N’oublie pas de penser à demain (Siobhan Curham)

N’oublie pas de penser à demain (Siobhan Curham)

Résumé de l’éditeur

Stevie : « Je jette un coup d’œil vers Hafiz. Il se marre sans bruit. Des fossettes apparaissent de chaque côté de sa bouche et ses yeux turquoise brillent. Il me donne envie de rire, moi aussi. »

Hafiz : « Je l’ai remarquée à la seconde où je l’ai vue assise toute seule, les sourcils froncés. S’il y avait eu une bulle de bande dessinée au-dessus de sa tête, on aurait pu lire : Je voudrais être ailleurs. »

Stevie doit faire face à la dépression de sa mère. Hafiz a fui son pays déchiré par la guerre. Ensemble, ils vont retrouver l’insouciance qui manquait à leur vie.

Mon avis

Le récit présente alternativement le point de vue des 2 protagonistes : Stevie et Hafiz.

D’un côté, Stevie,14 ans, a perdu son père (il est mort lors d’un cambriolage) et depuis lors, elle doit s’assumer seule et soutenir sa mère dépressive en proie à de graves crises d’anxiété qui la clouent au lit, assommée par les anxiolytiques. Elles vivent toutes les deux dans la misère depuis le décès du père. Stevie n’a pas d’amis et n’en veut plus car ça l’épuise de devoir expliquer pourquoi elle n’a jamais d’argent et pourquoi sa mère ne sort jamais de son lit. Le récit commence la vieille de la rentrée et Stevie appréhende cette nouvelle année scolaire.

« Est-ce que les condamnés regardent leur cellule avant d’entrer dans le couloir de la mort ? Je me demande s’ils ressentent aussi cette espèce d’amour soudain pour tous les objets qui les entourent. Tout à coup, je déborde d’affection pour mes vieilles étagères surchargées de livres, mon fauteuil défoncé, et même pour la tache d’humidité sur le mur. »

Elle n’a en effet pas spécialement envie de rentrer pour devoir affronter les moqueries des autres face à son chemisier trop petit pour elle. Ce n’est pas avec ses allocations que sa mère va pouvoir lui en racheter un, d’autant qu’elle en est bien incapable, trop angoissée à l’idée de sortir de chez elle ou de passer un coup de fil. C’est Stevie qui s’occupe de la maison et qui est obligée de travailler. Tout se complique quand il y a un risque que les allocations perçues par sa mère soient retirées, le problème d’argent devient urgent. Stevie double alors ses tournées de livraison de journaux, se levant aux aurores et oublie peu à peu son rêve de s’acheter une guitare. Elle tient le coup grâce à un petit carnet réalisé par son père avant sa mort dans lequel il lui a concocté une playlist pour tous les moments de la vie (elle adore la musique).

De l’autre côté, Hafiz a fui la Syrie en guerre. Seul, il a retrouvé son oncle et sa tante en Angleterre après un dangereux voyage. Son déracinement l’afflige tout comme la séparation d’avec ses parents, qui ont versé une somme faramineuse à des passeurs pour lui permettre d’avoir un avenir meilleur. Eux sont restés au pays au moment où débute le roman. Comme la plupart des jeunes, il est atteint par le virus du football. Il est connu pour être doué dans ce domaine chez lui, il voudrait pouvoir taper à nouveau le ballon en Angleterre.

Le jour de cette fameuse rentrée scolaire, Hafiz se retrouve assis à côté de Stevie et c’est là que va commencer leur amitié. Même s’ils ne la cherchaient pas vraiment, c’est une évidence : tous deux sont en marge de la société. Ils ont un cœur bon et généreux, ouvert à la différence de l’autre. Cette rencontre est le début d’une lente reconstruction personnelle de chacun des protagonistes qui se reposent l’un sur l’autre, se soutiennent et s’encouragent.

Deux sujets d’actualité se mêlent dans ce récit (la précarité et les migrants), mais il aborde aussi beaucoup d’autres thèmes dont le courage de surmonter les épreuves de la vie, le racisme, la résilience et l’espoir d’une vie meilleure. Un très beau roman !

Les +

  • L’autrice nous livre un roman très touchant qui sonne très juste, tant dans l’histoire qui est racontée que dans ses personnages crédibles bien caractérisés.
  • J’ai beaucoup aimé voir se tisser cette amitié à la base non recherchée par 2 personnages blessés et solitaires.

Les –

Le manque de soutien vis-à-vis des personnes précarisées et des réfugiés m’interpelle profondément. Comment l’entourage (les voisins, les profs…) ne voient-il pas la détresse chez les 2 jeunes ? Pourquoi ne font-ils rien ?

Le coin des profs

C’est un récit très intéressant à faire lire pour les thématiques sociales abordées et l’espoir qu’il suscite pour un avenir meilleur. Il peut contribuer à forger des citoyens éclairés et engagés.

Niveau de lecture

Débutant

Genre

Récit réaliste

Mots clés

Amitié, dépression, épreuves, famille, guerre, honte, migrants, pauvreté, réfugiés, résilience, solitude

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Flammarion jeunesse
  • 365p.
  • 15€
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