Moi et les aquaboys (Nat Luurtsema)

Moi et les aquaboys (Nat Luurtsema)

Résumé de l’éditeur

L’avenir de Lou Brown, quinze ans, est tout tracé. Elle suit depuis toute petite un entraînement de natation intensif, avec sa meilleure amie, Hannah. Et ce quatre cent mètres quatre nages va leur permettre de se qualifier pour les Jeux olympiques. Mais Lou rate sa course tandis que Hannah, elle, est sélectionnée. Lou fait sa première rentrée seule dans un lycée où elle ne connaît personne. L’adolescente trop grande, gauche et timide hors de l’eau affronte sa nouvelle vie avec autant de courage que d’humour. Un jour, elle retourne à la piscine. Trois garçons du lycée lui proposent un défi complètement fou…

 

Mon avis

« Ça pourrait sembler bizarre de se retrouver à moitié nue devant tant de gens, mais en fait, non. Je fais claquer les bretelles de mon maillot pour me porter chance, une fois à droite, deux fois à gauche. Puis je sors côté piscine en prenant une grande inspiration, et l’odeur familière de chlore et de pieds me chatouille les narines. C’est un peu écœurant, mais cette odeur est vraiment excitante pour moi. Je suis dans mon élément. Je suis une des nageuses les plus rapides du pays. C’est la raison pour laquelle je suis ici, à l’épreuve de sélection pour un camp d’entrainement de haut niveau, qui me permettra d’intégrer l’équipe nationale de natation. C’est ce que j’ai toujours voulu, d’aussi loin que je m’en souvienne. Alors, vous voyez… aucune pression, c’est pas grand-chose. Pfiou. J’ai l’impression que je transpire à l’intérieur des oreilles. Je longe lentement le bassin en regardant l’épreuve juste avant la mienne. Des nageuses plus âgées abattent des longueurs. Elles ont l’air si puissantes, elles ne nagent pas, elles cognent l’eau ! »

Lorsque son rêve s’effondre, Lou doit recommencer le lycée sans sa meilleure amie et se rend compte qu’elle ne connaît personne. Elle essaye de braver sa timidité, sa maladresse et sa honte de l’échec pour faire des connaissances, tout en gardant des contacts avec Hannah, à qui elle cache sa jalousie vis-à-vis de sa réussite. Mais ses efforts ne portent pas leurs fruits, elle reste seule. Le contraste est grand entre son ancienne vie consacrée 2 fois par jour à ses entraînement et le vide qu’il y a dans son nouvel emploi du temps, où les journées lui paraissent interminables et l’école ennuyeuse. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre 2 garçons populaires qui veulent absolument participer à l’émission « Incroyable talent » et qui demandent à Lou de les entraîner à la nage synchronisée.

Ce roman m’a paru très sympa. J’ai passé un chouette moment, dont certains étaient emplis des fous rires : le côté Gaston Lagaffe tout en muscles de l’héroïne m’a bien plu. Certaines péripéties sont un peu forcées et la fin se termine un peu trop bien, mais je trouve que l’atout du récit est l’humour désopilant de l’héroïne, dont on ne se lasse pas. Il est rafraîchissant.

« – Quoi ? (Je soupire.) Je sais exactement à quoi vous pensez, allez-y, vous pouvez le dire tout haut.

Roman dit :

– Ta sœur est canon.

Et au même moment, Gabe dit :

– Ton père a vraiment de belles jambes pour son âge. Ah, mince, c’était pas ça ?

Nous éclatons tous de rire. »

 

Le +

  • Le roman est ponctué par un humour désopilant, qui nous pousse à dévorer la suite.
  • Le personnage de Lou est attachant, ainsi que sa famille (entre sa sœur préoccupée par son apparence et les cancans du lycée, et ses parents divorcés mais vivant sous le même toit, on ne s’ennuie pas).
  • Les liens entre les personnages sont forts, l’amitié inattendue est belle.
  • Les héros ne sont pas parfaits, le ton est très juste, on y croit.

 

Le –

  • Certains rebondissements où tout s’arrange sont un peu forcés.
  • La couverture est un peu à la guimauve et ne reflète pas la profondeur de l’histoire.

 

Le coin des profs

  • L’humour et le dynamisme du récit, sans difficulté de lecture, peuvent réconcilier des jeunes avec celle-ci.
  • Le roman est l’occasion d’aborder les sacrifices que nécessite une carrière sportive professionnelle, ainsi que les coulisses parfois méconnues des jeunes qui ne voient que les paillettes d’une carrière sous les feux des projecteurs.

 

Infos pratiques

  • De 13 à 16 ans
  • Gallimard Jeunesse
  • 320p.
  • 15,50€
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La théorie du grand tout (J. J. Johnson)

La théorie du grand tout (J. J. Johnson)

Résumé de l’éditeur

Ce n’est pas parce que tout le monde pense que tu devrais tourner la page que tu es prêt à le faire. Sarah, 15 ans, a perdu sa meilleure amie dans un terrible accident et n’arrive pas à s’en remettre. Son arme : le cynisme. Plus rien n’a d’importance. Jusqu’à cette drôle de rencontre…

 

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce roman bien construit, avec un style ciselé et varié. Il fait preuve d’un beau réalisme dans la présentation du deuil et des méandres de l’adolescence. Les personnages sont très touchants, des graphiques sympas entament chaque nouveau chapitre, les expressions de jeunes utilisées sont assez comiques. Un roman à lire !

 

Le +

  • Le processus du deuil est bien décrit, avec beaucoup de justesse.
  • L’autodérision de l’héroïne est rafraîchissante.
  • Les graphiques au début de chaque chapitre sont comiques et originaux.
  • Le style cash des dialogues les rend vivants.

 

Le –

  • L’auteure n’est pas responsable, mais il y a pas mal de fautes d’orthographe dans le roman, c’est fatigant.

 

Le coin des profs

  • L’image sur la couverture est très juste et pourrait être un prétexte pour aborder la métaphore ou le symbole.
  • Le livre a l’air d’une brique, mais les pages sont épaisses et l’histoire se lit facilement.

 

Infos pratiques

  • Alice tertio
  • 352p.
  • 15€
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Run billie (Claire Loup)

Run billie (Claire Loup)

Résumé de l’éditeur

Le soir de leur premier concert au mythique Bataclan, les membres du groupe pop-rock Run Billie sont sur un nuage. Une telle gloire en si peu de temps ! Mais juste avant d’entrer en scène, le rêve se brise : Billie, la chanteuse du groupe, s’est volatilisée. Que lui est-il arrivé ? Enlèvement ? Suicide ? L’inspecteur Luka Prajnic mène l’enquête. JB, Dams et Moosh, le batteur, qui sortait avec elle sont auditionnés, ainsi que tout l’entourage de la jeune femme. Qui est vraiment Billie ? Que cherchait-elle que le succès ne lui apportait pas ?

 Interrogatoires, lettres, mails… un roman protéiforme qui dessine en creux le portrait d’une jeune fille énigmatique. Et parle de fracture sociale, d’amour, d’amitié, d’origines, de popularité. Addictif suspens psychologique par une jeune auteure à suivre !

 

Mon avis

Le récit est présenté comme un polar avec sa couverture noire, mais le suspense diminue au fur et à mesure de la lecture. On comprend petit à petit que Billie n’a pas été enlevée ou assassinée, mais qu’elle est partie. On a juste envie de savoir pourquoi.

« Qu’ils croient ce qu’ils veulent. Adèle n’est pas la jeune femme capricieuse et caractérielle dont tout le monde parle depuis 3 jours. Elle a toujours assuré. Interviews, concerts, séances photo ou dédicaces, ses rares sautes d’humeur ne l’ont jamais empêchée de faire preuve d’un grand professionnalisme. Tous les gens qui ont eu à travailler avec elle pourront vous le confirmer.

 – Quelles sautes d’humeur ?

 – Devenez chanteur à succès et vous comprendrez : soit vous vous laissez complètement manger par le système, soit vous réagissez ; Adèle réagissait. L’inspecteur Parjnic pose son ultime question :

 – Que pensez-vous qu’il soit arrivé à Adèle Polgakov ?

 – Honnêtement, je n’en sais rien. Je n’en sais rien du tout, murmure Damien Moncelle, le regard complètement éteint. Rien de grave j’espère. »

La structure narrative est bien construite et variée, mais le récit est fort tiré en longueur. Les descriptions et flash-backs n’en finissent pas, on s’y perd presque, pour arriver à une fin qui me paraît bâclée et décevante. Je crois pourtant que ce genre de suspense peut bien plaire aux ados.

 

Le +

  • La complexité du personnage de Billie est juste (je m’attendais à une personnalité plus pauvre ou stéréotypée).

 

Le –

  • On mélange parfois le présent et le passé, tellement il y a de flash-backs.
  • Le rythme du récit est régulièrement cassé.
  • L’opposition manichéenne entre les Parisiens et les non Parisiens est un peu rapide.

 

Le coin des profs

  • Le style de l’auteure n’est pas difficile à lire en soi, mais la structure narrative manque de clarté. Je déconseille d’analyser ce récit en classe, sauf si on veut montrer la variété des points de vue.

 

Infos pratiques

  • Gallimard Jeunesse (collection Scripto)
  • 336p.
  • 12,50€
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Fans de la vie impossible (Kate Scelsa)

Fans de la vie impossible (Kate Scelsa)

Résumé de l’éditeur

Pour Jeremy, passionné d’art, ancré dans sa solitude, c’est comme s’il avait toujours attendu Sebby à la minute où ils se rencontrent. Et Mira, qui a tant de mal à quitter son lit, ne se sent véritablement vivante que lorsqu’elle est avec Sebby, l’ami solaire et écorché.

Ensemble, ils n’ont plus peur. Ensemble, ils ne sont plus seuls. Mais la vie ne les épargne pas. Et les tentations destructrices sont là… S’aimer suffira-t-il à les sauver ?

Trois adolescents déterminés malgré tout à vivre pour le meilleur, pour l’impossible. Un roman affranchi et émouvant qui ose évoquer sans détour l’homosexualité, le désir et le mal-être adolescent, avec une justesse poignante et beaucoup de tendresse.

 

Mon avis

J’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Pourtant, le résumé sur la 4e de couverture me plaisait bien. En fait, je pense que j’ai fort senti l’auteure adulte derrière certains dialogues. Il y a aussi certains clichés sur la vie adolescente.

Le mal-être et l’instabilité des 3 ados se reflète dans la structure narrative du récit : on est un peu balloté de rebondissement en rebondissement, sans savoir vraiment quelle est la tension dramatique : Mira est dépressive, Jeremy est homosexuel et a du mal à s’assumer, Sebby est homo lui aussi, il vit en famille d’accueil et fait toutes les bêtises possibles (fugue, drogue, alcool). On ne voit pas très bien où va l’histoire, l’objectif n’est pas clair, le lecteur est bloqué à l’instant présent et ne tremble pas pour les personnages. Par contre, j’ai vraiment bien aimé la façon dont l’auteure aborde sans fard les difficultés des ados (homosexualité, difficulté de vivre et de trouver son identité, comportements ambigus voire risqués).

« Devenir quelqu’un ayant besoin d’autres gens pose des problèmes. Surtout si on a façonné une grande partie de son identité en étant seul. Ce n’était pas une vie particulièrement agréable, mais au moins, dans ma solitude, j’étais autonome. À présent, je porte constamment sur moi une émotion, telle une démangeaison persistante, et je la nourris comme si c’était une espèce d’animal de compagnie exigeant. »

 

Le +

  • La rencontre de 3 ados mal dans leur peau plaira aux jeunes.
  • Aborder les difficultés des ados dans ce qu’elles ont de plus dur, sans édulcorer la réalité, est délicat, mais intéressant.

 

Le –

  • La structure narrative aurait pu être mieux construite et le point de vue des personnages plus original (entre une ado banale dépressive, un homo en famille d’accueil qui accumule les conneries et un garçon discret, gentil et fiable, on a un trio assez banal).

 

Le coin des profs

  • Il n’y a aucune difficulté de lecture, parfois du vocabulaire fleuri typique des jeunes.
  • Pour donner ce roman à lire, il faut être à l’aise avec les thèmes qui pourraient susciter des questions. Je pense à l’homosexualité et au suicide, notamment.
  • Il y a des scènes où les 3 ados s’adonnent à des jeux sexuels où ils se cherchent. Attention aux lecteurs un peu prudes ! Je pense aussi aux parents choqués qui pourraient se plaindre de ces scènes explicites en donnant des arguments pudibonds.
  • La réalité dans ce qu’elle a de plus dur est présentée de façon brute. Cela peut plaire ou choquer les jeunes, mais aussi les parents.

 

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • Gallimard jeunesse (collection Scripto)
  • 368p.
  • 15€
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Une histoire de sable (Benjamin Desmares)

Une histoire de sable (Benjamin Desmares)

Résumé de l’éditeur

Quoi de plus déprimant que de passer des vacances d’hiver dans une petite station balnéaire sinistre… avec ses deux parents plantés devant leurs ordinateurs pour cause de travail ? En traînant dans les rues désertes, Jeanne fait la rencontre de deux frères vraiment bizarres, habillés façon années 1980, plantés en permanence devant une maison abandonnée…

Un roman fantastique émouvant, pour les jeunes ados.

 

Mon avis

Ce court roman présente une structure narrative assez simple où les éléments classiques du genre fantastique sont disséminés le long de l’histoire. Certains récits fantastiques sont effrayants, mais ce n’est pas le cas de celui-ci. Il évoque avec beaucoup de douceur les âmes des personnes disparues qui n’ont pas encore trouvé le repos et cherchent à terminer quelque chose dans le monde des mortels. Il n’y a donc aucune violence ou aucun détail sanguinolent, il s’agit d’une rencontre entre 2 âmes esseulées et une jeune ado rebelle coincée dans un lieu de vacances désuet et non désiré.

J’ai trouvé le roman un peu creux, assez prévisible et peu palpitant, mais la fin est douce comme le titre.

 

Le +

  • Le lieu de vacances non désiré : on a tous vécu ça.
  • L’histoire est simple.
  • La dimension fantastique est douce et réconfortante.

 

Le –

  • Il manque de l’action.

 

Le coin des profs

  • Le roman ne présente aucune difficulté de lecture, on peut le mettre dans les mains de lecteurs « faibles ».
  • On peut facilement utiliser ce roman pour décortiquer le schéma narratif ou les caractéristiques du genre fantastique.
  • Un jeune lecteur qui vit le deuil d’un proche pourrait être apaisé par la lecture de ce genre d’histoire.

 

Infos pratiques

  • Dès 12 ans
  • Rouergue
  • 128p.
  • 10,70€
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Le sel de nos larmes (Ruta Sepetys)

Le sel de nos larmes (Ruta Sepetys)

Résumé de l’éditeur

Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

 

Chacun né dans un pays différent. Chacun traqué et hanté par sa propre guerre. Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte de la mer Baltique devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes… Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhelm Gustloff ; un énorme navire promesse de liberté…

 

Ruta Sepetys révèle la plus grande tragédie de l’histoire maritime, qui a fait six fois plus de victimes que le Titanic. Cette catastrophe méconnue lui inspire une vibrante histoire d’amour, de courage et d’amitié.

 

Mon avis

Pour avoir lu quelques récits de guerre, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée d’en lire un autre. Allait-il m’apporter un regard que je ne connais pas déjà ? En plus, Le sel de nos larmes est une brique qui fait près de 500 pages. Entrer dans le roman a dû se faire avec une certaine persévérance, les scènes de guerre présentées (viols, pillages, destructions massives) n’étant pas spécialement singulières par rapport à tout ce qui a déjà été écrit.

 

L’originalité du roman réside dans sa construction polyphonique : le lecteur bascule constamment du point de vue d’un personnage à un autre, personnages qui à la base ne se connaissent pas et donnent tour à tour un regard différent sur le même drame : il y a Joana, une infirmière lituanienne rongée par la culpabilité ; Florian, un restaurateur d’œuvres d’art prussien en cavale ; Emilia, une adolescente polonaise enceinte de son violeur ; et Alfred, un matelot arriviste allemand sur le Wilhelm Gustloff. L’histoire reprend à chaque fois là où le personnage précédent s’est arrêté, ce qui évite de casser la narration avec moult flash-backs.

 

Lorsque les héros arrivent sur le Wilhelm Gusltoff, on sait déjà que ça va mal se terminer. La description du naufrage fait penser à certaines scènes du film Titanic, mais en version moins romancée et plus réaliste. Certains détails un peu crus nous rappellent la dureté de ce qu’il s’est passé.

 

Autant j’ai trouvé de nombreux prétextes pour interrompre la lecture des 100 premières pages, autant je n’ai pas pu m’arrêter dans les 100 dernières. J’avais besoin de savoir qui survivrait, comment et à quel prix.

 

« Je marchais déjà depuis longtemps quand j’ai vu ma couronne rebondir avant de s’arrêter au milieu de la rivière. Elle avait dû heurter quelque chose sous la surface. Une des bougies a basculé sur les fleurs, et les herbes sèches ont pris feu. Je me suis assise dans l’herbe et j’ai regardé ma couronne brûler et sombrer, scellant ainsi mon destin en silence. »

 

À la fin du récit, l’auteure mentionne les longues années de recherches documentaires afin que son travail soit le plus complet et réaliste possible. Ce n’est guère étonnant, Le sel de nos larmes est un roman historique de qualité.

 

Le +

  • La structure narrative polyphonique et la brièveté des chapitres confèrent un certain rythme et suspense à l’histoire.
  • Le style de l’auteure est travaillé, elle a un talent littéraire indéniable.
  • Le récit est poignant et ne peut laisser indifférent.
  • Aborder une catastrophe historique méconnue est intéressant.

 

Le –

  • Les descriptions tirent parfois en longueur.

 

Le coin des profs

  • Étant donné que le style de l’auteure est travaillé et que le contenu est dense, il vaut mieux réserver ce roman à des bons lecteurs, si possible intéressés par le thème de la guerre et/ ou du naufrage.
  • Au début, le lecteur peut se perdre dans les différents points de vue des personnages ; il faut un certain temps pour savoir qui est qui et établir le lien entre les héros.
  • C’est un roman intéressant pour se mettre à la place de quelqu’un qui est en exil forcé. On peut s’en servir de base pour aborder le thème de l’immigration.
  • La catastrophe historique méconnue évoquée pourrait être un prétexte pour entamer une leçon d’éducation aux médias : qu’est-ce qui attire les médias et provoque le buzz ? Qu’est-ce qui ne le fait pas ?
  • La mention « à partir de 13 ans » me paraît un peu jeune.

 

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Gallimard jeunesse
  • 16,50€
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Audrey retrouvée (Sophie Kinsella)

Audrey retrouvée (Sophie Kinsella)

Résumé de l’éditeur

Audrey a 14 ans. Elle souffre de troubles anxieux. Elle vit cachée derrière ses lunettes noires, recluse dans la maison de ses parents à Londres. Ça, c’était avant. Avant que Dr Sarah, son psychiatre, lui demande de tourner un film sur sa famille, pour voir la vie d’un œil nouveau : celui de la caméra. Avant que Linus, un copain de son frère, débarque. Avec son grand sourire et ses drôles de petits mots griffonnés sur le coin d’une feuille, il va pousser Audrey à sortir. Et à redécouvrir le monde…

 

Mon avis

Audrey a 14 ans et porte en permanence des lunettes noires parce qu’elle ne veut pas regarder les gens dans les yeux. Elle ne supporte pas de toucher les autres ou d’être touchée depuis que des jeunes de l’école lui ont fait du mal. On ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé et ce n’est pas dérangeant, le plus important étant de voir l’impact de l’incident dans la vie d’Audrey, qui vit cloîtrée chez elle et ne va plus à l’école.

« J’ôte mes lunettes de soleil et je contemple son petit visage rond, si merveilleusement ouvert. Félix est la seule personne que je sois capable de regarder dans les yeux. Mes parents, ce n’est même pas la peine. Ils débordent d’inquiétude et de peur, ils en savent trop long. Ils expriment trop d’amour, vous voyez ce que je veux dire ? Si jamais je viens à croiser leur regard, tout me revient d’un seul coup comme un raz de marée – le tout mêlé à une colère qui chez eux est tout à fait justifiée. Non qu’elle soit dirigée contre moi, mais tout de même. C’est hautement toxique. Quant aux yeux de Franck, ils ont seulement l’air un peu paniqués. Style : « À l’aide, ma sœur est devenue folle, que dois-je faire ? » Il aimerait bien que ça ne le touche pas à ce point, mais il n’y peut rien. Bien sûr que ça le perturbe. Sa sœur se planque dans la maison derrière ses lunettes de soleil. On ne peut pas lui en vouloir. »

J’ai trouvé ce roman sympa, mais sans plus. J’ai bien aimé les parents qui n’étaient pas à la hauteur et la famille un peu barrée, cela donne quelques dialogues croustillants. Aborder le thème des troubles anxieux est intéressant, surtout pour le lectorat visé. Le style de l’auteure est vivant avec les dialogues et le langage jeune.

 

Le +

  • Le petit grain de folie des personnages (le frère accro aux jeux vidéo et la mère qui pète les plombs donnent l’occasion de lire des scènes assez comiques).
  • Le langage jeune rend le récit vivant.
  • Le thème est assez lourd, mais il est traité avec beaucoup d’humour.

 

Le –

  • Il manque du relief à l’histoire et aux personnages.

 

Le coin des profs

  • Le récit ne présente aucune difficulté de lecture, le style est assez jeune.
  • L’histoire est gentillette et ne peut susciter de polémique chez les élèves ou les parents.
  • Le roman peut servir de base pour aborder le thème du harcèlement scolaire, de la phobie sociale et de la place démesurée du numérique dans la vie des jeunes.

 

Infos pratiques

  • 13 ans et plus
  • Pocket Jeunesse
  • 304 pages
  • 17,50 €
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Dans le silence de ton cœur (Alice Ranucci)

Dans le silence de ton cœur (Alice Ranucci)

Résumé de l’éditeur

À seize ans, Claudia et belle, populaire, et obtient tout ce qu’elle désire. Aller en cours ? Obéir à ses parents ? À d’autres ! Elle préfère retrouver ses amis dans les rues de Rome et attirer l’attention de Rodrigo, le plus séduisant garçon du lycée.

 

Sa mère lui reproche son comportement immature et l’oblige même à travailler bénévolement dans un centre pour jeunes immigrés. Claudia s’en moque. Elle la défie toujours plus, se préparant, chaque fois, à subir de nouvelles remontrances.

 

Mais un soir, tout s’arrête.

Il n’y a pas de dispute.

Il n’y en aura plus jamais.

Claudia se retrouve seule,

face à sa conscience.

 

Mon avis

Un roman qui ne peut laisser indifférent. J’ai bien aimé le ton des premières pages qui reflètent sans fard la part détestable de certains ados. Cette partie est peut-être un peu longue et pourrait perdre certains lecteurs.

 

« Direction le lycée, de mon pas rapide et sûr, le regard un peu énervé braqué droit devant, l’allure arrogante, vaniteuse. C’est comme ça qu’il faut se comporter quand on est quelqu’un, si on est sûr de soi, si on se sait capable de foudroyer les autres d’un seul regard. Et les plus petits s’écartent avec respect pour nous laisser passer, on dirait presque qu’ils s’inclinent, et on fait semblant de ne pas entendre les murmures qui s’élèvent, on passe au travers, même s’ils s’immiscent, telles des piqûres de petites araignées venimeuses, jusque dans nos oreilles, même s’ils nous transpercent le cœur. On les chasse et on n’en parle plus. Partez. Parce que moi, moi, moi… Moi, j’étais quelqu’un dans ce monde de messes basses et de coups d’œil, de médisances susurrées par-derrière, de craintes. Tous me respectaient. »

 

La jeunesse de l’auteure (17 ans) n’est guère étonnante tellement les dialogues semblent authentiques et sonnent juste. Mais son jeune âge l’a sans doute aussi plongée dans une histoire un peu trop foisonnante, parfois prévisible et peu crédible en ce qui concerne la métamorphose de l’héroïne. Vous l’aurez compris, la vie de Claudia bascule quand elle perd un proche, mais mentionner que quelques mois ont passé pour justifier son évolution est un peu court et prive le lecteur d’une forte identification face à l’évolution de la protagoniste. Bref, un peu frustrant. Sans grande surprise, le roman se termine en happy end. Une fin aigre-douce m’aurait paru plus juste.

 

Le +

  • Le thème de deuil est intéressant
  • Le ton de l’héroïne est juste.
  • Ce type de roman miroir plaît aux jeunes.

 

Le –

  • La structure narrative du récit me paraît trop pauvre et déforce la tension dramatique de l’intrigue.
  • Le point de vue des personnages est trop prévisible et manque d’originalité.
  • La jeunesse autosuffisante présentée dans le roman est assez agaçante.
  • La mention ciblant un lectorat « à partir de 13 ans » me paraît un peu jeune.

 

Le coin des profs

  • Le récit ne présente aucune difficulté de lecture, le langage est assez jeune (donc, parfois fleuri).
  • Le narrateur nous explique le ressenti des parents face au comportement détestable de Claudia. C’est intéressant de susciter une remise en question chez les lecteurs par rapport à leurs propres comportements vis-à-vis de leurs parents.
  • L’histoire peut être un point de départ pour aborder le thème du deuil, des disparités entre classes sociales, du racisme provoqué par les vagues d’immigration (présent en filigrane).

 

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • Hachette romans
  • 224p.
  • 16€
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Ma meilleure amie s’est fait embrigader (Dounia Bouzar)

Ma meilleure amie s’est fait embrigader (Dounia Bouzar)

Résumé de l’éditeur

L’histoire de Camille, embrigadée par les djihadistes, et de Sarah, sa meilleure amie, qui tente de l’aider.

Camille était ma meilleure amie. On faisait tout ensemble. Depuis deux ans, on était collées-serrées : les sorties, les confidences, les révisions… Camille, c’était ma pote, mon double. Trop d’heures à rigoler ensemble. Sans elle, impossible d’avancer.

Aujourd’hui, la porte s’ouvre et une silhouette tout en noir sort. On ne voit ni son visage ni ses yeux. Je ne comprends pas tout de suite. Puis, je réalise : la femme en noir, c’est Camille.

Je n’ai pas réagi assez vite. Camille s’est fait embarquer la semaine suivante. Le temps que je commence à me renseigner et à comprendre, c’était déjà fini.

 

Mon avis

Le thème évoqué est criant d’actualité, mais aussi délicat à aborder. L’auteure le fait simplement en proposant un récit à 2 points de vue : celui de Camille et de Sarah. Il est intéressant de noter que Camille est une Française qui se fait embrigader, alors que Sarah est une musulmane moyennement pratiquante. Le point de vue de cette dernière sur le comportement et les propos de sa meilleure amie font de ce roman un récit assez didactique.

« En marchant, Sarah me parle de Dieu. Je réalise que c’est la première fois qu’on a ce type de discussion. Elle me dit que l’islam est une religion universelle et intemporelle parce qu’elle peut toucher chaque humain dans son cœur de façon différente. Du coup, chaque verset peut être compris différemment selon qui l’on est et ce que l’on vit. Sarah me dit : « Pour les musulmans, le Coran est parole divine, mais la compréhension est toujours humaine. C’est comme quand tu lis un poème de Rimbaud : si tu as 10 ans, 30 ans, ou 60 ans, le poème ne change pas mais toi, tu saisis une autre dimension à chaque relecture. Le Coran, c’est la même chose. Sinon, il serait démodé. Ça n’a pas de sens de vouloir le comprendre comme nos ancêtres des premiers siècles. […] »

D’un côté, le récit montre comment Camille se radicalise en regardant des vidéos sur Internet, se coupant de sa famille et de ses amis ; de l’autre, on suit Sarah qui voit son amie changer et qui met du temps à comprendre ce qu’il se passe.

Ce roman met en lumière les mécanismes de manipulation de l’organisation terroriste, mais aussi les moyens de « désembrigadement », lui conférant un caractère explicatif. D’ailleurs, l’auteure ne s’en cache pas : « J’ai écrit ce livre pour que vous maîtrisiez les fils invisibles de Daesh, que vous soyez outillés pour voir, entendre, parler, déconstruire, tendre la main. J’ai écrit ce livre parce que je sens que votre génération sait une chose : qu’est-ce qu’on se ressemble tous, au-delà de nos différences… Personne ne peut vous séparer. »

Un autre élément intéressant à souligner est que Dounia Bouzar n’est pas qu’une simple auteure d’origine musulmane, c’est aussi une anthropologue qui a écrit plusieurs essais sur le radicalisme religieux, la place de l’islam dans un pays laïque,… On sent une grande maîtrise du sujet, mais aussi une volonté forte de nous éclairer concernant la palette de nuances entre les différents types de musulmans, et ça fonctionne. Lire le trajet de Camille permet de comprendre son schéma de pensée, ainsi que le terrain qui l’ont poussée à en arriver là.

 

Le +

  • Les explications concernant la distinction entre musulmans inoffensifs et radicaux permettent de nuancer un peu certains propos qu’on entend quotidiennement dans la rue et à la TV.
  • Les notes en bas de page expliquant les termes relatifs à la culture musulmane sont utiles pour ceux qui ne les connaissent pas.
  • Le message d’amour et de paix à la fin fait du bien.

 

Le –

  • Le récit ne présente aucune qualité littéraire.
  • La distinction entre musulmans peut être perçue comme manichéenne (il n’y a pas que des musulmans gentils et méchants, il y a aussi des musulmans non radicaux qui ne sont pas spécialement des gens bien).

 

Le coin des profs

  • Un thème très intéressant à aborder dans un cours de morale, religion ou citoyenneté, mais aussi un thème délicat.
  • Je n’ai pas trouvé de tranche d’âge conseillée pour ce livre. Je dirais à partir de 15 ans, pas avant.

 

Infos pratiques

  • De La Martinière Jeunesse
  • 236p.
  • 14,50€
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Le domaine (Jo Witek)

Le domaine (Jo Witek)

Résumé de l’éditeur

Gabriel accompagne sa mère embauchée pour l’été comme domestique dans la haute bourgeoisie. Les marais et les kilomètres de landes qui entourent le domaine sont une promesse de bonheur pour ce jeune homme passionné de nature et d’ornithologie. Pourtant, dès son arrivée, il se sent mal à l’aise et angoissé. Le décorum et l’atmosphère figée de la demeure déclenchent chez lui des pulsions incontrôlées de colère, de désir, de jalousie. Et quand les petits-enfants des propriétaires débarquent, avec parmi eux la belle et inaccessible Éléonore, Gabriel ne maîtrise plus rien de ses émotions. Désormais, c’est eux et surtout elle qu’il observe à la longue-vue. Désormais, le fils de la domestique est prêt à tout pour se faire aimer car il est fou d’elle. Jusqu’à la mettre ou se mettre lui-même en danger…

 

Mon avis

J’ai failli laisser tomber le roman tellement les descriptions pour planter le décor étaient longues. Ce qui m’a fait tenir, c’est le style travaillé de l’auteure, qui m’a fait penser à celui d’un « Balzac pour la jeunesse ». Gabriel est décrit comme un jeune homme solitaire, amoureux de la nature, qui peut passer des heures à observer et photographier des animaux. Il est plutôt poli, bien élevé, cultivé et curieux, il fait figure de fils et gendre idéal.

« De retour sur sa serviette, Gabriel ne fit rien d’autre qu’observer. Juste se rassasier des embruns, de cette énergie lumineuse qui parfois en un clin d’œil projette les âmes tendres dans la plus douloureuse des nostalgies. Il vit défiler les couleurs de l’enfance, les rires, les pâtés de sable avec son père, la beauté du corps de sa mère. Une soudaine envie de chialer seul sur cette plage. Heureusement, Gabriel avait une arme contre ce genre de vague à l’âme. Après avoir dévoré son pique-nique, il se plongea dans un bouquin. Longtemps, le soleil dans les yeux, le sable sur les pages. »

Lorsque les petits-enfants de la propriétaire débarquent au domaine, il y a enfin un peu d’action et Gabriel tombe évidemment amoureux d’une jeune femme tourmentée. S’ensuit une partie du récit où les sentiments amoureux sont décrits avec pas mal de clichés. Gabriel brûle de l’intérieur pour Éléonore, il est prêt à tout pour conquérir son cœur.

« Elle n’est pas pour toi, Gabriel. Oublie. Cette fille n’est pas à ta portée. C’est une héroïne de roman, une diva, une princesse moderne. D’ailleurs, elle ne te regarde pas. Son indifférence n’est pas une posture, tu t’es trompé. C’est juste qu’elle ne te voit pas et ne te verra jamais. C’est normal. Dans l’ordre des choses. Quelle fille aimerait un mec de seize ans qui passe son temps à regarder les oiseaux ? À lire ? Qui se lève à cinq heures du matin et préfère passer la nuit à écouter coasser les rainettes que de s’agiter sur les dancefloor branchés ? Quelle fille aimerait le fils de la domestique ? Pas elle, en tout cas. Pas Éléonore de La Guillardière. Oublie. Et puis, elle t’a vu à poil, alors, c’est mort. Pourtant, même s’il n’y croyait pas, Gabriel sentit dès les applaudissements que son été venait de basculer. Désormais, son désir l’attachait au domaine. Désormais, il n’avait d’yeux que pour elle. »

Les maigres bases pour faire naître le thriller sont plantées. C’est là que tout bascule avec un décès inattendu et que je me suis un peu détachée de l’histoire, tellement le basculement dans le thriller me paraissait forcé et tardif. La fin est relativement prévisible. J’ai été assez déçue par ce roman.

 

Le +

  • L’atmosphère est digne des romans gothiques (avec le mélange de passion dévorante et de macabre, l’isolement du domaine).
  • Le style ciselé de l’auteure est intéressant.
  • L’intensité du 1er sentiment amoureux qui brûle le personnage de l’intérieur intéressera sûrement les ados.

 

Le –

  • Si le lecteur n’est pas spécialement passionné de nature et d’ornithologie, les descriptions lui sembleront longues.
  • La description de la famille possédant le domaine est parcourue de clichés sur les nobles (ils sont décrits comme hautains mais ayant l’air bien sous tous rapports, catholiques pratiquants, ayant des domestiques d’origine étrangère, qu’ils malmènent de temps en temps,…).
  • L’ambiance est pesante, parfois malsaine.
  • La dimension thriller est mise en place trop tard et pas assez bien préparée.
  • La fin est prévisible.

 

Le coin des profs

  • Le roman est un bon point de départ pour évoquer les descriptions naturalistes et la documentation nécessaire qui en découle. Donc, il convient à des bons lecteurs (la mention « dès 14 ans » me paraît un peu jeune).
  • Le récit peut permettre un débat sur le déterminisme social et sur le mal-être psychologique (jusqu’où on peut aller pour s’en libérer).

 

Infos pratiques

  • Dès 14 ans
  • Actes sud junior
  • 336p.
  • 14,80 €
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