Sauveur & fils. Saison 4 (Marie-Aude Murail)

Sauveur & fils. Saison 4 (Marie-Aude Murail)

Résumé de l’éditeur

Je me garde une marge de surprise dans l’écriture de mes romans. Sauveur laisse ses patients raconter des histoires qui ne sont pas celles que le lecteur attend. Ni moi non plus. En ouvrant la porte de la salle d’attente, je ne savais pas ce que contenait le gros sac en skaï que madame Naciri serre précieusement contre son cœur. Je ne me doutais pas que Jean-Jacques, l’hikikomori de 23 ans, finirait par sortir de sa chambre pour aller dans un café- philo, je ne pensais pas qu’Ella-Elliot, mon apprenti écrivain, mi-fille, mi-garçon, finirait par tant me ressembler. C’est tout le plaisir qu’il y a d’être à l’écoute… de ses personnages. Quant à Sauveur, j’ignorais ce qu’il adviendrait de sa vie privée. J’ai hésité comme lui-même, faisant avec Louise deux pas en avant, un pas en arrière. Peut-on parier sur un nouvel amour et reconstruire une famille après un drame intime ?

 

Mon avis

J’ai eu un coup de cœur pour les saisons 1, 2 et 3 de Sauveur & fils, la saison 4 n’a pas fait exception à la règle! J’ai adoré ce dernier opus dont l’histoire est dans la continuité des volumes précédents. C’était délicieux de retrouver Sauveur, Lazare et Paul, mais aussi Gabin et Jovo, qui squattent toujours chez Sauveur et sont devenus accro à The Walking Dead, ce qui donne à lire quelques scènes savoureuses quand on connaît le mode de pensée suscité par la passion pour cette série !

« – Je vais m’évanouir, menaça Alice.

– Mais non. Appuie sur ton doigt. Je vais chercher ce qu’il faut dans la pharmacie.

Paul déboula dans la cuisine comme un journaliste à l’affût d’un scoop.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– Je me suis coupé le doigt ! hurla sa sœur, nageant en pleine tragédie.

– Il t’en manque un bout ? s’informa Paul sur le ton du plus grand intérêt.

Alice frémit d’horreur.

– Mais t’es con ou quoi ? Ça fait trop mal. Maman, dépêche ! Je perds mon sang !

– Ça va attirer les vampires, fit Paul, la mine gourmande.

– Mais t’arrêtes, oui ? »

Dans ce 4e opus, on retrouve les adolescents des saisons précédentes : Blandine Carré diagnostiquée hyperactive et sa sœur Margaux, avec deux tentatives de suicide à son actif et un penchant pour les scarifications ; Ella Kuypens, une jeune transgenre victime de harcèlement scolaire ; Gabin Poupard, en voie de déscolarisation et dont la mère schizophrène est toujours hospitalisée ; mais aussi Samuel qui a des relations conflictuelles avec sa mère et que Sauveur voit désormais chaque semaine dans un café. On découvre également de nouveaux patients, comme la petite Maïlys qui, du haut de ses 4 ans, fait tout son possible pour rendre la vie impossible à son père, et le jeune gardien de prison Solo.

Louise Rocheteau, la mère de Paul, le meilleur ami Lazare, le fils de Sauveur (vous suivez toujours ?) est toujours en couple avec Sauveur, mais le bébé qu’ils avaient envisagé de concevoir n’est plus d’actualité. C’est que son emménagement avec Sauveur est constamment reporté, Louise éprouve des difficultés à trouver sa place dans cette maison de garçons et de son côté, Sauveur a toujours du mal à maintenir une frontière étanche entre vie privée et vie professionnelle, ce qui provoque quelques malentendus entre les amoureux.

Avec beaucoup de sensibilité et d’humour, Marie-Aude Murail continue de nous parler de problèmes universels (famille, couple, amour) et de difficultés plus spécifiques à l’enfance et à l’adolescence : mal-être général ou lié à l’identité sexuelle, conséquences du divorce, addiction aux écrans, phobie sociale, décrochage scolaire, comportements d’autodestruction, relations conflictuelles avec les parents et autres adultes…

« La porte se rabattit avec brusquerie et un grand Noir menaçant fit irruption. Sauveur, l’esprit préoccupé, avait oublié d’ouvrir doucement pour laisser le temps à sa nouvelle patiente de s’habituer à lui. Madame Naciri étreignit son gros sac et lança en arabe à son fils : “Appelle la police ! ”

– Mais c’est le docteur, maman…

– Madame Naciri ? Excusez-moi, je vous ai fait sursauter.

Sauveur se fendit d’un large sourire, mais se vit dans les yeux paniqués de Madame Naciri en délinquant potentiel.

– Mais c’est bon, maman, insista le garçon, c’est le docteur pour tes insomnies. Il va te soigner…

– Vous avez des problèmes de sommeil ? embraya Sauveur, tout en essayant de tasser sa haute taille devant sa patiente, qui ne semblait pas disposée à quitter son fauteuil [en salle d’attente].

– Les midicalmants, ça marche pas, le docteur Guiri il m’a dit va voir le psy. Mais il m’a pas dit un Noir comme toi.

– Ma mère n’est pas raciste, intervint son fils, c’est juste qu’elle a des idées un peu… comme ça… sur les Noirs…

Sauveur ne lui fit pas remarquer que “des idées un peu comme ça sur les Noirs” était une assez bonne définition du racisme. »

Bref, on découvre de nombreuses situations qui semblent inextricables et que Sauveur parvient la plupart du temps à dénouer, même s’il se remet parfois en question.

« Le psy en question abordait sa deuxième journée d’écoute de la semaine, oscillant au gré des patients entre “je fais un métier formidable” et “je suis vraiment un psy de merde”, ce que Maïlys lui confirma en le saluant d’un tonitruant :

– Bonjour, caca prout ! »

Cette saison 4 est tout aussi drôle et émouvante que les précédentes. A lire!

Le +

  • Les personnages sont toujours aussi bien construits et l’histoire est racontée avec finesse et talent.
  • Le récit est très touchant, comme les précédents.
  • J’ai trouvé que les scènes cocasses et bourrées d’humour étaient plus nombreuses que dans les tomes précédents.

 

Le –

  • L’image de couverture est toujours aussi infantilisante et ne reflète toujours pas la richesse du contenu de l’histoire.
  • Sauveur n’existe toujours pas…

 

Le coin des profs

  • La structure narrative est assez travaillée, donc le récit est à proposer à des bons lecteurs.
  • Les thèmes sociaux du roman sont une belle porte d’entrée pour entamer un débat dessus.

 

Mots clés

Psychologie, amour, amitié, difficultés de l’adolescence, humour, relations inter-personnelles

 

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Les 3 saisons précédentes de Sauveur & fils

Oh, boy ! de Marie-Aude Murail

 

Infos pratiques

  • À partir de 12 ans
  • L’école des loisirs (« Medium »)
  • 299p.
  • 17€
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