La fleur perdue du chaman de K (Davide Morosinotto)

La fleur perdue du chaman de K (Davide Morosinotto)

Résumé de l’éditeur

Pérou, 1986. Être admise dans une clinique neurologique ne faisait pas vraiment partie des projets de Laila… Mais si ses symptômes ne s’étaient pas manifestés, jamais Laila n’aurait rencontré El Rato. Et jamais ils n’auraient découvert un étrange journal, écrit en 1941 par un certain Dr Clarke, dans lequel le dessin d’une fleur allait changer le cours de leur existence. Utilisée par les chamans de la tribu de K., la Fleur Perdue aurait un grand pouvoir de guérison (encore faut-il la dénicher). Lorsque le diagnostic tombe pour Laila, et que l’espoir ne semble plus permis, les deux amis décident de tenter le tout pour le tout : trouver la fleur et ainsi guérir Laila. Mais pour cela, un long voyage des Andes à la forêt amazonienne les attend, un long voyage semé d’embûches…

Mon avis

En mai 1986, Laila Raskinen, une fille de diplomate d’origine finlandaise, est hospitalisée en neurologie à l’hôpital Santo Toribio de Lima dans le service du professeur de la Torre. En effet, elle est atteinte d’un mal incurable : elle souffre d’un rétrécissement du champ visuel, une maladie rare caractérisée par une rétinopathie, des crises d’épilepsie et un déclin progressif des capacités intellectuelles et motrices.

À l’hôpital, elle rencontre Juan Pablo Brown Mamani, le fils du neurologue Brown, surnommé El Rato (« le moment » en espagnol) et se retrouve dans le service avec Mila, Carlos, Carmelita, Alvaro, Bert, Adrian, Cisco, Fortuna, Jordi et Pia. Avec El Rato, ils dérobent à la bibliothèque de l’hôpital un journal personnel d’un médecin américain, Robert Clarke, rédigé en 1942. Ce neurologue a découvert un traité d’herboristerie à la bibliothèque nationale de Lima écrit par un jésuite qui décrit la fleur perdue de K capable de soigner de nombreuses maladies neurologiques ; elle est employée par les chamans du Sud de la jungle amazonienne au cœur de la province de la Convención, dans les environs de Cuzco.

Bien décidée à vivre, Laila fait le choix de partir à la recherche de cette plante miraculeuse au cœur de l’Amazonie. El rato refuse de la laisser partir seule et décide de l’accompagner dans cette aventure. Nous voilà entraînés dans un voyage des Andes à la Selva amazonienne, ponctué d’incroyables péripéties et d’inoubliables expériences initiatiques. Par la magie des mots, ces pages nous transportent, cartes et images à l’appui, et nous donnent l’impression de grandir avec les protagonistes, des personnages très attachants car ils sont débrouillards, courageux et généreux.

« La forêt amazonienne ne s’explique pas. Elle est d’une beauté toute en lumières flamboyantes et en ombres profondes. Elle est aussi hostile que féroce. Ses fleuves sont traversés de courants impétueux, l’humidité et la chaleur y sont insoutenables, des averses torrentielles laissent toujours la place à des soleils brûlants. Avec tous ses animaux mortels, l’homme n’y est pas le bienvenu. Sans parler des insectes, tous porteurs de maladies, que ce soit la dengue ou la malaria – le « palu » comme on l’appelle ici. Ils vous dévorent, et votre visage se transforme en un masque sanglant. Pour ces raisons, et pour tant d’autres, le bassin de l’Amazone mérite bien son surnom d’ « Enfer vert ». On y meurt de faim plus facilement qu’en plein désert. La Selva vous reste pourtant gravée au fond du cœur. »

L’auteur nous offre sans surprise un magnifique objet avec une illustration chatoyante et un titre gaufré sur la couverture et le dos du livre. Davide Morosinotto joue à nouveau sur la mise en page avec de nombreux calligrammes qui renforcent l’effet poétique des événements qu’ils décrivent. Évidemment, il continue toujours à jouer avec la narration dans un stupéfiant labyrinthe : cette fois, nous lisons un carnet de bord lu par un bibliothécaire et rédigé par le héros sous la dictée de l’héroïne avec de larges effets visuels donnant notamment à voir les effets de la maladie sur la perception de l’héroïne (sa vue périphérique qui se trouble est manifestée à travers des caractères floutés au fur et à mesure qu’on avance dans les pages, c’est très bien trouvé !).

Nous apprenons à la fin de ce roman que l’auteur considère qu’il a réalisé une sorte de trilogie qui se clôt avec ce tome (cf. les tomes précédents : « Le Célèbre catalogue Walker & Dawn » et « L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges »). Ces trois œuvres sont totalement indépendantes, mais pour lui, elles forment un tout dans la volonté de proposer une œuvre autour des mêmes thématiques et dans l’objet livre en lui-même. Les romans sont en effet reliés par le fil rouge du fleuve – le Mississippi pour « Le célèbre catalogue Walker & Dawn », la Neva pour « L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges » et l’Amazone dans ce troisième tome.

Ces trois romans brillent par la vivacité de la plume de l’auteur, la qualité d’une intrigue menée tambour battant, des personnages attachants, des dialogues délicieux, un décor historique restitué très finement sans que cela ne prenne le pas sur l’histoire et un vent d’aventure auquel il est tout simplement impossible de résister.

Si ces livres sont inoubliables, c’est aussi grâce à un travail graphique merveilleux : le premier roman fait la part belle à des documents du début du 20e siècle (extraits de catalogues, coupures de presse et photographies), le deuxième se lit comme des cahiers d’enfants dûment annotés par un commissaire soviétique ; ce troisième volet, peut-être le plus inventif, fait littéralement s’entrechoquer texte et illustrations. Vous l’aurez compris, nous avons ici affaire à des livres hors-normes qu’il faut absolument avoir dans sa bibliothèque ! Coup de cœur pour cette trilogie !

Le +

  • L’objet livre est magnifique et original. Les illustrations servent le contenu d’une très belle façon.
  • La plume de l’auteur s’est affinée : nous lisons avec une grande fluidité les aventures des héros, mais aussi les détails historiques. Tout est juste !
  • J’ai bien aimé le duo formé par Laila et El Rato : d’un côté, Laila est débrouillarde et volontaire et de l’autre, El Rato est protecteur et optimiste. Ces 2 personnalités se complètent assez bien.
  • Tout ce qui est dit sur le chamanisme est vrai. J’adore!

Le –

  • L’histoire est tellement bien écrite qu’on lit très vite les 520 pages de ce roman-fleuve, ça a un côté frustrant de le dévorer aussi rapidement…
  • La trilogie est finie. Frustration…

Le coin des profs

Le récit présente une belle porte d’entrée pour aborder l’histoire de l’Amérique latine, les croyances des peuples indigènes et les maladies incurables infantiles.

Niveau de lecture

Intermédiaire

Genre

Récit d’aventures

Mots clés

Amazone, amitié, amour, aventure, chamane, croyances, danger, différence, esprits de la nature, famille, hôpital, maladie incurable, guérison, rites ancestraux, voyage

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • L’école des loisirs
  • 524p.
  • 18€
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