Cadavre haché vampire caché. Les tribulations d’Esther Parmentier (Maëlle Desard)

Cadavre haché vampire caché. Les tribulations d’Esther Parmentier (Maëlle Desard)

Résumé de l’éditeur

Esther Parmentier, 19 ans, sorcière non répertoriée, est embauchée pour un premier stage dans une agence très spéciale… Délires assurés ! Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Mon avis

Esther, la narratrice, a 19 ans, elle est en stage de comptabilité à Strasbourg depuis deux mois et s’ennuie ferme dans sa vie. Son physique n’est pas vraiment attrayant et elle passe son temps libre à jouer en ligne. Mais un jour, après avoir perçu une brume dorée à l’entrée d’une galerie commerciale, sa vie va radicalement changer. Elle apprend qu’elle est en fait une sorcière sous-douée et que son seul talent est d’être insensible au pouvoir de contrainte des vampires. Elle entre en qualité de stagiaire à l’ACDC (Agence de Contrôle et de Détection des Créatures), les Créatures en question étant des vampires, des djinns, des goules, des fantômes, des loups-garous et des sorcières croisés avec des humains. Tout ce beau monde est en pleine enquête concernant la disparition d’adolescents transformés illégalement en « nouveau-nés » ou en « goupires », à l’insu de l’agence. Le 15 août approche, une date-clé où le monde d’origine des êtres surnaturels (les vrais, pas les mixtes-humains) vient s’approvisionner avec les ressources terriennes par le biais de portails ouverts par les sorcières. Quel rapport avec tout le reste ? Des dissidents qui veulent faire passer les nouvelles recrues en force de la Terre sur Sidh.

Je pourrais donner davantage de détails sur la découverte progressive des pouvoirs d’Esther et des différents mondes et créatures qui co-existent, mais ce serait assez fastidieux car le récit est très détaillé et part dans tous les sens. Le plus important est de souligner que l’intérêt du récit ne figure pas dans son style, qui n’en fait pas de la grande littérature, mais dans le caractère burlesque de l’histoire et l’humour décapant d’Esther. L’héroïne est une jeune femme au caractère bien trempé, qui a de la répartie et qui ne se prend pas au sérieux. J’ai été happée par ce petit bout de femme qui ne ressemble pas aux héroïnes stéréotypées, mais qui n’a rien à leur envier : elle râle, elle se saoule, elle s’ennuie, elle ne cherche pas à dompter ses cheveux sauvages ou à mettre son physique en valeur avec de belles tenues. Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette héroïne spontanée authentique !

« Et pour ne rien arranger, mes cheveux avaient décidé de me dire merde. J’y avais coincé autant de pinces, d’élastiques et de barrettes que j’avais pu trouver dans mon appartement – sans succès. Mètre après mètre, mes longues mèches bouclées retournaient à la vie sauvage et venaient me narguer en se plaquant sur mon front ou ma nuque en sueur. »

Et puis Esther a quand même le don de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, entraînant ainsi des situations parfois très rocambolesques. Passer de stagiaire en comptabilité à stagiaire dans une organisation secrète de régulation des créatures surnaturelles, avec pour tuteur un vampire très séduisant et très peu coopératif qui a l’habitude de contraindre les humains d’un simple regard, c’est un peu la poisse… ou pas ! Et c’est là que le roman est génial, parce que clairement, Esther se serait bien passée de découvrir qu’elle est une sorcière, d’être enrôlée de force dans toute cette histoire. Mais au final, c’est aussi la chance de sa vie de trouver la place qui lui convient : se lancer dans une aventure qui permettrait de lui donner un but, de découvrir combien elle est sympa, notre petite héroïne. Alors on embarque dans ce nouveau monde un peu fou avec des personnages hauts en couleurs, mais assez attachants, chacun à leur manière. Et on voit non seulement notre Esther grandir, s’affirmer, mais aussi se construire une famille, un peu névrosée, un peu bizarre, notamment avec Sloan, qui la supervise contre son gré. Un chouette roman décalé pour passer un moment de franche rigolade !

« Les nouvelles crachotantes diffusées sur mon téléphone de secours me tirèrent de mon coma éthylique.

Une migraine à me faire trépaner sur la première chaise à ma portée menaçait de me rendre folle et je tapotai mon matelas à l’aveugle, planifiant de jeter cette cochonnerie de machine du diable par la fenêtre. J’avais dû ressortir mon ancien portable de mes cartons et, en plus des affreux autocollants dont je l’avais paré à quinze ans, je devais faire avec les bogues de cette machine antédiluvienne. […]

– Taaaais-toooooooiiii !

Ma propre haleine m’anesthésia et je me retournai sur mon lit pour fuir les effluves de vodka mal digérée. Mauvaise idée. Je me laissai bercer par la radio, le temps que la tempête de mon estomac se calme. […]

Mais alors que je retombais dans les bras du séduisant Morphée, des coups violents à la porte d’entrée me sortirent de ma torpeur. Je restai immobile, les mains à plat sur les draps, me demandant si je n’avais pas simplement rêvé ce boucan.

Nouvelle semonce.

Quand mon téléphone vibra contre ma cuisse, je poussai un cri strident qui calma le boxeur impatient sur mon palier. Attrapant l’appareil, j’y lus en diagonale : « C’est l’agent Loan – nous vous attendions ce matin. » […]

– J’arrive ! hurlai-je avec autant de puissance que ma voix cassée me le permettait.

Je me laissai glisser sur les fesses à travers le parquet de ma chambre, et décidai de ne pas tenter le sort et descendre l’escalier de la même manière. Sécurité avant dignité, toujours… […]

L’agent Loan se faufila à l’intérieur et je bataillai avec la porte pour la refermer, ma joue collée contre le bois frais du battant.

– Vous avez bu ?

– Qu’est-ce que vous faites ici ? marmonnai-je.

– Vous avez bu.

Je me redressai avec difficulté, une main courageuse tentant de dompter la touffe sauvage de ma tête.

– Qu’est-ce. Que. Vous. Faites. Ici, martelai-je.

L’agent Loan m’ignora et s’engagea dans la cuisine, ouvrant les rideaux pour mon plus grand malheur.

– Ouch. Pas la lumière… […]

– Reprenez-vous, m’ordonna-t-il. Nous avons une urgence, et nous devons décoller rapidement. […]

– Quoi ?

– Un meurtre.

Un frisson me remonta l’échine, mais je le mis sur le compte des gouttes qui me chatouillaient la colonne.

– Et alors ?

– Et alors on va aller voir ce qu’il en est.

– Bon sang… Mais on est samedi…

– Quand nous attraperons le coupable, je lui ferai savoir que ses choix calendaires vous ont indisposée.

– Faites ça, oui, maugréai-je en lui présentant le chiffon. Mais humidifiez ce torchon avant, vous serez bien brave.

Ignorant ma main tendue, l’agent Loan vint se poster face à moi. Agacée par le sermon que je pressentais arriver, je me redressai pour lui couper la chique. Mal m’en prit. Je fus accueillie par deux iris dorés dont la lueur m’aveugla aussi certainement que le soleil au-dehors.

Je me plaquai les doigts sur le visage et me laissai tomber sur le canapé.

– Cachez ces trucs, bon sang, grognai-je. Vous me démontez le crâne, là…

– Stagiaire Parmentier…

– Quoi ?!

Je tournai la tête et restai interdite. Il se tenait agenouillé, à quelques centimètres de moi, et je fus directement capturée par le piège de ses yeux.

– Vous ne devriez pas vous mettre par terre, marmonnai-je sans réussir à bouger. Je ne sais pas quand j’ai passé l’aspirateur pour la dernière fois…

La pièce s’assombrit, toutes les couleurs et toute la chaleur du monde, concentrées dans ses incroyables iris.

– Levez-vous, stagiaire Parmentier.

Il sentait les chouchous, le vil sagouin.

– Non. Pas envie, non.

Il recula et s’assit à même le sol, le dos contre la petite table basse et l’air très agacé.

– Vous vouliez voir si ça marchait mieux quand j’ai dix grammes d’alcool dans le sang ?

Comme unique réponse, il plaqua ses lunettes sur son nez. Je pouffai et me relevai tant bien que mal, m’y reprenant à deux fois alors que mes abdos refusaient de coopérer.

– Vous en faites pas, grognai-je. Ça peut arriver au meilleur d’entre tous, une petite impuissance passagère. »

Le +

  • J’ai beaucoup aimé le côté anti-héros d’Esther et ses réparties cinglantes face à Loan, lui qui a l’habitude que toutes les filles lui tombent dans les bras.
  • Ce récit burlesque est complètement déjanté et ça fait du bien.

Le –

L’autrice se perd parfois en détails quand il s’agit d’expliquer les différentes espèces de créatures et les oppositions entre elles et les mondes parallèles.

Le coin des profs

Le récit ne présente pas d’intérêt pédagogique et est une occasion de vivre un bon moment de lecture.

Niveau de lecture

Intermédiaire

Genre

Récit burlesque en fantasy

Mots clés

Aventures, enquête, loup-garou, magie, meurtre, mondes parallèles, sorcière, vampire

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Salem, Stephen King

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • Rageot
  • 379p.
  • 15,90€
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