Malamour (Rémi Giordano)

Malamour (Rémi Giordano)

Résumé de l’éditeur

Lors d’une fête de fin d’année organisée par un camarade de classe, Oscar aurait été victime d’une agression. Et s’il a grièvement blessé Olivier au visage ce soir-là, ce ne serait que par légitime défense… Mais Olivier, lui, raconte une tout autre histoire. À sa tante, à ses nouveaux amis, au psychologue, Oscar donne différentes versions des faits. Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et dessinent l’histoire d’un garçon sensible, solitaire, mal dans sa peau, qui ment à tout le monde, et surtout à lui-même. Alors que s’est-il réellement passé ce fameux soir ?

Mon avis

Le héros est un jeune adolescent de 17 ans, Oscar, envoyé en vacances forcées chez sa tante Pénélope en Alsace, suite à une agression avec un autre ado de son lycée. Selon les témoins, Oscar serait l’agresseur et selon lui, il serait la victime. Le récit se présente comme une forme d’enquête pour le lecteur, qui va chercher à détricoter le nœud de cette soirée qui a dérapé et à savoir ce qu’il s’est réellement passé.

Oscar chemine en même temps que le lecteur et se dévoile peu à peu au fil de l’été, laissant entrevoir la vérité de l’affaire qui l’a écarté à la campagne. On découvre au début un jeune mal dans sa peau, qui ne s’aime pas et n’ose pas se montrer tel qu’il est, par exemple il n’ose pas parler de ce qu’il aime : élaborer des parfums. Le héros est en effet habité par le protagoniste du Parfum de Patrick Süskind, ce qui va créer une toile de fond sensorielle originale au récit.

« Je n’ai que des odeurs en tête moi aussi. L’odeur de cuir de la voiture de mon père qui m’a amené jusqu’ici. L’odeur de vieux meubles de la maison. L’odeur de chlore de la piscine des voisins. Des parfums de ma tante qui semblent raconter son histoire : son histoire de femme blessée par un amour malheureux. Margot a l’odeur des promesses, des matins ensoleillés. Elle a une odeur qui lui permet de faire croire qu’elle est encore une enfant mais sa note de fond est beaucoup plus épineuse. Jonas a un parfum d’aventure, d’or et de pétrole. Olivier, lui, sentait les embruns et la fraîcheur de la rosée. »

Alors qu’il est renfermé sur lui-même au début, en conflit avec ses amis et ses camarades de classe, Oscar va sortir peu à peu de sa carapace face au regard empli de bienveillance et d’amour que posent sur lui sa tante puis la fille des voisins, Margot. Celles-ci vont l’aider à s’ouvrir peu à peu, à porter un regard bon sur lui et à se comprendre lui-même. Margot est en effet un personnage plein de spontanéité, direct et joyeux qui va tout de suite poser un regard positif et malicieux sur Oscar, aller au-delà du mal-être apparent qu’il affiche et lui redonner confiance en l’enveloppant de son amitié indéfectible. Avec Jonas, le grand frère de Margot, ils vont former un trio inséparable et grandir ensemble à travers leurs expériences, joies et malheurs, en amour, amitié, famille…

J’ai été touchée par la relation qu’Oscar tisse avec sa tante Pénélope, celle-ci l’accueillant sans a priori, affirmant qu’elle le croit. Elle se montre pleine de prévenance et de délicatesse dès le début, lui laissant de l’espace et l’encourageant même à sortir, se faire des amis, vivre, être heureux. Contrairement à la mère d’Oscar, elle ne s’inquiète pas et ne l’accuse pas, mais l’aide à se découvrir lui-même et à s’assumer pleinement.

Le lecteur a envie de savoir ce qu’il s’est passé lors de cette fameuse nuit, il veut savoir si Oscar est victime ou coupable. Or, la réponse n’est pas binaire, elle est plus complexe que cela. On sent assez vite qu’Oscar ment à ses proches parce qu’il se ment à lui-même. On devine son ambivalence et les sentiments qui troublent son esprit, des sentiments contradictoires qui vacillent entre amour et haine (envers les autres, mais aussi et surtout envers lui-même). L’intérêt du récit n’est pas tant de comprendre le déroulement des événements dans le détail que de suivre le cheminement d’Oscar vers l’acceptation de soi. Il vit une période trouble, celle de l’adolescence, une période de remisse en question, de doutes mais aussi de découvertes et de développement. Le chemin qu’il va prendre pour réussir à voir la vérité en face est long et difficile. Même si au départ, la méfiance est de mise vis à vis du jeune garçon, on finit par le comprendre et vouloir que tout aille bien pour lui.

Malamour est un roman intéressant sur la construction de l’identité et la difficulté de la faire émerger.

Le +

  • C’est un très beau roman, émouvant et sensible.
  • Le point de vue d’Oscar à travers ses sensations olfactives est assez original et bien traité.

Le –

Les personnages secondaires manquent de relief et sont assez caricaturaux (Margot est un peu trop mélodramatique, Jonas est le cliché de l’homme cool, Olivier est le stéréotype du garçon gentil qui laisse tout passer).

Le coin des profs

Le récit ne présente pas de difficulté de lecture et permet d’aborder la question de l’identité, de l’homosexualité et de l’acceptation de soi avec ses méandres possibles (doutes, questions…).

Niveau de lecture

Débutant

Genre

Récit réaliste

Mots clés

Acceptation de soi, amitié, amour, bagarre, école, famille, homosexualité, identité, respect

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Georges, le monde & moi, Illana Cantin

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Thierry Magnier
  • 237p.
  • 13,90€
Partager sur vos réseaux sociaux

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.