Signé poète X (Elizabeth Acevedo)

Signé poète X (Elizabeth Acevedo)

Résumé de l’éditeur

Harlem.

Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes. Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée.

L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

Mon avis

Xiomara est une jeune adolescente noire de 15 ans qui vit à Harlem, un quartier bien connu pour accueillir la population afro-américaine. Elle y vit avec ses parents et son frère jumeau, ou plutôt tente d’y survivre. Xiomara souffre en effet d’un physique avantageux et des réflexions provocantes quotidiennes des garçons qui en découlent, mais aussi des préceptes religieux envahissants de sa mère, de sa mainmise sur sa vie, la contraignant à ne pas sortir le soir, à ne pas voir de garçon, à l’accompagner à l’église…

« Jumeau est plus vieux que moi d’une heure –

tout s’est compliqué avec mon arrivée –

mais on dirait pas que c’est lui le plus âgé.

il est plus doux que moi de plusieurs années.

—————————-

Quand on était petits, je rentrais

les poings en sang, et Mami s’emportait,

me secouait, « Muchacha, siempre peleando!

Quand est-ce que tu deviendras une vraie demoiselle ?

prends exemple sur ton frère, qui ne se bat jamais !

Dieu réprouve les bagarres ! »

————————————

Je croisais le regard de Jumeau,

et jamais j’ai dit à Mami que lui,

il ne se battait pas, parce que ses poings

c’étaient les miens. Mes mains

avaient appris à saigner

quand d’autres gamins le harcelaient.

——————————-

Mon frère est né comme naît la brise :

frêle, se frayant un chemin parmi les feuilles.

moi je suis née bourrasque, et j’arrache à la terre

quiconque tente de faire du mal à mon frère. »

Xiomara est en colère d’être muselée et cataloguée de toutes parts, elle va se rebeller de la plus belle des manières qui soit : en silence, à travers de magnifiques poèmes, haïkus et textes en slam, qui racontent son quotidien et toutes les difficultés auxquelles elle doit faire face. Xiomara raconte le harcèlement quotidien dont elle est victime, le sexisme, la misogynie, la servitude… des thématiques fortes qui tranchent avec la douceur des mots utilisés. J’ai été à plusieurs reprises touchée par cette adolescente, qui se montre docile au quotidien, mais qui couche sa détresse et sa colère par écrit pour ne blesser personne et tenter d’arrêter cette rage qui cogne de l’intérieur.

« Ce qui

m’apaise

c’est mon carnet,

écrire écrire écrire,

tout ce que j’aurais voulu dire,

transformer en larmes de poèmes

toutes mes pensées coupantes,

les imaginer trancher net

mon corps pour

que j’en

sorte. »

Sa relation avec sa mère est assez complexe : dévouée corps et âme à la religion, cette dernière ne conçoit pas qu’il n’en soit pas de même pour sa fille, alors que Xiomara ne perçoit pas la vie de la même manière que sa mère. On retrouve dans le récit des scènes assez violentes, des paroles dures, qui frappent et ne laissent pas indifférent. Les poèmes de Xiomara les retranscrivent avec douceur et on sent le cœur qui palpite et la blessure qui saigne derrière.

« Elle m’a traînée à l’église

comme on emmène un prisonnier en taule

————————-

et j’ai pas le temps de lui dire que Jésus,

pour moi, c’est devenu

un peu comme un ami d’enfance

————————–

qui tout à coup redébarque, qui a changé,

qui s’incruste chez toi sans demander,

qui t’envoie des sms tout le temps,

—————————-

et cet ami j’ai l’impression que j’en ai plus besoin maintenant.

Je sais, je sais… écrire ces mots, c’est déjà un blasphème. »

Lorsque la nouvelle prof de littérature de Xiomara l’incite à écrire et l’invite à son club de slam, la jeune fille vacille. Elle a toujours écrit en secret, pourquoi irait-elle lire ses textes si intimes devant un public qui la jugerait peut-être ? Son besoin de partager ses mots est pourtant là, pulsionnel et sauvage au fond d’elle. Mais le club a lieu le même jour que les cours de confirmation à l’église. Qui plus est, elle vient de rencontrer un garçon attirant et respectueux, qui s’intéresse à ses textes. Entre les interdits pesants de sa mère et la liberté offerte par les mots, Xiomara cherche sa voie (sa voix) et étouffe bien souvent de colère et de désirs rentrés…

J’ai beaucoup aimé l’héroïne qui, même fragilisée par la vie, reste forte, la tête haute, et mène ses combats avec ses propres armes : les mots. Les mots pour dire l’amour, l’incommunicabilité, la colère, le harcèlement, la féminité blessée, le désir, la tristesse, la colère, les mots pour partager, rire et pleurer, les mots pour se taire et pour parler, les mots pour vivre. Ce premier roman d’Elizabeth Acevedo, probablement largement inspiré de sa propre histoire et traduit par Clémentine Beauvais avec beaucoup de finesse, est un beau coup de cœur qui met en avant une héroïne engagée, qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas, qui n’hésite pas à se mouiller et à suivre son propre chemin. Un roman original rédigé entièrement en vers, une histoire engagée et poignante sur la force des mots et l’importance de croire en soi, qui transforme son regard sur le monde.

« Mes mots font ce que j’exige,

mon langage

les tord, les entortille, les emmène

s’accrocher aux gens qui m’écoutent,

et je sais enfin que même

si ça m’empêchera pas d’avoir peur,

personne ne m’arrêtera jamais,

personne. Plus maintenant. »

Le +

  • Xiomara est un personnage très touchant et le contexte culturel et religieux dans lequel elle évolue est assez intéressant à explorer.
  • Les vers libres sont un véritable atout du roman : ils donnent du rythme, le lecteur a l’impression d’être immergé dans les sentiments qui tourbillonnent chez l’héroïne. Ça décoiffe ! Difficile de lâcher le roman ! Ce n’est pas étonnant quand on sait que l’autrice est elle-même une slameuse. Son expérience donne une qualité littéraire indéniable au récit.

Le –

La fin se termine bien, ça m’aurait paru plus juste d’avoir une fin douce et amère, mais j’avoue que le happy end fait quand même du bien (j’ai eu peur pour Xiomara en plein climax).

Le coin des profs

Les profs ne doivent pas être effrayés par les vers libres du récit qui sonnent juste et accélèrent la lecture. L’histoire peut être la porte d’entrée pour faire prendre conscience du pouvoir des mots, de leur dimension cathartique, de la vie qu’ils reflètent. On peut aussi déboucher facilement sur un atelier d’écriture avec ce roman.

Niveau de lecture

Intermédiaire

Genre

Récit réaliste en vers libres

Mots clés

Colère, émancipation, incompréhension de la famille, harcèlement sexuel, liberté, loyauté familiale, misogynie, poésie, rage, religion, sensibilité, sexisme, slam, violence des hommes

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Slamed, Colleen Hoover

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • Nathan
  • 378p.
  • 16,95€
Partager sur vos réseaux sociaux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *