Nos horizons infinis (Tahereh Mafi)

Nos horizons infinis (Tahereh Mafi)

Résumé de l’éditeur

2002. Un an après les attentats du 11 septembre qui ont ébranlé le monde entier, la vie de Shirin est un enfer. Pointée du doigt, insultée, menacée, cette lycéenne d’origine iranienne n’a pour seules échappatoires que la musique et la breakdance. Jusqu’au jour où elle rencontre Océan James. L’intérêt que lui porte le jeune homme la déstabilise… D’autant que les deux adolescents viennent de deux mondes que tout oppose.

Mon avis

Après un nouveau déménagement, Shirin effectue sa rentrée scolaire dans un nouveau lycée. Cela fait des années qu’elle change d’établissement, parfois plusieurs fois dans l’année, au gré des déménagements de ses parents, qui suivent ce chemin pour trouver l’endroit qui sera encore meilleur que le précédent. Elle n’a jamais eu le temps et la chance de pouvoir s’attacher à qui que ce soit, à cause de ces temps trop courts passés dans une école. Elle est dès lors une jeune femme très discrète qui ne souhaite pas s’ouvrir aux autres.

Shirin est une adolescente américaine, fille d’immigrés iraniens, qui porte un foulard par choix et non par obligation, mais quelques mois après le 11 septembre, sa religion et sa couleur de peau engendrent une vive hostilité à son égard.

« – Parce que tes parents ne te, hum, ne t’obligent pas à porter le foulard, quand même ?

– Hein ? ai-je répondu en me renfrognant. Non ! Non, moi ce qui me mine, c’est la façon dont on me traite en me voyant avec – d’ailleurs je me demande souvent si je ne devrais pas m’en passer -, mais non !

J’ai regardé au loin avant de reprendre :

– En fait, si je mets de côté le harcèlement au quotidien, j’aime bien la sensation qu’il me procure, ce foulard. C’est agréable.

– Agréable, c’est-à-dire ?

Nous nous étions définitivement immobilisés sur ce trottoir, près d’une rue animée, et jamais encore je n’avais eu une conversation si personnelle avec un garçon.

– En fait, je ne sais pas trop. C’est la sensation, comment dire… De maîtriser la situation. De pouvoir choisir ceux qui me voient. La façon dont ils me voient. Mais chacun son truc.

J’ai haussé les épaules.

J’ai rencontré des filles qui, elles, se sentaient obligées de porter le foulard et qui avaient horreur de ça, ai-je repris. Et ça, à mon avis, c’est terrible. Évidemment qu’on ne doit pas le porter si on n’en a pas envie. Mais comme je l’ai dit, j’aime bien l’idée qu’on me demande la permission de voir mes cheveux. »

Face à ces insultes permanentes, Shirin érige un mur entre elle et les autres et ne souhaite pas laisser tomber son foulard sous prétexte qu’il dérange. Elle se réfugie dans la musique et après les cours, évacue sa colère dans le breakdance qu’elle pratique avec son frère aîné. Puis, son chemin croise celui d’Océan, un autre élève qui parvient peu à peu à briser sa carapace et qui, au contraire des autres, s’intéressera à elle, malgré la façon dont elle a de le rabrouer. Les deux adolescents viennent de deux mondes différents qui semblent incompatibles aux yeux de Shirin, d’autant plus que le début de leur relation amoureuse va engendrer des attitudes xénophobes au lycée.

« Je ne faisais plus confiance à quiconque. J’étais tellement à vif d’avoir été si souvent exposée à la cruauté que les éraflures, même les plus légères, laissaient en moi leur trace. La caissière de l’épicerie était désagréable avec moi et son manque d’amabilité me perturbait pour le restant de la journée car je ne savais jamais… Je n’avais pas moyen de savoir…Vous êtes raciste ? Ou c’est juste qu’aujourd’hui vous êtes mal lunée ? Je ne parvenais plus à distinguer les personnes lambda des monstres. J’observais le monde autour de moi et je n’en discernais plus les nuances. Je n’y voyais rien d’autre qu’une source de souffrances avec, comme conséquence, la nécessité de me protéger, en permanence. »

C’est la première fois que je lis un récit de l’autrice et j’ai été agréablement surprise. La narration est fluide et le sujet abordé est traité avec réalisme. Le roman ne manque pas d’intérêt notamment pour le point de vue de cette adolescente musulmane qui se situe dans la période post-attentat aux États-Unis. L’histoire révèle la violence des mots et des gestes qui en ont découlé pour les Américains musulmans, victimes de racisme au quotidien.

J’ai été assez sensible à la façon dont les personnages sont confrontés à ce qui leur arrive, ils sont jeunes et n’ont pas le droit de suivre leurs envies et leurs sentiments, à cause d’a priori et de jugements qui sont assez loin de la vérité. C’est ainsi que rien ne se passe réellement comme cela aurait dû, puisqu’ils doivent faire attention à ce qu’il se passe et à ce que cela peut engendrer comme conséquences sur l’un ou l’autre. C’est un récit intéressant.

Le +

  • Le thème de la montée du racisme après les attentats du World Trade Center est très intéressant.
  • J’ai apprécié le personnage du frère, qui apporte une chaleur assez surprenante : il aide énormément sa sœur à évacuer la pression à travers le breakdance, mais il l’aide aussi à passer des moments avec Océan en la couvrant.

Le –

  • Au début du récit, Shirin communique uniquement sur un mode amer et agressif. J’ai eu beaucoup de mal à m’identifier à elle, tellement son attitude me choquait.
  • J’ai eu du mal à comprendre la position du Shirin par rapport au foulard : elle ne le porte pas par conviction religieuse, elle dit elle-même qu’elle porte peu d’intérêt à la religion. Elle ne le porte pas non plus par obligation familiale, c’est un simple choix qu’elle fait. Or ce choix lui complique très fort la vie, elle n’arrive pas à vivre ainsi. Est-elle vraiment obligée de s’obstiner ? Je ne parviens pas à comprendre la raison.
  • J’ai aussi été surprise qu’une fille aussi forte et déterminée que Shirin refuse autant d’aller plus loin dans l’intimité avec Océan, alors qu’elle est raide dingue de lui.
  • Je suis aussi étonnée que les parent de l’héroïne, qui lui laissent peu de liberté, ne s’inquiètent pas du tout à l’idée qu’elle fasse du breakdance, une activité très masculine.
  • La romance occupe à mon goût une place trop importante, peut-être parfois au détriment des questions sociales.

Le coin des profs

Le récit ne présente pas de difficulté de lecture et est une porte d’entrée intéressante pour aborder la xénophobie, le racisme et la multiplicité des points de vue sur les symboles religieux, comme le port du foulard.

Niveau de lecture

Débutant

Genre

Récit réaliste

Mots clés

Acceptation de l’autre, amour, déménagement, différence, rejet, port du foulard, premières fois, racisme, religion, xénophobie.

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Sweet sixteen, Annelise Heurtier

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • Michel Lafon
  • 307p.
  • 17,70€
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