Femmes de Rops (Michaël Lambert)

Femmes de Rops (Michaël Lambert)

Enivrez-vous d’art, d’amour et de vie !

En lisant le titre, nous serions tentés de croire que l’auteur nous livre un documentaire sur Félicien Rops, mais il s’agit plutôt d’un récit inventé à partir d’éléments réels. Outre la vie de l’artiste, nous suivrons en parallèle l’histoire d’un personnage fictif, Jean Desjardins.

Quel lien y a-t-il entre les deux héros, me demanderez-vous ? Jean est un inspecteur en assurances chargé d’enquêter sur les préjudices subis. Or, un philosophe parisien, Bertrand Hilare-Verni, est venu récemment au Musée Félicien Rops à Namur pour évoquer les liens entre Rops et Baudelaire et il a été entarté. Jean est alors dépêché sur place pour évaluer le tort causé à la réputation du musée par cet événement.

Sur le point de se marier et de devenir père, Jean vit difficilement les tensions relatives aux préparatifs des deux événements, il se pose des questions sur sa vie et ce déplacement tombe plutôt à pic pour le faire souffler un peu. Pressé par le besoin de sortir de sa morne existence, doté d’un sens aigu de la justice et légèrement troublé par la jolie rouquine responsable du Musée Rops, Jean se lance à cœur perdu dans la correspondance de l’artiste (qui comprend plus de 4000 lettres !) afin de mieux cerner les enjeux de l’entartage. Cet excès de zèle ne va pas vraiment plaire à tout le monde…

« Tout responsable d’un litige avait d’office des dédommagements à assumer, des frais à sa charge. Présumé coupable. Mais Jean avait d’autres idéaux. Ce n’est pas pour rien qu’il avait étudié la crimino. Il commençait toujours une enquête, quels que soient les dégâts à évaluer, par les éléments à décharge pour la personne incriminée. Présumée innocente. Autant dire que son sens de la justice était fort peu apprécié dans son service, pas plus que les responsables du musée et le bourgmestre Dévot ne se réjouiraient de le voir commencer par chercher des circonstances atténuantes au terrible Bloupier [l’entarteur]. »

L’enquête de notre inspecteur en assurances est entrecoupée de fragments de vie de Félicien Rops, qui nous révèlent sa carrière de caricaturiste, d’illustrateur, de peintre, sa collaboration avec Baudelaire et Rassenfosse, mais on découvre également un homme ambitieux, anticonformiste, anarchiste, lucide et emporté. Issu d’un milieu bourgeois et ayant dû toutefois gagner sa vie grâce à son art, Rops dénonçait l’hypocrisie de la bourgeoisie. On apprend ainsi à connaître cet authentique insoumis à travers son travail, mais aussi à travers sa vie privée : l’artiste était marié, mais il a eu plusieurs amours adultères sincères et un enfant hors mariage.

« – Loin de là, mon ami, je me concentre sur ce qui en vaut la peine, sur l’inédit, sur le jamais vu. Je cherche la perfection.

  • Et tu la cherches chez cette jeune femme ? Elle n’est pas exactement parfaite.
  • Tu te trompes, elle est vivante, trop rouge, trop soûle, trop ronde et pourtant c’est elle qui plaît aux hommes, qui les pousse à dilapider leur fortune, leur honneur. C’est elle qui dirige le monde.
  • Est-ce qu’elle ne te mènerait pas plutôt à la baguette ?
  • Oh non, Léon. D’autres femmes tiennent ce rôle dans ma vie. Celle-ci ne sait même pas qui je suis, ce que je lui veux. Elle est encore étonnée que je me contente de lui demander de poser, de rester elle-même, de jouer son rôle. Je sais mieux qu’elle qui elle est. »

Après avoir publié Mad, son 1er roman, Michaël Lambert nous donne ici à lire un récit particulièrement bien documenté dans lequel il navigue entre l’histoire de Jean et celle de Rops, toutes deux entrecoupées de lettres réellement écrites par l’artiste. Le lecteur est ainsi amené à suivre en parallèle une enquête en assurances à l’issue imprévisible et la vie d’un artiste libertin que l’on comprend mieux grâce aux dialogues inventés par l’auteur, qui sonnent pourtant très juste. Femmes de Rops est un récit bien structuré avec un style ciselé.

« Félicien frissonnait de fierté, les poils hérissés, la moustache belliqueuse. À lui seul, il renverserait l’Empire. Il se sentait la carrure des redresseurs de tort, sa réputation dans le beau monde dût-elle en souffrir. Foin d’artistes mièvres ! Il serait un créateur révolutionnaire ! Le larron s’emballait, cœur battant. Un duel, après tout, pouvait s’appréhender comme une œuvre d’art : les idées fortes, la pointe en avant. Trancher dans le lard ou mourir. Soit le vieux monde s’écroulait, soit le jeune idéaliste retournait s’enterrer dans sa morne province. Le futur cadavre de son insouciance s’imposait déjà à lui. »

On ressort de la lecture du roman avec l’envie de se plonger dans les œuvres de Rops, d’oser réaliser ses rêves et d’aimer encore plus la vie. À lire !

 

 

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