Par le feu (Will Hill)

Par le feu (Will Hill)

Résumé de l’éditeur

Avant, elle vivait derrière la clôture. Elle n’avait pas le droit de quitter la Base. Ni de parler à qui que ce soit. Parce que Père John contrôlait tout et qu’il établissait des règles. Lui désobéir pouvait avoir des conséquences terribles. Puis il y a eu les mensonges de Père John. Puis il y a eu le feu…

Inspiré par l’histoire vraie de la secte Waco, Par le feu est un grand roman sur la folie des hommes et le courage d’une adolescente. Livre-événement en Angleterre, il a remporté le prestigieux YA Book Prize 2018. Impossible à lâcher tant qu’on n’a pas atteint la dernière ligne de la dernière page.

Mon avis

Moonbeam, 17 ans, est arrivée à la « Base » avec ses parents lorsqu’elle était petite. Ce domaine, c’est sa maison, où elle vit avec ses Frères et Soeurs, mais aussi le Père John. Avant, c’était le Père Patrick qui dirigeait toutes ces personnes, mais le lendemain de l’arrivée du Père John, tout a changé. Ils ont appelé cela la « Purge » : tous ceux qui n’étaient pas des « Vrais » sont partis et ceux qui doutaient de la Parole du Père John se sont gentiment vu indiquer le chemin de la sortie. Tant pis pour ceux qui les ont quittés. Un jour, ils s’en voudront d’avoir quitté le Droit Chemin. C’est pourtant étrange, ils n’ont pas été contraints, mais de nombreuses armes à moitié cachées font surface soudainement à la base… Pourquoi?

« Les règles sont essentielles. C’est ce que dit toujours le père John. Sans règles, le monde s’écroule. Mais ce n’est pas le tout d’en avoir ; encore faut-il que les gens les suivent. La plupart de temps, il suffit de leur expliquer qu’elles sont bénéfiques à tous et permettent de se sentir en sécurité. Parce que ce sont des êtres respectueux qui comprennent comment la société fonctionne. Mais d’autres, moins respectueux, ont tendance à ne penser qu’à eux. Ils ont besoin d’une motivation supplémentaire. Et comme on ne peut pas les récompenser à chaque fois qu’ils agissent correctement, le mieux est de retourner le problème en sanctionnant lourdement le fait de ne pas suivre les règles. »

Les « Vrais », ce sont ceux qui ont reconnu la parole de Dieu, qui ont accepté le Père John chez eux. Les autres, les Hérétiques, ne méritent pas la Bonté du Seigneur, sa Protection, sa Bienveillance. Qu’ils s’en aillent ! Moonbeam n’a connu que cet environnement avec sa mère. Son père est parti il y a déjà un certain temps et sa mère garde en elle une haine qu’elle tente tant bien que mal de contenir. Mais elle voit dans les yeux de sa fille quand Moonbeam tâtonne pour essayer de comprendre, une forme de questionnement teinté de méfiance, qui croît en elle, telle une flamme. Mais c’est un sujet tabou : la mère et la fille ne parlent pas de ça.

Pour se protéger, le Père John a quatre serviteurs dévoués à son service. Ils infligent les punitions, condamnent les comportements déviants, forcent les Vrais à suivre les règles de la Base. Alors, quand ils découvrent le journal intime de la mère de Moonbeam avec toutes ses considérations hérétiques, que faire sinon la punir ? Elle est bannie sans ménagement de la Base, désormais indigne d’y séjourner et Moonbeam est sommée de la renier, de l’oublier complètement, de vivre comme si elle n’avait jamais existé.

Un jour, un inconnu se présente à la Base. Il s’appelle Nate et voudrait suivre le chemin de la Légion des Seigneurs, faire partie de l’Élite. Accepté par ses pairs, il va très rapidement trouver sa place parmi ses nouveaux Frères. Moonbeam, attirée par cet étranger, pressent qu’il n’est pas comme les Autres. Il lui parle de sa Mère, pour comprendre, et surtout, il ne réfute pas les idées qui ont causé son départ. « Réfléchis, tu es intelligente, Moonbeam, mais si tu as des doutes, n’en parle à personne d’autre que moi.»

« (…) Surtout que tu es mineure.

 – Mineure ?

 – Une enfant, si tu préfères.

– Je ne suis pas une enfant.

 – Toi, en tant que personne dotée d’un cerveau et d’un coeur, non. Je suis on ne peut plus d’accord. Mais, légalement, tu es encore une enfant. Jusqu’à tes dix-huit ans.

 – Qu’est-ce qui se passera ce jour-là ? Je vais me transformer subitement?

 – Bien sûr que non. Tu deviendras simplement une adulte aux yeux de la loi.

– C’est un peu arbitraire, vous ne trouvez pas ?

– Non. Enfin, si. Peut-être. Il faut bien placer la limite quelque part.

– Donc, cette règle existe juste parce qu’il faut une règle ?

– On peut voir ça comme ça. […]

– Tu es bien trop maligne pour moi. Après chacune de nos discussions, j’ai une furieuse envie de m’allonger un moment dans le noir. »

Le récit Par le feu alterne les chapitres « avant » et « après ». Ce que je viens de vous expliquer s’est passé avant. Avant quoi ? Il nous faudra attendre un certain temps pour le découvrir. Dans « l’après », nous découvrons une Moonbeam enfermée dans une chambre d’hôpital. Elle voit tous les jours un psy qui l’invite à lui raconter son histoire. Bientôt, le psy sera accompagné d’un policier qui souhaite faire avancer l’enquête. Quelle enquête ? On comprend que Moonbeam a vécu un traumatisme avant d’atterrir à l’hôpital… Que s’est-il passé ? Les souvenirs reviennent peu à peu à la mémoire de la jeune fille, mais elle est terrorisée à l’idée de parler. Elle est coupable, coupable de tout.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est librement inspiré de la tragédie du siège de Waco, ce qui donne une certaine puissance à l’histoire. Moonbeam vient d’échapper à une vie de soumission et à la mort, elle n’a plus de parents, elle ne peut compter que sur elle. Elle qui a toujours vécu enfermée, elle est maintenant dehors et doit raconter, réapprendre à vivre, faire confiance. Pas simple après avoir été autant manipulée… C’est un roman réaliste très intéressant à lire !

Le +

  • J’ai beaucoup aimé la relation bienveillante que le psy essaye de tisser avec une Moonbeam effrayée et méfiante. Il prend le temps de l’écouter et de l’aider à voir par elle-même les manipulations dont elle a été l’objet. Le respect des besoins de sa patiente est toujours sa priorité. J’ai beaucoup aimé son professionnalisme et son humanité.
  • Avoir l’occasion de lire le parcours de résilience d’une jeune fille qui a été manipulée toute sa vie est très touchant. Elle doit défaire le bien du mal et ce n’est pas simple.
  • Une phrase ponctue constamment le récit du passé (« Le Seigneur est bon »), nous mettant à la place des personnes de la Base qui subissent cette manipulation mentale massive au quotidien.
  • C’était intéressant de voir à quel point il est compliqué pour les représentants de la justice de dissoudre une secte. Ils doivent compiler toutes les infractions des chefs, mais ne peuvent pas les arrêter pour leurs idées et leur mode de vie ou de pensée.

Le –

Dans l’alternance des « avant » et « après », il y a un déséquilibre car le passé prend plus de place, ce qui casse à plusieurs reprises le suspense. Par ailleurs, quand on arrive dans le présent, on patauge beaucoup car Moonbeam se livre difficilement, elle est confuse et effrayée. Les deux premiers tiers du récit sont assez lents…

Le coin des profs

Le récit est une porte d’entrée intéressante pour aborder le fonctionnement d’une secte et la manipulation mentale qui lui sert de ciment.

Niveau de lecture

Intermédiaire

Genre

Réaliste

Mots clés

Aveuglement, asservissement, code moral, Dieu, enfermement, manipulation mentale, religion, secte, sévices

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Les fils de George, Manu Causse

Infos pratiques

  • À partir de 15 ans
  • Casterman
  • 470p.
  • 16,90€
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