois devant le lycée, après huit semaines de patience, de faux espoirs, de SMS, et près de vingt-six nuits passées à dormir le téléphone contre l’oreille au risque de griller ses neurones déjà bien endommagés par le coup de foudre, ce jour-là, elle a perdu sa meilleure amie.

Comment aurait-elle pu deviner que, en venant partager avec Jade son bonheur tout neuf, cette dernière lui annoncerait que tout était fini entre elles ? Et pour quelle raison ? L’ennui ! Jade s’est lassée d’Alma qu’elle trouve trop gamine, égoïste et superficielle. Certes, contrairement à son amie Jade, Alma ne s’est jamais souciée des sans-papiers ni des SDF ; elle ne milite dans aucune association et n’a jamais pris la peine de lire un seul article sur la guerre en Syrie. Mais est-ce une raison pour la chasser comme une malpropre ?

Il y a autre chose. Forcément.

 

Mon avis

Le titre du roman m’a donné l’impression que j’allais lire l’histoire d’une ado tourmentée et/ ou compliquée, mais il n’en est rien. Alma est une jeune fille qui se cherche, en plein questionnement face à son histoire d’amour naissante et sa meilleure amie qui vient de lui tourner le dos. C’est une jeune fille assez ordinaire, mais attachante, surtout lorsqu’elle parle des différents « moi » en elle. Il y en a notamment un qui lui fait dire exactement ce qu’il ne faut pas dire dans les situations délicates, ce qui nous donne l’occasion de lire des dialogues assez cocasses.

Alma vit sa première histoire d’amour avec Robin, qui est mise en avant dans la quatrième de couverture, mais je n’ai pas trouvé leur histoire si intéressante : elle est assez banale et le personnage de Robin est un amoureux parfait assez lisse. Par contre, Octave, le petit frère d’Alma, est plutôt chouette. Assez fin et mûr pour son âge, il se considère au même niveau que sa grande sœur et ne se prive pas de lui donner des conseils amoureux (conseils donnés en concertation avec la grand-mère, une belle équipe de choc !).

L’intrigue du roman est essentiellement centrée sur la tentative de reconquête de Jade par Alma. Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas tellement de savoir si elle va y arriver ou pas. Lorsqu’elle va faire ses premiers pas dans une association contre l’illettrisme, Alma va être confrontée au monde actuel, s’ouvrir aux autres et élaborer progressivement son point de vue sur les inégalités sociales en fonction de ses questionnements et observations.

 

Le +

  • C’est une histoire agréable et facile à lire où les lecteurs s’identifieront facilement à Alma.
  • Alma est un personnage sincère et touchant.
  • Le thème de la peine d’amitié est moins souvent traité que la peine d’amour en littérature de jeunesse.
  • Le récit est agrémenté de citations inspirantes de Verlaine et Camus qui poussent Alma à réfléchir par rapport à sa réalité du moment.

 

Le –

  • L’histoire est assez ordinaire, il n’y a pas vraiment de surprise.
  • Le discours militant de Jade est assez convenu, moralisateur et méprisant, ce qui peut donner aux jeunes lecteurs une fausse idée sur les personnes engagées dans des luttes sociales (elles ne sont pas toutes comme ça).

 

Le coin des profs

  • Le roman ne présente aucune difficulté de lecture. À proposer à des lecteurs qui ont besoin d’une lecture simple et fluide, sans tralala.
  • Le thème de l’homosexualité apparaît en second plan et permet d’ouvrir une porte pour aborder le thème en classe.

 

Infos pratiques

  • Des 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium grand format »)
  • 254p.
  • 15,80€
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Golden Valley (Gaël Aymon)

Golden Valley (Gaël Aymon)

Résumé de l’éditeur

Lorsqu’il débarque à l’aéroport de Yangon en Birmanie, Maximilien est accablé par la chaleur et l’ennui. Rejoindre ses parents expatriés dans le quartier chic de Golden Valley n’est pas le programme dont il avait rêvé cet été-là. Mais quand Max rencontre Dolly dans une soirée de la jeunesse dorée, c’est le choc. Elle a vingt ans, elle est belle, brillante, follement attirante. Leur complicité charnelle est une révélation qui en annonce bien d’autres. Car Dolly est aussi la fille d’un riche industriel birman, associé au père de Max dans la construction d’un barrage hydraulique…

Quand une rencontre amoureuse bouscule tous les repères et fait émerger une conscience politique, sociale, individuelle… On se révolte et on vibre avec Max d’un bout à l’autre de ce roman intense au parfum d’exotisme.

 

Mon avis

Au début du roman, Maximilien apparaît comme peu sympathique. C’est le cliché du beau gosse sportif, issu d’une grande école et d’une famille riche. Parachuté dans ce pays qu’il ne souhaite pas connaître, entre sa mère qui lui tape vite sur le système, son père archi-occupé par son boulot et la piscine de la villa trop petite pour faire des longueurs, il se vautre dans le luxe sans se poser de question.

Il rencontre assez rapidement d’autres jeunes expatriés comme lui, ils vont passer leur temps à faire la fête dans les bars et jouer à des jeux vidéo chez l’un ou chez l’autre. C’est dans ces circonstances qu’il rencontre Molly, 20 ans, la sœur de son ami Brandon, qui semble collée à son téléphone portable. Il a le coup de foudre pour elle, mais la sent inatteignable. Elle fait un pas vers lui, une histoire d’amour commence, mais ils doivent se cacher car en Birmanie, les femmes qui sortent avec des étrangers sont très mal vues.

Sa rencontre avec Dolly est intéressante car celle-ci va lui ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe dans son pays. Engagée secrètement dans un mouvement de lutte pour la libération de la Birmanie, elle va transmettre à Maximilien sa façon de vibrer pour créer un monde meilleur, plus juste, moins dominé par l’argent et les enjeux de pouvoir. Le choc des cultures est intéressant aussi. En tant qu’étranger issu d’une famille riche, il est traité avec respect, mais il sent aussi certains regards pesants sur lui. Grâce à Dolly, Max découvre quelques pans de l’histoire de la Birmanie et ouvre les yeux sur le monde.

« Lentement, tous les jours, je désapprenais le monde tel que je l’avais conçu, pour le réapprendre par les yeux de Dolly. Chaque geste, chaque action quotidienne prenait un nouveau sens. Je me remplissais d’elle, j’étais avide de tout. Elle était mon salut. Celle qui allait m’aider à ne pas devenir celui que je ne voulais plus être. »

Lorsqu’il est confronté aux malhonnêtetés de son père face aux Birmans pauvres, les certitudes de Max s’effondrent, les paillettes du monde des nantis disparaissent. Il va devoir faire un choix…

« Depuis que nous étions là, ils se comportaient avec une extrême prudence, comme Dolly l’avait parfois fait avec moi. Comme si j’étais potentiellement dangereux. Et mon milieu, ma famille me semblaient comme une faute dont je devais me justifier, me laver. En me voyant entrer, Sandar avait pris son mari à part dans la cuisine, pour le questionner, à voix basse et en birman. J’avais entendu Trevor lui répondre : « Ne t’en fais pas. C’est l’ami de Dolly Mya Yi. » »

Le style de l’auteur est travaillé, ce qui rend le roman intense et puissant. Tous les ingrédients sont présents pour éveiller des consciences politiques… La note de l’auteur à la fin du roman est édifiante à ce sujet. Voici un extrait :

« Combien de variables d’ajustement la notion de démocratie connaît-elle, selon le pays dans lequel on vit, le pays dont on parle, ou les intérêts économiques qu’on y trouve ? Où est la liberté et qui porte finalement les chaînes ?

S’il n’y a « pas de condition plus décisive pour occuper des positions dominantes que de sincèrement croire être fait pour les occuper » (Sociologie de la bourgeoisie, M. et M. Pinçon) que se passe-t-il lorsque le doute s’installe et qu’un grain de sable vient gripper la machine ? L’adolescence est ce moment de la vie qui peut soudain faire bifurquer une ligne droite. Mais comment échapper à sa condition, quelle qu’elle soit, à un âge où le sentiment d’impuissance domine ?

Les récents bouleversements de la société birmane ne sont pas tant au cœur de ce roman que ce qui n’y change jamais. Cette classe ultraprivilégiée dont ni les codes ni l’existence ne sont réellement affectés par les changements sociétaux, et qu’on retrouve immuable, partout dans le monde. »

 

Le +

  • Le choc des cultures est intéressant, surtout que Maximilien ne sait rien de la Birmanie ; les jeunes lecteurs sont donc au même stade de connaissance que lui;
  • L’histoire d’amour plaira à coup sûr (le premier coup de foudre d’un beau gosse, c’est plaisant à lire).

 

Le –

  • L’histoire de la Birmanie et les conflits qui la caractérisent son assez simplifiés, on a envie d’en savoir un peu plus.

 

Le coin des profs

  • Ce roman ne présente aucune difficulté de lecture et est une bonne entrée en matière pour aborder l’économie et la politique dans les pays en voie de développement.

 

Infos pratiques

  • À partir de 14 ans
  • Gallimard (collection « Scripto »)
  • 192p.
  • 8,65€
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Sauveur & fils (Marie-Aude Murail)

Sauveur & fils (Marie-Aude Murail)

Résumé de l’éditeur

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kilos.

Côté jardin, il mène sa vie privée avec son fils Lazare de 9 ans et il a quelque espoir de reconstruire une famille avec Louise Rocheteau et ses deux enfants.

Côté ville, Sauveur reçoit ses patients. Parmi eux : Ella Kuypens, 13 ans, qui se travestit en garçon et chante Sans contrefaçon, de Mylène Farmer, devant son miroir, Blandine Carré, 12 ans, qui se shoote aux bonbons Haribo et fait un tabac sur YouTube avec ses vidéos de poupées Pullip, Gabin Poupard, 17 ans, qui est Elfe de la Nuit dans World of Warcraft et qui squatte le grenier de son psy dans le civil, Samuel Cahen, 16 ans, qui ne se lave plus mais s’étonne de collectionner les râteaux avec les filles, ou encore Alex et Charlie qui, comme leurs prénoms ne l’indiquent pas, sont deux jeunes femmes souhaitant avoir ensemble un bébé…

Décidément, les humains sont de drôles de gens.

 

Mon avis

Profondément touchée par le 1er tome de la série, c’est avec une certaine fébrilité que je me suis jetée sur ce 2e volet. Et je n’ai pas été déçue. Explications…

On retrouve Sauveur et Lazare après leur retour du voyage aux Antilles, avec la galerie de personnages présents dans le précédent opus (certains ont disparu, mais on obtient quand même des nouvelles d’eux). On découvre également les nouveaux arrivés : entre un Samuel traqué par une mère possessive, une Martiniquaise souffrant de TOC de propreté, une petite Raja traumatisée par la guerre en Syrie ou un vieux SDF qui vient trouver refuge chez Sauveur, on n’a pas de quoi s’ennuyer. À cela, vous ajoutez Gabin qui squatte le grenier de Sauveur, Louise (la nouvelle amoureuse de Sauveur) qui reporte constamment son emménagement chez les Saint-Yves, Lazare qui est ravi d’emménager bientôt avec son meilleur ami (le fils de Louise), bref c’est parfois un peu le bazar, mais Sauveur le gère assez bien (même s’il est parfois dépassé et que la frontière entre vie privée et professionnelle est parfois ténue).

« Être une larve rose aux yeux clos, se disait Sauveur ce vendredi matin, penché au-dessus de la cage de madame Gustavia. Avoir un instinct de survie, mais ne pas savoir qu’on va mourir. Être un hamster de cinq jours. Ne pas porter sur ses épaules la responsabilité de Margaux Carré, d’Ella Kuypens, de Gabin Poupard, de madame Gervaise Germain, de la petite Raja Haddad… Alex et Charlie avaient décommandé leur rendez-vous de la fin d’après-midi, mais Pénélope Motin avait surgi de nulle part avec un nouveau problème qui « urgeait ». Vu sa désinvolture, Sauveur aurait pu l’envoyer promener. Mais la jeune femme lui demeurait indéchiffrable. C’était ce qui lui permettait de supporter son métier : la curiosité. »

L’histoire se poursuit également avec les hamsters car ils se sont reproduits (Madame Gustavia a eu des enfants avec son fils, hum !), il va falloir les caser quelque part…

Dans ce 2e volet, Sauveur est toujours aussi touchant, avec sa profonde bienveillance, ses failles qu’il essaye d’assumer au quotidien et sa volonté de cohabiter avec sa nouvelle amoureuse, malgré les protestations de sa belle-fille, victime des manipulations d’un père jaloux (vous suivez toujours ?). Ce qui est vraiment chouette, c’est qu’on découvre ici toute la complexité et les hésitations propres aux familles recomposées. Les soucis n’échappent pas à Sauveur, même s’il est psy clinicien.

Marie-Aude Murail aborde dans ce roman toute une série de thèmes difficiles mais actuels (famille recomposée, harcèlement scolaire, traumatisme de guerre, homosexualité, TOC,…) avec beaucoup de justesse et de pudeur, ce qui fait qu’on ne bascule jamais dans le voyeurisme. On est amené à lire des dialogues tour à tour graves, drôles, légers, touchants, qui révèlent chez l’auteure un profond amour du genre humain et une grande compassion pour les fragilités humaines. Je suis conquise par ce roman, tout comme je l’ai été par le précédent volume !

 

Le +

  • Les tranches de vie des patients sont vraisemblables et témoignent d’un grand travail de documentation.
  • Dans le précédent tome, l’apparition des hamsters me paraissait un peu plaquée ; ici, leur présence est toute naturelle et apporte quelques notes d’humour à l’histoire.
  • On est amené à lire des destins brisés, mais ce n’est à aucun moment lourd car l’auteure présente toujours les personnages avec beaucoup de délicatesse et de bienveillance.
  • Malgré la dureté de certains thèmes abordés, le roman n’est pas pesant à lire, l’auteure distillant toujours une note d’espoir quelque part.

 

Le –

  • La couverture un peu infantile ne reflète pas la richesse du contenu du roman.
  • Il y a un très gros défaut à ce roman : c’est une fiction, Sauveur Saint-Yves n’existe pas (c’est nul, je veux l’épouser ! avec Ned Stark…).

 

Le coin des profs

  • Tout comme le 1er tome, ce nouveau volet présente un style assez travaillé. Donc, à mettre uniquement dans les mains de bons lecteurs.
  • Ce roman est idéal pour des élèves qui travailleront dans le secteur social.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’école des loisirs (collection « Médium »)
  • 314p.
  • 17€

 

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Dis-moi si tu souris (Éric Lindstrom)

Dis-moi si tu souris (Éric Lindstrom)

Résumé de l’éditeur

« Je suis Parker, j’ai 16 ans et je suis aveugle. »

« Bon j’y vois rien, mais remettez-vous : je suis pareille que vous, juste plus intelligente. D’ailleurs j’ai établi Les Règles :

– Ne me touchez pas sans me prévenir ;

– Ne me traitez pas comme si j’étais idiote ;

– Ne me parlez pas super fort (je ne suis pas sourde) ;

– Et ne cherchez JAMAIS à me duper.

Depuis la trahison de Scott, mon meilleur pote et petit ami, j’en ai même rajouté une dernière. Alors, quand il débarque à nouveau dans ma vie, tout est chamboulé. Parce que la dernière règle est claire : Il n’y a AUCUNE seconde chance. La trahison est impardonnable. »

 

Mon avis

Lorsque j’ai lu le résumé de l’histoire sur la 4e de couverture, j’ai tout de suite été attirée par ce livre. Ayant eu dans ma vie un proche gravement handicapé, je me suis sentie directement concernée par le thème, mais j’ai éprouvé directement une réaction de méfiance : est-ce que l’histoire n’allait pas verser dans le mélo avec un thème pareil ? La réponse est non, je n’ai pas été déçue, je me suis même amusée à la lecture de ce roman. Explications…

Parker est aveugle depuis ses 6 ans suite à un accident de voiture qui, en plus de lui avoir coûté la vue, lui a aussi coûté sa mère. Lorsque le récit débute, son père est mort il y a quelques semaines, dans des circonstances un peu floues (on ignore si c’est un accident ou un suicide). Sa tante vient alors emménager chez elle avec ses enfants ; Parker doit donc non seulement affronter son deuil, mais aussi apprendre à vivre avec cette famille lointaine qui gère un peu maladroitement son quotidien d’aveugle. Depuis que Scott, son meilleur ami et premier amour, s’est joué de ses sentiments, elle s’est enfermée dans une carapace où une grande gueule et un humour piquant lui servent de protection.

« Aujourd’hui, j’ai choisi un foulard en soie blanche avec une grosse croix noire sur chaque œil. C’était soit ça, soit mon hachimaki avec « vent divin » écrit en kanji, mais je n’ai pas voulu embrouiller les nouveaux en envoyant un message contradictoire. En revanche, je crois que j’ai eu tort de laisser ma veste à la maison. D’habitude, je porte une veste militaire usée dont j’ai coupé les manches, couverte de badges que mes amis m’ont offerts au fil des années. Avec des slogans du style « Oui, je suis aveugle ! Vous vous en remettrez ! » ou « Aveugle, mais ni sourde ni demeurée », et mon chouchou : « Parker Grant n’a pas besoin d’yeux pour lire en vous ! » Tante Célia m’a dissuadée de la mettre ce matin en disant que ça déstabiliserait les anciens de Jefferson, qui ne me connaissent pas. Il s’avère qu’elle a eu tort. Ils ont visiblement besoin qu’on les déstabilise. »

Dotée d’un esprit d’analyse aiguisé par sa cécité, Parker met constamment à l’épreuve son entourage et s’auto-exclut des groupes pour se protéger. Elle s’est trouvé un refuge, la course à pied, qu’elle pratique incognito tous les matins. La vie n’est pas simple pour elle, mais elle se complique encore plus lorsque Scott refait son apparition et qu’un professeur d’athlétisme lui demande de faire partie de son équipe…

A priori, le résumé du roman peut donner l’impression que l’on va lire une histoire pesante, mais il n’en est rien. On est bel et bien plongé dans un univers typiquement adolescent où les premières amours, les joies et déceptions amicales, les problèmes d’apparence tiennent le haut du pavé. Le récit aborde des thèmes graves avec beaucoup de simplicité, il entremêle des moments de drame, de fous rires, de complicité, d’amour, de doutes, de remises en question, avec une grande justesse. Les rebondissements de l’histoires sont relatés avec un tel naturel que l’on suit le mouvement avec une facilité déconcertante.

L’auteur a réussi le délicat pari d’aborder des réalités de la vie difficiles (la mort, la solitude, le handicap, le sacrifice), dans un récit léger et bourré d’humour, où la vie terriblement imparfaite et douloureuse est rendue acceptable et même belle. J’ai beaucoup apprécié le personnage de Parker : c’est une jeune femme forte et déterminée, qui apprend à écouter et déchiffrer les autres à travers ce qu’elle entend. Parker étant aveugle, sa perception du monde qui l’entoure n’est pas superficielle, elle est différente. Il n’y a pas de longues descriptions physiques des personnages, mais plutôt des portraits psychologiques esquissés à travers le ressenti de l’héroïne.

Son cynisme et son impertinence cachent ses failles, son chagrin et ses tourments, elle nous apparaît profondément humaine car faillible et sensible. L’amitié et l’amour vont la confronter à ses erreurs et la rendre plus attentive car, si Parker est capable de voir clair dans le jeu des gens, elle n’en reste pas moins un être humain qui peut se tromper et être aveuglée par ses ressentiments. Lorsqu’elle découvre que son aveuglement n’est pas uniquement physique, mais qu’il touche aussi les gens qu’elle aime, le récit atteint un niveau de profondeur assez intéressant.

Dis-moi si tu souris est un roman gai et lumineux qui nous offre une belle leçon de vie, loin des clichés habituels. Un roman qui nous fait relativiser les petits tracas du quotidien. Bref, un roman à lire !

 

Le +

  • Le thème du handicap est peu traité en littérature de jeunesse. Ce récit vient combler un manque.
  • Le personnage de Parker est intéressant : c’est un petit bout de femme forte, qui accepte sa cécité et les deuils qu’elle traverse, on ne tombe à aucun moment dans le mélo.
  • L’histoire racontée est drôle et profonde, elle nous donne à lire des personnages bien vivants.
  • Le récit est fluide, il n’y a pas de temps mort ou de longueur, on le lit très rapidement.
  • L’histoire se termine bien et on en a besoin.

 

Le –

  • Je n’en vois pas. Peut-être une fin un peu plus aigre-douce ?

 

Le coin des profs

  • Ce roman est une bonne entrée en matière à la situation de handicap et aux problèmes y afférents (l’infantilisation des handicapés, le manque d’infrastructures adaptées, le besoin d’indépendance des handicapés malgré l’entourage indispensable).

 

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Nathan
  • 396p.
  • 16,95€

 

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Très vite ou jamais (Rita Falk)

Très vite ou jamais (Rita Falk)

Résumé de l’éditeur

Jan et Nils ont vingt et un ans et sont amis depuis toujours. Ils sont entourés, heureux, et l’avenir leur sourit. Jusqu’à ce jour de février, où Nils rate un virage à moto et sombre dans un coma profond. Son pronostic vital est engagé.

Chaque jour, pendant un an, Jan rend visite à son ami, guettant le moindre signe d’amélioration. Entre ses visites, il lui écrit des lettres dans lesquelles il lui confie ses espoirs, ses angoisses, tout ce qu’il vit sans lui. Ces lettres, il a l’intention de les remettre à Nils lorsque celui-ci sortira de l’hôpital, afin qu’il lui reste une trace de tout ce temps qu’il aura passé à dormir. Mais l’état de Nils ne s’améliore pas. Pour ses parents, ses amis, son amoureuse, le voir végéter de plus en plus est insupportable. Peu à peu, tous espacent leurs visites, obligés de prendre leurs distances pour continuer à vivre. Seul Jan continue à y croire.

Rita Falk livre un récit touchant et plein d’humour sur la maladie, la mort et le deuil, qui se meut au fil des pages en un hymne à la force de la jeunesse, à la beauté de la vie.

 

Mon avis

Lorsque j’ai lu le résumé sur la couverture, l’histoire m’a attirée, mais j’éprouvais en même temps une certaine appréhension à l’idée de lire un récit épistolaire. La lettre me paraissait en effet un média has been à l’heure de la génération web 2.0, mais la lecture m’a prouvé le contraire. Ainsi, les lettres écrites par Jan ne contiennent pas que les infos relatives à la convalescence de Nils. Elles révèlent aussi les nouvelles des copains de la bande et les péripéties dans le nouveau travail de Jan. Celui-ci commence un stage au « Nid de coucous », surnom donné en référence au film avec Jack Nicholson, où il s’occupe de l’intendance dans une institution psychiatrique où les membres sont internés volontairement.

Dans les lettres figurent de nombreux petits détails de la vie quotidienne qui n’ont pas toujours un grand intérêt. Ce qui est plus intéressant, c’est de voir que plus le temps passe, plus les proches perdent espoir face à la guérison potentielle de Nils, sauf Jan qui est d’une remarquable constance dans ses visites et son optimisme quant à la guérison potentielle de son ami. Chacun souffre de voir Nils dans le coma, chacun fait comme il peut pour continuer à vivre dans cette situation en demi-teinte et cela crée parfois des conflits, tellement certaines personnalités sont différentes.

« – Certaines familles sortent grandies des épreuves qu’elles traversent, Jan. Tandis que d’autres volent en éclats. C’est tout l’un ou l’autre. Il n’y a pas une famille au monde où la vie continue normalement après un coup dur. Pas une. Et quand une famille ne reste pas unie dans le malheur, c’est en général qu’elle avait de bonnes chances d’imploser tôt ou tard. »

Le titre du livre est rapidement éclairci : « Le coma, on en sort ou très vite, ou jamais. » Le récit pourrait dès lors à première vue paraître lourd à lire, mais il ne l’est pas grâce à la personnalité « caméléon » de Jan. On le voit en effet s’adapter constamment avec beaucoup de naturel à tous les imprévus de la vie, que ce soit au Nid de coucous, à l’hôpital ou avec ses potes. Sa spontanéité et son authenticité rendent le récit très vivant, ponctué de moments de rires face aux situations cocasses dans lesquelles il a l’art de se fourrer. La fin du récit est plus intimiste et très émouvante.

 

Le +

  • Le style est simple et vivant, l’histoire se lit facilement.
  • Il y a plusieurs situations pleines d’humour, grâce à Sœur Barbara et aux pensionnaires du Nid de coucous. Certaines engueulades au chevet de Nils prêtent à sourire aussi.
  • La fin est très émouvante, le ton y est très juste.
  • Le thème est peu abordé dans la littérature de jeunesse, c’est à saluer.
  • La question du deuil impossible à commencer est intéressante, mais aussi les différentes façons dont il peut être vécu et les conséquences que tout cela engendre (ruptures amicales, divorce, dépression, tensions,…).

 

Le –

  • Il y a quelques longueurs dues à certains détails donnés.
  • Les personnages sont parfois présentés de façon caricaturale. Leur donner davantage de relief aurait intensifié la profondeur des émotions du lecteur et accru l’intensité dramatique de l’histoire.

 

Le coin des profs

  • Le roman ne présente aucune difficulté de lecture et peut être mis entre les mains de lecteurs faibles, pour autant qu’ils soient intéressés par le thème.
  • Ce roman épistolaire est plus attrayant que les classiques du genre (Les lettres persanes, etc.).

 

Infos pratiques

  • À partir de 14 ans
  • Magnard jeunesse
  • 220p.
  • 13,90€

 

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Les sous-vivants (Johan Heliot)

Les sous-vivants (Johan Heliot)

Résumé de l’éditeur

L’humanité, devenue stérile, a presque disparu de la surface de la Terre. Dans un Paris en ruines envahi par la forêt,  de petites tribus survivent tant bien que mal. Le jour, leurs membres doivent affronter une chaleur étouffante ; la nuit, un ennemi plus implacable encore : les ferhoms, étranges robots qui enlèvent les adultes et les emportent vers une mystérieuse destination. Comment naissent les enfants qui peuplent les tribus ? Personne ne le sait… Quand son père est à son tour capturé, Soria part à sa recherche avec son meilleur ami. Ensemble, ils découvriront un peuple caché dans les entrailles de la Terre, les Purs, et l’incroyable secret de leurs origines.

 

Mon avis

L’histoire se déroule dans un Paris que l’on reconnaît à peine, où la Tour Eiffel est appelée Haute Pointe et la Seine, Pue-la-boue. La ville a en effet tant bien que mal survécu à une catastrophe dont nous ne saurons rien. Nous comprenons vite que la nature y a repris ses droits et que le climat entre les tribus est hostile.

Soria vit dans une tribu affamée et assommée par le soleil. Lorsque son père et son ami Keiff sont enlevés par les ferhoms, des robots dangereux contrôlés par les Purs, elle décide de partir à leur recherche avec Selim, son ami d’enfance, même si elle sait cette quête très périlleuse.

Le récit se présente sous une forme polyphonique : nous alternons tour à tour le point de vue de Soria, et celui de Tigdal, un Pur très curieux malmené par ses camarades. Leurs points de vue sont ponctués par les racontars de Selim, des histoires inventées pour expliquer les origines et croyances des tribus.

L’histoire donnée à lire peut être classée dans la catégorie des récits d’anticipation baignant dans un univers dystopique. En effet, outre le danger permanent dans lequel vivent les tribus, celles-ci sont régies par des règles imposées à tous, que les membres appliquent docilement, surveillés par des chefs autoritaires qui gardent précieusement secrètes les explications sur leurs origines et les raisons de leur mode de fonctionnement.

« Une fois les membres de sa chambrée scrupuleusement sélectionnés, et quel que soit ensuite leur tunnel d’affectation, un Doyen conservait sur eux le pouvoir absolu. Seule échappatoire possible : la mort. Les Purs, toutefois, ne décédaient jamais dans un accident ni des suites d’une maladie, car ces risques-là étaient totalement éradiqués de leur univers. Par conséquent, soit le grand âge finissait par les emporter, soit ils étaient victimes d’un assassinat rituel. Il n’y avait pas d’autre alternative. »

Au fur et à mesure que l’histoire avance, on découvre que Soria et Tigdal sont des ennemis, mais le courage de l’une et la sensibilité de l’autre vont rendre leur rencontre intéressante. Plus on avance dans la lecture, plus on s’attache à eux et on a peur pour eux. Malgré la lourdeur du climat dans laquelle les héros évoluent, le récit n’est pas pesant à lire, on passe même plutôt un moment agréable de lecture.

 

Le +

  • Les détails et explications des tribus sur et sous la surface sont distillés au bon moment, ce qui rend la lecture facile et agréable.
  • Le récit présente une forme de capitalisme que je trouve intéressante à pointer. C’est en effet peut-être celle de notre futur.
  • L’intelligence et la vivacité d’esprit de Soria et Tigdal rendent ces personnages intéressants et bien vivants.

 

Le –

  • Le démarrage est assez lent, il faut attendre presque la moitié du récit pour que le suspense soit bien installé.
  • Le secret sur les origines des tribus est donné assez tard, ce qui m’a un peu frustrée, mais je comprends aussi que l’auteur ait ménagé son suspense.

 

Le coin des profs

  • Le récit ne présente pas de difficulté de lecture.
  • La catastrophe qui a presque éradiqué Paris ressemble à une catastrophe climatique. Une belle mise en situation de ce qu’on pourrait vivre si on ne fait rien pour enrayer le réchauffement de la planète.
  • On pourrait faire un parallèle entre cette histoire et celle de la série The walking dead (on y retrouve une catastrophe à l’origine et les mêmes problèmes de survie et d’autorité dans les clans), ce qui susciterait probablement l’intérêt des plus réticents à la littérature (pour autant qu’ils aiment la série avec les zombies).
  • En filigrane, à travers le binôme entre Tigdal et Harkan, on peut évoquer le thème du harcèlement scolaire, criant d’actualité.

 

Infos pratiques

  • 12 et plus
  • Seuil jeunesse
  • 319p.
  • 14€
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Le cœur est un muscle fragile (Brigitte Smadja)

Le cœur est un muscle fragile (Brigitte Smadja)

Résumé de l’éditeur

Simon Peretti, quinze ans et demi, photographe de nuages, amateur de hard métal, d’Erik Satie et d’Eminem, a des centaines d’amis sur Facebook depuis qu’il est devenu le type le plus populaire du lycée. Celui qui a réussi à conquérir la fille la plus mystérieuse du quartier, une terreur, une légende. Nul doute, on les a vus, on les a pris en photo. Ils veulent tous la connaître, réclament à Simon leur dose d’images et de commentaires. Surtout Léonard et Nessim. Ne se connaissent-ils pas depuis toujours, ne sont-ils pas frères ? Simon refuse d’en dire davantage, protège une histoire qui n’appartient qu’à lui et à la fille qu’il vient de rencontrer. Bientôt, il parlera à ses amis d’enfance, mais pas maintenant. Pourtant, il suffit d’un week-end pour que le monde de Simon Peretti s’effondre. Pour qu’il assiste, impuissant, à son lynchage numérique. Pire, Léonard et Nessim ne font rien pour arrêter ce carnage. Comment en sont-ils arrivés là tous les trois et justement ce lundi où il s’apprêtait à leur présenter la fille qu’il aime le plus au monde ?

 

Mon avis

Le roman débute au moment où Simon est dans la tourmente du lynchage numérique et où ses 2 amis se tiennent éloignés de lui. On doit attendre les flash-backs pour comprendre peu à peu comment il en est arrivé là. En réalité, sa descente aux enfers est due à un quiproquo : il est en train de vivre sa première histoire d’amour et souhaite la garder secrète pour l’instant, ce qui est compréhensible. Son entourage se méprend sur l’identité de son amoureuse en croyant qu’il s’agit de Thelma, une légende de la rue qui terrifie le quartier.

Le résumé de l’éditeur donne l’impression que l’acharnement numérique sur Simon forme l’essentiel de l’histoire, mais en réalité, ce n’est qu’un prétexte pour découvrir le portrait de Simon : sa personnalité, sa relation avec ses 2 amis d’enfance, les bêtises qu’il a faites plus jeune et la relation avec ses parents et les filles qui lui plaisent. Nous ne saurons que tout à la fin du roman la raison du lynchage numérique et ce n’est pas vraiment un problème.

Ce roman plaira sûrement aux jeunes, à mon humble avis. Il nous dépeint en effet l’univers des ados tel qu’il est, rythmé par les rebondissements propres aux réseaux sociaux. Le style est intéressant, mais la structure narrative n’est pas assez travaillée à mon sens, car le lien entre les séquences passées et présentes n’est pas toujours clair. Certains passages sont longuets et prévisibles. Par contre, c’est intéressant de voir que ce qu’il se passe dans la vie des ados n’est pas toujours ce que les adultes croient. Petit moment de nostalgie…

 

Le +

  • L’histoire d’amour et d’amitié que vit Simon est touchante.
  • En filigrane, le thème de la différence est abordé car Simon a un père très âgé et ne le vit pas bien (comparaison avec ses amis oblige, à laquelle s’ajoute la peur de la mort de son père).
  • Les réseaux sociaux, incontournables aujourd’hui, sont bien présents dans le récit, avec les dérives auxquelles ils donnent la possibilité.

 

Le –

  • Je n’ai pas trouvé très crédible le personnage de légende urbaine de Thelma, qui est un bon exemple de « beaucoup de bruit pour rien ».
  • L’auteure aurait dû prendre le temps de peaufiner la structure narrative du récit pour gagner en clarté et efficacité.
  • Quand on a lu d’autres romans de l’auteure, on est un peu déçu par celui-ci. Elle peut mieux faire.

 

Le coin des profs

  • Le récit ne présente aucune difficulté de lecture, mais on ne doit pas forcément le mettre dans les mains de lecteurs faibles car les transitions entre flash-backs et moment présent ne sont pas toujours marquées clairement.
  • Le roman pourrait être un prétexte pour aborder le phénomène des rumeurs (leur origine, leur mode de fonctionnement, leurs dégâts) pour sensibiliser les jeunes aux apparences parfois (souvent) trompeuses.

 

Infos pratiques

  • De 12 à 16 ans
  • L’École des loisirs (collection « Médium » en grand format)
  • 253p.
  • 15,80€

 

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