Jusqu’ici, tout va bien (Gary D. Schmidt

Jusqu’ici, tout va bien (Gary D. Schmidt

Résumé de l’édite

1968. Une petite, petite ville de l’État de New York.

Un père sans repères, une mère sans remède.

Deux grands frères, dont un avalé par la guerre du Vietnam.

Pas assez d’argent à la maison. Trop de bagarres au collège.

Des petits boulots pour se maintenir à flot. Une bibliothèque ouverte le samedi pour s’évader.

Une collection d’oiseaux éparpillée à tous les vents. Des talents inexploités.

Et une envie furieuse d’en découdre avec la vie.

 

Mon avis

Dans une Amérique où les hommes s’apprêtent à marcher sur la Lune et où la guerre du Vietnam fait rage, Doug Swieteck vient d’emménager dans une nouvelle ville, la « stupide Marysville », dans une petite maison qu’il appelle « le trou à rats ». On découvre rapidement que Doug n’a pas la vie facile, entre une mère passive, un père violent et un frère mesquin. Surnommé le « voyou maigrichon » à cause des frasques fraternelles, il se retrouve mêlé à des bagarres au collège, dans le viseur du principal et dans le collimateur du prof de sport qui a servi au Vietnam.

Pourtant, dans le contexte sombre dans lequel il évolue, Doug va faire deux rencontres décisives : Lil, tout d’abord, une fille au caractère bien trempé, dont le père est l’épicier de la ville et qui va lui donner un petit boulot le samedi après-midi. Cela permettra à Doug de montrer sa serviabilité et de casser le préjugé que ses voisins lui ont collé à la peau.

Sa deuxième rencontre décisive sera avec Monsieur Powell, le bibliothécaire de la bibliothèque qui n’ouvre que le samedi et qui détient des originaux des Oiseaux d’Amérique d’Audubon. Cette découverte des peintures de l’ornithologue va ébranler les certitudes du garçon et révéler un talent dont il ne soupçonnait rien : le dessin.

« M. Powell trouvait que je me débrouillais plutôt pas mal. Et Lil trouvait que je me débrouillais plutôt pas mal aussi. J’ai essayé de me rappeler la dernière fois où quelqu’un m’avait dit que je me débrouillais plutôt pas mal dans quelque chose. Vous savez l’effet que ça fait ? »

Animé par ce nouvel élan et par sa passion pour le baseball, il traverse avec une force tranquille admirable les coups durs de la vie. C’est par exemple avec beaucoup de naturel qu’il accueille son frère amputé et presque aveugle revenu de la guerre du Vietnam.

« – Vous avez dessiné la guerre. Silence de l’entraîneur M. Reed. La main pressant le bloc-notes et l’appuyant contre le bureau.

-Mon frère y était aussi, ai-je dit. Il est rentré.

Longue minute de silence.

-Non, il n’est pas rentré, a dit finalement l’entraîneur M. Reed. (Sans prendre sa voix de sergent.) Personne ne rentre jamais du Vietnam. Pas vraiment. »

Doug ne s’apitoie pas sur son sort, il prend des coups, les esquive quand il peut, se relève et avance. Encore et toujours. À travers son langage oral authentique mâtiné d’un beau sens de l’humour, il nous montre à quel point il peut trouver des moments de bonheur dans les petits événements du quotidien. Il vit des situations inattendues qui nous font parfois passer du rire aux larmes.

« -Douglas, c’est vous qui avez dessiné ça ?

-Nan.

-Et ces mouettes ?

-J’ai pensé qu’elles apporteraient du réalisme.

-Elles sont fantastiques, a dit M. Barber.

-Merci, ai-je dit.

Il a encore sifflé d’admiration. Puis il s’est relevé et il a fait un pas.

Vous savez une chose que M. Powell m’a apprise ? Il m’a appris que, parfois, l’art peut vous faire oublier tout ce qui est autour de vous. Voilà ce que l’art peut faire. Et j’imagine que c’est ce qui est arrivé à M. Barber, qui a oublié que son pied gauche était derrière le pied arrière de ma chaise. Qui a fait un pas, en oubliant de retirer son pied de l’arrière de ma chaise. Qui a trébuché, mais qui s’est rattrapé. Mais qui n’a pas pu rattraper le café qui a giclé de sa tasse, qui a tournoyé en l’air pendant une seconde, qui finalement s’est répandu en plein sur mon Géographie : l’histoire du monde et qui a commencé à tremper les pages à une vitesse grand V.

Je ne vous raconterai pas le bruit qu’a fait M. Barber. Ça ressemblait un peu au hurlement que ferait une folle qui a été enfermée dans un grenier un grand nombre d’années. »

Ce roman est un petit bijou à découvrir absolument : on ne s’ennuie pas un seul instant, grâce à Doug, pétri d’humour et de spontanéité, qui nous fait rire, nous émeut et nous fait passer par toute une série d’émotions. Il y a également une belle galerie de personnages qui gravitent autour de lui et qui sont bien caractérisés, avec beaucoup de justesse. C’est un roman dont le schéma narratif est bien construit, il est intelligent, drôle et lumineux. Bref, à lire !

 

Le +

  • Les personnages sont simples et touchants, ils évoluent dans un contexte social difficile décrit avec beaucoup de justesse.
  • Malgré la dureté de ce que vit Doug, on ne bascule jamais dans la lourdeur du roman social. Au contraire, notre cœur bat pour le héros, on veut connaître la suite de l’histoire.
  • C’est un beau roman d’apprentissage qui nous montre que le déterminisme social n’est pas tout puissant et que l’art peut toucher en plein cœur quelqu’un dans n’importe quelle couche sociale, quoi qu’il vive.

 

Le –

  • Je n’en vois pas. J’ai dévoré ce roman…

 

Le coin des profs

  • Le roman est intéressant pour faire découvrir une systémique familiale dysfonctionnelle, dans un contexte de violence et de maltraitance.
  • Le récit est conseillé à des lecteurs ayant 12 ans minimum, mais je trouve que c’est un peu jeune car il y a des scènes assez dures (Doug a un père très amer qui est prêt à tout pour gagner quelques billets, même à spolier son fils).

 

Infos pratiques

  • À partir de 12 ans
  • L’école des loisirs (« Médium »)
  • 365p.
  • 18€

 

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