Marqués (Anne Broadway)

Marqués (Anne Broadway)

Résumé de l’éditeur

À la mort de son père qu’elle a tant admiré, Leora souhaite honorer sa mémoire. Et dans les hautes castes, il est d’usage de relire au cours d’une cérémonie les événements qui ont marqué la vie d’un personnage important. Mais à mesure qu’elle parcourt le livre de son père, la jeune fille découvre avec stupeur que certains passages ont été réécrits ou qu’ils ont complètement disparu… Pire, un mystérieux tatouage désigne son père comme coupable d’un crime ! La jeune femme devra remettre en cause toute son existence pour comprendre d’où elle vient et sur quels mensonges est construite la société où elle vit…

 

Mon avis

J’ai assez bien aimé cette dystopie qui nous plonge dans un univers original et assez captivant…

Leora est une jeune fille de 16 ans qui est à un tournant de son existence : peu après le décès de son père, elle va devoir choisir son futur métier. Dans son univers, tout repose sur les tatouages : chacun porte sur sa peau l’ensemble de ce qu’il a fait sa vie, l’objectif étant bien sûr que l’on puisse lire en eux comme dans un livre ouvert : on peut lire la vie des gens directement sur leur peau. À leur mort, les citoyens sont écorchés pour faire de leur peau un livre que les proches peuvent consulter pour garder en mémoire l’histoire des défunts. La société dans laquelle vit l’héroïne est parsemée de rites qui bâtissent un monde cohérent, solide, rassurant surtout. C’est intéressant, car on fait vite un rapprochement avec la problématique de la vie privée, avec aujourd’hui toutes ces questions qui portent sur l’usage des données web ou du droit à la vie privée. Dans ce monde, l’oubli est la pire des choses qui puisse arriver dans le monde de Leora. Les grands ennemis de la nation sont d’ailleurs les « Immaculés », qui refusent de porter des tatouages et sont considérés comme dangereux, car ils ont forcément de secrets à cacher.

Le tournant dans lequel se trouve Leora va susciter chez elle une remise en question du monde où elle vit et l’inciter à ouvrir les yeux sur les travers de la société bien construite où elle a grandi. Jusqu’à présent, elle suivait les règles et était dorlotée par ses parents. J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de ce roman: on est plongé dans une histoire où se mêlent tatouages, secrets et contes ancestraux. Tout un folklore est mis en place et le lecteur est tout de suite immergé dans un univers bien particulier. Je n’avais jamais découvert un tel univers ailleurs, c’est original.

J’ai également beaucoup aimé la réflexion suscitée par ce livre : découvrant que son père a commis une « mauvaise action », Leora se questionne sur les lois qui régissent son monde. Est-ce qu’une seule mauvaise action peut condamner une bonne personne à devenir une mauvaise âme à jamais ? Une mauvaise personne peut-elle se racheter ? On lui apprend que les actions font la personne que nous sommes, mais avons-nous le droit de commettre des erreurs ? J’ai beaucoup aimé découvrir ce questionnement dans l’histoire.

« Tout comme quand mon père avait fait le test. Je me rends compte que le système repose sur notre peur. Il faut avoir peur de la mort et d’être oublié pour obéir. Mais quand tout ça n’a plus d’importance, on ne peut plus nous atteindre. C’est juste un spectacle. »

J’ai aussi beaucoup apprécié  l’entêtement de Léora : elle se bat pour connaître la vérité sur son père. La dernière partie du roman est bourréé de révélations. C’est difficile de lâcher l’histoire une fois commencée…

Un petit bémol toutefois à préciser concernant le résumé sur la 4e de couverture : « la jeune fille découvre avec stupeur que certains passages ont été réécrits ou qu’ils ont complètement disparu… ». Cette phrase est totalement fausse. En réalité, lorsque la peau du père de Leora est écorchée suite à son décès, le gouvernement en fait un livre, comme c’est la tradition, et il doit décider si ledit livre peut retourner dans la famille du défunt (pour que l’on s’en souvienne) ou s’il doit être brulé. Leora prend peur pour le livre de son père qui risque d’être détruit quand elle découvre un terrible secret, mais à aucun moment elle ne constate que les passages ont été réécrits ou ont disparu. C’est une erreur regrettable qui donne d’entrée de jeu une fausse idée sur l’histoire.

 

Le +

  • La couverture est originale et donne envie de lire le livre par son côté mystérieux.
  • L’écriture en elle-même, comme les personnages, sont efficaces et plutôt bien écrits sans forcément être archi-originaux.
  • Bien vite la parution du tome 2 en français !

 

Le –

  • Le schéma narratif de l’intrigue est classique, mais on accroche quand-même à l’histoire.
  • Leora a une vision un peu manichéenne des choses : les siens sont forcément bons et gentils, les Immaculés sont des méchants et des traîtres. C’est plus subtil que ça…

 

Le coin des profs

  • Cette dystopie est une belle porte d’entrée pour évoquer une société totalitaire, mais aussi notre société, où nous sommes de plus en plus tracés dans nos faits et gestes avec la technologie actuelle. Il est intéressant de s’interroger jusqu’où on peut aller.
  • Tout le questionnement sur ce qui fait une bonne ou une mauvaise personne en fonction des erreurs commises est également intéressante. Qui peut décider de cela ? Sur quels critères ? Un débat qui risque d’être houleux, mais riche.

 

Mots clés

Apprentissage, différence, inégalités, rejet, rites, secret, tatouage, totalitarisme

 

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé…

Elia, la passeuse d’âmes de Marie Vareille

 

Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Pocket jeunesse
  • 288p.
  • 17,50€
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