L’année de grâce (Kim Liggett)

L’année de grâce (Kim Liggett)

Résumé de l’éditeur

« Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. »

Un an d’exil en forêt.

Un an d’épreuves.

On ne revient pas indemne de l’année de grâce.

Si on en revient.

Un roman d’exception « dans la lignée de La Servante écarlate, Sa Majesté des mouches et Hunger Games. » Goodreads

« Effrayant, poignant, obsédant. » Kirkus Review

Mon avis

Dans ce récit, on découvre par le biais de l’héroïne Tierney (16 ans) une communauté où les femmes sont complètement bridées. Elles sont censées être mauvaises, détenir une certaine magie (sous-entendue sexuelle). Alors l’année de leurs 16 ans, l’année de grâce, les jeunes filles sont envoyées dans un camp sur une île pour briser cette magie. Elles sont envoyées en pleine nature, en proie à des braconniers qui veulent leur mort, condamnées à une vie rudimentaire et sans aucune aide en vue de faire dissiper leur « magie », trop tentatrice et effrayante pour les hommes, car chaque homme à Garner County le sait : les femmes renferment en elles un pouvoir diabolique de séduction, de perversion et de corruption, qui culmine à l’âge de 16 ans. Pour devenir des femmes soumises, elles doivent s’en libérer.

« Quand le portail se referme sur leurs visages troublés, il est évident que ces hommes nous considèrent comme des créatures haïssables, à enfermer pour le bien de tous, y compris le nôtre, afin d’exorciser les démons tapis en nous. Pourtant, même dans ce lieu maudit où la peur, la colère et le ressentiment grandissent en moi, je ne me sens toujours pas magique. Je ne me sens toujours pas puissante. Je me sens abandonnée. »

Il faut savoir que dans cette communauté, à 16 ans, les filles sont également choisies par un homme pour devenir leur épouse. Si elles n’ont pas cette « chance », elles doivent partir travailler dans une maison de labeur. C’est toujours mieux que d’être bannie dans les quartiers extérieurs pour devenir une prostituée. Les deux sœurs aînées de Tierney ont déjà vécu ce rite de passage et sont désormais des épouses exemplaires, mais Tierney n’est pas comme elles. Jeune fille indépendante et farouche, elle ne rêve pas d’un époux et refuse toute entrave. Ce qu’elle veut, c’est la liberté, c’est à dire choisir sa destinée. Elle étouffe sous le carcan de cette société autoritaire et patriarcale mais naïvement, elle pense que le groupe exilé, une fois à l’abri du regard des hommes, va pouvoir vivre différemment, s’aider. La vérité est que les filles reproduiront dans ce camp désolé les mêmes règles, s’opposant les unes aux autres, faisant preuve parfois d’une violence inouïe entre elles. Tierney en est d’ailleurs victime, ce qui l’oblige à affronter une nature hostile aux multiples dangers. C’est aussi sa chance car elle sortira transformée de cette année de grâce.

À l’issue de cette année de grâce, si elles en reviennent vivantes, les jeunes filles devront se conformer aux lois du comté et épouser celui qui les a choisies ou partir travailler. Elles n’ont pas le choix et si elles cherchent à se rebeller, les hommes n’hésitent pas à les supprimer. Vous l’aurez compris, ce roman est une dystopie, mais c’est aussi un roman d’apprentissage et un roman féministe qui devrait amener les lectrices à s’interroger sur la place des femmes à l’heure actuelle, à s’interroger aussi sur les relations qu’elles nouent entre elles. On y retrouve un mélange de « La Servante écarlate, » de « Sa majesté des mouches » et de « Hunger games ».

« Une fleur de thym est nichée sous un parterre de trèfle. Ce n’est pas une fleur noble mais dans le langage ancien, elle symbolisait le pardon. Mon premier réflexe est de penser à ceux que j’ai blessés, et à qui j’aimerais l’offrir – Ryker, Michael, mes parents, mes soeurs-, mais ils ne sont pas là, et je ne peux pas décider de leur pardon. Je connais en revanche quelqu’un qui en aurait bien besoin et dont je sais intimement les pensées : moi. J’ai fait de mon mieux quelles que soient les circonstances. Je n’ai jamais dérogé à mes principes. J’ai survécu contre vents et marées. Je suis tombée amoureuse et j’ai offert mon cœur en toute liberté, consciente que j’allais en souffrir. Je ne peux pas regretter les choix que j’ai faits, je dois donc les accepter. »

J’ai beaucoup aimé voir Tierney grandir, se révéler dans ce roman. C’est une jeune fille courageuse, réfléchie, volontaire, qui va lutter pour sa survie mais aussi celle des autres filles. Ce qu’il se passe pendant cette année de grâce, personne n’en parle (c’est interdit). Les filles sont livrées à elles-mêmes dans ce camp où toutes les dérives deviennent possibles. Tierney essaie d’y appliquer les enseignements de son père et se montre là lucide face aux rivalités et manipulations de certaines jeunes filles du groupe.

« Tant de cruauté envers les filles. Que nous les mettions sur un piédestal pour mieux les broyer, ou que nous les exploitions corps et âme, nous sommes tous complices. Mais chaque petit geste compte, et je veux croire que de cette destruction naîtra quelque chose de bon. »

J’ai eu un beau coup de cœur pour cette dystopie féministe puissante !

Le +

  • Tierney est une héroïne très attachante : mûre, droite, déterminée, intelligente, sensible et altruiste. Elle rêve d’entraide entre femmes, de liberté, de meilleures conditions de vie pour toutes et elle va se battre pour y arriver. Elle est lumineuse, malgré ses failles et ses doutes !
  • La couverture est très belle et reflète bien le mystère du contenu de l’histoire.

Le –

  • J’ai eu du mal à entrer dans le roman car j’étais assez choquée par l’environnement sectaire dans lequel les femmes grandissent. J’ai eu aussi beaucoup de mal à lire la violence crapuleuse dont certaines jeunes filles faisaient preuve entre elles dans le camp. Heureusement, les rebondissements vont faire que Tierney va à un moment de l’histoire s’éloigner du groupe pour vivre une expérience fondatrice.
  • Le monde dépeint dans le roman est très violent, injuste, cruel, égoïste. Il faut s’accrocher.

Le coin des profs

Le récit est une bonne porte d’entrée pour aborder la condition des femmes, les pratiques sectaires et les fausses croyances.

Niveau de lecture

Intermédiaire

Genre

Dystopie

Mots clés

Amour, croyances, espoir, famille, féminisme, patriarcat, peur des femmes, résilience, rivalité, solidarité, soumission, survie, violence

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Sa majesté des mouches, William Golding

La servante écarlate, Margaret Atwood

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Casterman
  • 443p.
  • 19,90€
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