Une année douce (Anne Grauwels)

Une année douce (Anne Grauwels)

La narratrice, une Judéo-Flamande dont l’âge est indéterminé, rencontre un écrivain francophone qui lui propose de coécrire un livre sur la Belgique. D’entrée de jeu, on comprend que la vie de cette jeune femme n’est pas simple.

« Il m’a déjà demandé si j’avais des enfants. Pour les enfants, c’est clair, la réponse est non, mais pour l’homme, c’est plus compliqué. Lui dire que je suis sans homme me semble un peu court, ma vie sentimentale est, disons, en suspens. Et si je lui retournais la question ? La première fois que je l’ai rencontré, il était accompagné d’une jeune femme qui aurait pu être sa fille, mais qui, de toute évidence, ne l’était pas. »

De fait, Anne nous retrace le récit de cette année douce amère qu’elle vient de vivre et nous emmène dans ses aventures amoureuses bancales : entre un ancien amant avec qui elle vient de renouer, une nouvelle collaboration avec un écrivain ambigu, les flashbacks de certains épisodes de son ancienne analyse et les conversations avec son nouveau psy (respectivement appelés « l’Amant », « l’Écrivain », « l’Analyste » et « le Psy sans chichis »), il n’y a pas de quoi s’ennuyer. Sans compter que la protagoniste passe d’un sujet à l’autre sans transition, en ponctuant son récit de commentaires sur l’actualité (l’histoire se déroule à Bruxelles en 2012), avec un humour dont seuls les Belges ont le secret.

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Pikâ Don (Hiroshima) (Alex Lorette)

Pikâ Don (Hiroshima) (Alex Lorette)

De cette bombe qui a dévasté Hiroshima et Nagasaki le 6 août 1945, que sait-on exactement ? On visualise très bien le champignon géant qui s’élève dans le ciel, on se souvient vaguement d’avoir entendu parler de 140 000 morts. Quoi d’autre ? Rien. Loi de proximité oblige, cette tragédie nous paraît lointaine. « Est-ce qu’on a quelque chose à voir avec ça, avec tous ces morts qu’on ne voit jamais. Est-ce qu’on est responsable de ça ? »

Sous la forme de 14 tableaux interchangeables et inspirés de témoignages, l’auteur nous propose d’explorer à nouveau cet événement historique à travers un texte fort et juste (en japonais, « Pikâ » signifie « lumière, éclair » et « Don », « bruit d’explosion »). Il donne la parole aux survivants, qui expliquent ce qu’ils ont vécu juste avant, juste après et longtemps après l’explosion, avec beaucoup de retenue et sans verser dans le voyeurisme ou le sentimentalisme. À travers des images percutantes, l’auteur nous livre les préoccupations concrètes des personnages : « Plus personne n’a de montre même les cadavres on les a arrachées de leur poignet », « sur mes chevilles, c’est ma peau là, comme une paire de chaussettes en accordéon », « nous sommes tous nus, les vêtements brûlés, j’approche de la rivière (…) des corps qui flottent, inertes, et d’autres qui les poussent pour se frayer un passage, dans l’eau, jusqu’à l’autre rive ».

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Petite Plaisance (Daniel Soil)

Petite Plaisance (Daniel Soil)

Divisé en trois parties, Petite plaisance est un court roman qui nous plonge dans l’univers de 3 personnages sortis groggy de la seconde guerre mondiale (« Il n’y a pas que mes machines qui sont sous séquestre. Mon esprit aussi. Mon crâne est comme bosselé. Je n’ai plus de tonus. J’ai quelques pertes de mémoire. Je ne puis mieux me comparer qu’à un ballon à la dérive. »).

Nous découvrons ainsi Léa et la longue attente du retour de son mari pendant la guerre. Puis, John, son époux, incarcéré au Fort de Huy à cause de sa récente sympathie pour le national-socialisme. Le quotidien de ce couple a priori banal est cependant plus subtil qu’il n’y paraît : René, ami et avocat de John, gravite en électron libre autour de Léa pour qui il a une grande affection réciproque.

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Mad (Michaël Lambert)

Mad (Michaël Lambert)

Lorsque Madeleine, surnommée Mad, obtient ce qu’elle a toujours voulu, à savoir vendre une cinquantaine de ses toiles lors d’un vernissage, elle suffoque et décide de sortir de cette galerie de paysages gris. Une décision s’impose à elle : prendre un nouveau départ à 53 ans. Sans plus attendre, elle rompt avec son agent et achète une maison à la campagne.

« Peu importe la petite taille d’une maison, la vétusté de ses fenêtres, de ses portes, Mad l’a choisie parce qu’elle a quatre murs pour la contenir, la soustraire au monde, parce qu’elle est à l’écart, à l’abri des regards, invisible depuis la route qui quitte un minuscule village de province […]. Dès le départ de l’agent immobilier […], elle s’est empressée d’enlever le panneau « à vendre ». Que plus rien ne signale la présence. Pour protéger sa retraite. »

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Le vampire de Clichy (Véronique Janzyk)

Le vampire de Clichy (Véronique Janzyk)

Ce recueil de nouvelles classé dans la catégorie de la fantasy s’ouvre sur le récit de la narratrice qui, après avoir été mordue par un vampire la nuit de la Saint-Sylvestre, rencontre une série de personnages étranges, dont elle nous livre un fragment de vie.

Contrairement à ce que le titre et le genre pourraient laisser entendre, nous n’aurons pas droit au canevas classique de la bit lit où nous assistons à la métamorphose d’un être humain attaqué par une strige et à son adaptation à l’univers des êtres de la nuit. Ici, la narratrice a effectué une recherche virtuelle sur un vampire qui a tourné dans quelques films dans les années 90. Elle lui a fixé un rendez-vous et un lien s’est peu à peu créé avec cet être qui fume la cigarette électronique, boit du thé et a des problèmes de mémoire.

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Le sommeil n’est pas un lieu sûr (Louis Wiart)

Le sommeil n’est pas un lieu sûr (Louis Wiart)

La narratrice, dont nous ne connaîtrons pas le prénom, vient d’assister à un concert avec Pierre, son mari. Elle congédie la baby-sitter et accomplit des gestes routiniers avant d’aller dormir. S’en suivent une nuit agitée et une journée ponctuée d’une migraine. L’alcool ayant coulé à flots la veille, on ne s’inquiète pas plus que ça. La vie reprend son cours habituel, mais les nuits agitées persistent. Le trouble et l’anxiété gagnent peu à peu la narratrice. C’est que la source de son agitation nocturne est une voix familière, dont les insultes reviennent par bribes pendant la journée. « Vicieuse, sournoise. Avec tes airs de sainte-nitouche. » Cette voix est-elle réelle ? Qui dit cela ? Pourquoi ?

L’environnement de la narratrice devient alors plus étrange, inquiétant, oppressant. Un questionnement intérieur s’enclenche, lancinant et épuisant. Soudain, comme une évidence, la voix est identifiée : c’est celle de Pierre. Comment est-ce possible ? Un homme au regard si doux et aux gestes si tendres. L’éloignement de Pierre à cause d’un voyage à Genève signe l’arrêt des cauchemars chez la narratrice, ce qui nous donne un indice supplémentaire de la clé du mystère.

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L’ambassade des anges (Benoît Renneson)

L’ambassade des anges (Benoît Renneson)

Le récit s’ouvre sur une description en plongée du Sanctuaire, une cité de pierres blanches entourée d’une épaisse forêt de conifères. Bien que sa position en contrebas d’une falaise la rende vulnérable, aucune muraille ou armée n’est présente pour la protéger. Et pour cause, cette cité idéale est dédiée à la paix. C’est dans cet endroit formant un carré parfait, avec ses bâtiments et ses rues à la taille identique, que « depuis deux cents ans se défont les projets de guerre et se construisent les paix les plus durables ». Lieu de rencontre des diplomates du continent entier, le Sanctuaire permet de régler les querelles territoriales, au même titre que les accords et les traités, grâce à un élément clé : la cartographie (« À présent, les tracés des frontières se négocient sur le papier plutôt que sur les champs de bataille »).

Angel, un jeune homme fraîchement diplômé en cartographie, arrive dans cette cité idéale, sa convocation en main. Voguant un peu à la dérive depuis la mort subite de son maître, il se demande pourquoi les diplomates font appel à lui.

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La nacelle turquoise (Évelyne Wilwerth)

La nacelle turquoise (Évelyne Wilwerth)

La nacelle turquoise est un recueil de trois nouvelles qui se déroulent le même jour. Il nous emmène à la rencontre de trois duos d’écorchés vifs, qu’un point commun va réunir. Nous découvrons ainsi Yanaël, un jeune homme bouleversé par la révélation d’un secret familial, qui espère trouver des réponses auprès de la mystérieuse Angelika. Obsédé à l’idée de comprendre son histoire familiale, il veut à tout prix rencontrer cette Polonaise pour connaître la vérité sur ses origines.

« J’en peux plus. Envie d’étrangler ce chaton, et elle aussi, envie de foutre le feu à cette ferme, envie de provoquer un tsunami, et je me lève, renverse ma chaise, jette mes clés de bagnole, jette mon foutu passé, je fonce vers la porte, porte claquée, et je cours, et je cours, et je voudrais hurler, mais aucun son, et cette pluie collante, collante comme leurs non-dits, bande de tarés, m’enfoncer dans la boue et tout oublier, ah je hurle enfin, hurlements de bête blessée, de bête qui va crever, enfin crever… Je m’effondre au pied d’un arbre, je ferme les yeux et une phrase me tombe dessus, coup de massue : « Je ne sais qu’une partie de la vérité ». »

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La balade des pavés (Sylvie Godefroid)

La balade des pavés (Sylvie Godefroid)

Lola, 40 ans, divorcée et mère de deux enfants, se surnomme « Lola la chance » parce que la vie lui a toujours souri. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle a un cancer du sein. L’ablation de la tumeur est programmée dans une quinzaine de jours, s’ensuivra la chimiothérapie. Aujourd’hui, il est 4h du matin et Lola ne parvient pas à dormir. Elle met des vêtements et se lance dans une balade nocturne de Bruxelles.

Elle sort de chez elle pour retarder le moment où elle devra affronter la réalité et commencer son combat, où elle devra annoncer à sa mère et ses enfants que cette tumeur n’est pas si bénigne que ce qu’elle a bien voulu leur dire pour ne pas les inquiéter. En effet, difficile de naviguer entre un fils de 15 ans un brin macho qui lui demande si elle compte réellement sortir dans cette tenue, une fille de 11 ans qui la trouve trop glamour dans sa robe, une mère affectueuse mais au caractère diamétralement opposé au sien et un ex-mari habitant loin « pour la survie nerveuse de tous », il est difficile de trouver les mots justes. Lola est terrifiée à l’idée de quitter ses enfants trop tôt et aussi de perdre ses cheveux blonds.

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Jeanne derrière la porte (Line Alexandre)

Jeanne derrière la porte (Line Alexandre)

Suite à un grave accident de voiture, Julien se retrouve dans le coma. Ses proches viennent lui rendre visite, avec une particularité : ce sont toutes des femmes (sa compagne, sa sœur, sa fille Jeanne, le souvenir de sa mère et de son ex-femme). Pensant que Julien n’entend rien, elles parlent librement et n’établissent pas de lien entre l’affolement du monitoring et leurs conversations.

Se sentant partir, Julien est envahi par des bribes de son passé. On comprend peu à peu qui il est et quels ont été ses choix de vie, si on peut vraiment parler de choix. Julien s’est en effet laissé guider par la vie, ou plutôt par les femmes de sa vie, qui l’ont marqué d’une empreinte indélébile. Trop lâche pour s’opposer à ces « femmes solides et solidaires entre elles », il nous livre cette vie qui a été la sienne et dont il n’a pas été réellement le sujet. Tenu injustement pour responsable des morts et des malheurs de la famille, taxé de fainéant par toutes ces femmes, Julien a tenté de se faire une place comme il pouvait, avec cette impression de ne jamais être à la hauteur. On découvre ses fragilités, ses regrets et on ne peut qu’être empli de compassion pour cet homme enfermé dans sa douleur et la blessure de son silence, que personne ne perçoit :

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