Engrenages et sortilèges (Adrien Thomas)

Engrenages et sortilèges (Adrien Thomas)

Résumé de l’éditeur

Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement persécutif. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Mon avis

Grise et Cyrus sont deux jeunes issus de la haute société, n’ayant jamais manqué de rien et ayant eu droit à une éducation de premier choix. La première est mécanicienne, le second magicien. Ils appartiennent à deux mondes qui s’opposent malgré leur héritage prestigieux. En effet, d’un côté, Grise passe son temps à réparer, construire ou inventer des machines ; de l’autre côté, Cyrus est un jeune homme très sûr de lui, hautain, qui passe son temps à faire le dandy. Outre qu’ils appartiennent à une catégorie différente et qu’ils méprisent chacun l’univers de l’autre, ils diffèrent à bien des égards : leurs centres d’intérêt, leurs capacités intellectuelles ou magiques, leurs origines sociales et géographiques, leur cercles amicaux, leur assiduité scolaire… Bref rien n’est pareil.

Ce qui va les réunir, c’est leur enlèvement, ou plutôt la tentative qu’ils feront échouer. Bien sûr, on comprend vite qu’ils ne sont pas personnellement visés, c’est une façon d’effectuer la pression sur leur parent haut placé : le fils de la Générale de l’empire et la fille du grand Ingénieur vont devoir quitter l’espace protégé de l’académie où ils étudiaient pour comprendre comment les malfaiteurs ont pu pénétrer dans l’école malgré les nombreux pièges censés éviter les intrusions et pour comprendre aussi pourquoi leurs familles respectives ne sont plus joignables. Ils se retrouvent ainsi bien malgré eux au milieu d’un complot qui ne les concerne pas. Obligés de se serrer les coudes, ils devront apprendre à passer outre l’inimitié qui oppose depuis toujours les gratte-rouille (entendez les mécaniciens) et les gigotte-doigts (entendez les magiciens) et à s’allier pour survivre dans les bas-fonds de la ville. Car c’est bien dans le quartier malfamé des Retz qu’ils vont atterrir, là où règnent les voleurs et les assassins, une zone caractérisée par une pauvreté, une violence et une injustice inouïes. Dans ce quartier hostile de la ville, il est difficile de savoir à qui faire confiance et de qui se méfier. Les choix des protagonistes seront décisifs à cet égard et parfois, ils vont avoir de bonnes surprises…

« Désormais, Cyrus apprenait l’ésotérisme en exploitant son propre intérêt intellectuel, son désir de s’améliorer et, plus surprenant, sa volonté de faire honneur à Vestor Vax. C’était incompréhensible, quand on y pensait : le vieux nécromancien n’était pas un professeur particulièrement sympathique, avec ses manières brusques et sa voix de soufflet de forge. Mais voilà : il lui parlait, à lui, directement. Même s’il ironisait volontiers ou faisait mine de perdre patience, il répondait toujours à ses questions, s’intéressait à ses résultats et, lorsque son élève échouait quelque part, considérait que c’était à lui d’expliquer, d’enseigner ou de démontrer différemment, plutôt que de laisser son apprenti se débrouiller seul. Pour la première fois de sa vie, Cyrus respectait un professeur, au lieu de le craindre. »

Dans ce récit, on rencontre de nombreux personnages secondaires bien construits et intéressants, comme l’arachnide. Même les androïdes sont attachants au point de toucher le lecteur quand leur module de personnalité est détruit. Un personnage que j’ai beaucoup aimé est Quint, le familier de Cyrus. C’est un chat qui aide ce dernier à augmenter ses forces magiques, parce qu’il a une immense lucidité et un humour plutôt anglais, ce qui donne à lire quelques scènes cocasses.

« – Pour répondre à ta question, les magiciens ont généralement un caractère épouvantable, expliqua le chat avec sérieux. Ils ont donc tendance à rester souvent tout seuls, puisque personne ne les supporte. Alors pour éviter de devenir fous, ils enchantent leurs animaux de compagnie, histoire d’avoir quelqu’un à qui parler. »

« – Mon maître veut simplement dire qu’il est désolé de ses capacités diplomatiques dignes d’un char d’assaut enflammé dévalant une pente, ronronna Quint, toujours affalé sur les genoux de Grise. »

Engrenages et sortilèges est un roman qui mêle fantasy avec la magie et steampunk avec la technologie. La première étant plus ancienne, elle a un certain prestige, mais aussi un côté désuet qui nous fait penser à une religion qui perdrait peu à peu son influence. Elle est contrebalancée par les avancées technologiques spectaculaires qui suscitent une réflexion intéressante.

« Mais le monde avait changé. En quelques années seulement, les épées et les arcs avaient laissé place aux armes à poudre et aux canons. Les chevaux avaient été ramenés aux champs et remplacés par des chars d’assaut mécaniques et des autocalèches blindées ; et les traditionnels navires à voile s’étaient inclinés devant la marine moderne triomphante. Le temps des escrimeurs de légende et des sages magiciens était révolu, brutalement remplacé par celui des tireurs d’élite et des élémentaristes de guerre. L’apparition de la technologie avait tout changé, glorifiant l’espace, l’utile et l’immédiat au détriment de la patience, du savoir abstrait, de l’art et de la beauté.

L’industrie avait entraîné la magie dans son sillage, la forçant à prendre des atours d’efficience et d’optimisation, et la dépouillant presque entièrement de sa bienveillante harmonie. L’illusionnisme était devenu un arcane de tromperie plutôt que de beauté, et le mentalisme un moyen de dominer plutôt que de comprendre. Plutôt que d’invoquer la pluie sur des régions desséchées ou de repousser les tempêtes venues du large, l’élémentalisme servait désormais à noyer l’ennemi dans les flammes, comme lors de l’horrible campagne des Îles, quelques années plus tôt.

Quant à la guérison, remplacée par les potions et les scalpels des apothicaires et des chirurgiens, elle en mourait, tout simplement. La magie de soin était pourtant infiniment plus efficace que cette prétendue médecine – mais, contrairement aux scalpels, aux bandages et aux amputations, elle coutait aussi très cher. Le Flux Vital était gourmand : soigner une blessure par balle consommait presque autant d’arcanium que noyer une forteresse sous un déluge de feu et de poudre. Et, puisque pour l’Empire, il était devenu plus important de donner la mort que de maintenir en vie, la médecine, ses aiguilles, ses baumes et ses amputations avaient réduit la guérison à portion congrue.

Le monde évolue, se força à se rappeler le vieillard. Joséphir allait sur ses quatre-vingt-deux ans : il était normal qu’il se sente dépassé, surtout après avoir tant vécu. Mais il ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose était allé trop vite, trop loin, et que l’humanité avait, à un moment ou un autre, emprunté la mauvaise direction. »

L’histoire est pleine de rebondissements, de suspense et de révélations inattendues avec une touche d’humour. J’ai beaucoup aimé la fin aussi. Bref, un chouette roman de fantasy à lire.

Le +

  • La couverture est assez attractive et reflète bien le mélange des 2 univers des protagonistes.
  • Le titre fait référence aux deux mondes : les technologistes et les ésotériciens.
  • Le mélange des genres fantasy et steampunk est assez efficace, quoique stéréotypé.
  • On entre très facilement dans cette histoire travaillée, intrigante et originale grâce à une plume fluide, simple et agréable à lire.
  • J’ai beaucoup aimé la référence au chamanisme avec le familier Quint.
  • Plusieurs passages m’ont fait rire grâce au caractère bien trempé des personnages secondaires.

Le –

  • Le thème de la rencontre entre 2 univers opposés est un classique.
  • Cyrus et Grise sont des personnages attachants, mais ils manquent de relief : ils sont prévisibles et un peu stéréotypés par moments.
  • L’évolution des héros et leur romance était prévisible. Heureusement, cette dernière est reléguée au second plan au profit de l’histoire.

Le coin des profs

Le récit ne présente pas de difficulté de lecture et est une bonne porte d’entrée pour proposer une lecture distrayante et faire réfléchir sur les dangers des avancées technologiques.

Niveau de lecture

Intermédiaire

Genre

Fantasy et steampunk

Mots clés

Complot, famille, choc des cultures, confiance/ méfiance, fuite, magie, mécanique, pauvres <> riches, tentative d’enlèvement

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

La fille sans nom, Maëlle Fierpied

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Rageot
  • 476p.
  • 17€
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