Partis sans laisser d’adresse (Susin Nielsen)

Partis sans laisser d’adresse (Susin Nielsen)

Résumé de l’éditeur

Félix Knutsson, douze ans trois quarts, vit avec sa mère, Astrid, et sa gerbille, Horatio. Tous trois habitent dans un Combi Volkswagen « emprunté ». Astrid assure, comme chaque fois, que la situation va s’arranger, dès qu’elle aura trouvé du travail, et fait promettre à Félix de garder le secret. L’adolescent tient sa langue et parvient à faire sa rentrée dans un nouveau collège, comme si de rien n’était.

Si les premiers temps, sous le soleil, sont franchement idylliques, semblables à de grandes vacances, la situation se dégrade rapidement à mesure que l’automne arrive, avec la rentrée, le manque d’argent et le mauvais temps. Félix en est persuadé : la meilleure manière de s’en sortir est de participer à son émission de télé favorite, « Qui, Que, Quoi, Quand ? ». S’il gagne, il remportera vingt-cinq mille dollars, et alors Astrid et lui n’auront plus aucun souci à se faire !

Mon avis

Félix, douze ans, vit seul avec sa mère dans un combi Volkswagen, le temps pour sa mère (qu’il appelle Astrid) de retrouver un job et un appartement. La situation est censée être temporaire, mais le temporaire dure et les galères s’accumulent… Dans leur combi, Félix et sa maman se débrouillent, mais au quotidien, cela n’a rien d’amusant. C’est assez terrible de voir tous les stratagèmes qu’ils doivent déployer pour se doucher, trouver à manger, recharger leur GSM… Toutes ces choses qui semblent simples pour la plupart des gens. Il doit aussi ruser pour cacher tout cela à ses amis et c’est assez douloureux. Même si le groupe est soudé, Félix ne peut avouer sa situation qui lui semble trop honteuse. Il rêve d’une salle de bain et surtout de toilettes…

Avec beaucoup de tendresse, d’humanité et d’humour, l’auteure aborde le thème de la précarité. Astrid et Félix vivaient chez la mère d’Astrid et à sa mort, ils ont acheté un petit appartement qu’ils ont dû revendre une bouchée de pain. Ils ont vécu dans des appartements chaque fois plus petits. Astrid n’arrive pas à garder un boulot (elle a un franc-parler qui dérange assez bien les patrons), alors ils ont atterri dans un combi en attendant que ça aille mieux. Mais ça ne va pas mieux, surtout quand les flics s’en mêlent…

« J’ai fait pivoter l’écran de l’ordi vers moi. Il affichait un rapport d’aspect très officiel. Nom : Félix Fredrik Knutsson. Âge : 12 ans. Parent/tuteur légal : Astrid Anna Knutsson. Adresse : SDF. Je suis généralement assez fort pour deviner le sens des acronymes, mais celui-là, de toute manière, je le connaissais. Sans domicile fixe. »

Partis sans laisser d’adresse met en avant la relation entre un enfant et sa mère. Même si Astrid est loin d’être une mère parfaite, il ne veut pas être séparé d’elle. Leur relation n’est pas simple car Astrid est dépressive. Elle a perdu son frère il y a quelques années, on sent qu’elle ne s’en est jamais remise, elle a d’ailleurs donné le prénom de ce dernier à son fils. Elle traverse des moments sombres que Félix appelle « Marasmes » et qui le désarment à chaque fois et l’obligent à s’assumer seul tout en veillant sur sa mère.

Susin Nielsen aborde la dégringolade et montre qu’elle peut toucher n’importe qui : l’histoire familiale oscille, tangue, elle pourrait très vite virer au drame (on n’en est pas loin). Heureusement, l’auteure sait mettre de la légèreté et une touche d’humour dans cette situation.

Le thème abordé dans ce roman est difficile, mais il est traité avec justesse et légèreté, avec beaucoup de détails réalistes sur le quotidien de cette famille dysfonctionnelle : vivre dans la précarité, être sans domicile fixe, avoir une mère dépressive et instable, éprouver de la honte par rapport à la vie que l’on mène,…

Même si son comportement la rend parfois agaçante, Astrid est un personnage très attachant. Elle aime son fils, mais le trouble dont elle souffre l’empêche d’être une maman « comme les autres ». De son côté, Félix assume avec dignité la situation, même s’il en souffre. Dylan et Winnie, ses deux amis, sont également assez chouettes… Ils sont très différents de notre héros mais vont être un soutien essentiel dans cette histoire.

Partis sans laisser d’adresse est un très chouette roman à lire, sur un thème délicat trop peu traité.

Le +

– J’ai beaucoup aimé le personnage de Félix qui ne se plaint jamais de son sort et veut à tout prix aider sa mère. Je le trouve très courageux de faire face à cette situation avec une certaine bienveillance pour sa mère dépressive.

– Le quotidien de Félix est décrit sans détour et sans misérabilisme.

– Félix fait la liste des différents types de mensonges qui peuvent exister : le mensonge invisible, celui pour la paix des ménages, le mensonge enjoliveur, inoffensif et enfin le mensonge « quelqu’un risque de perdre un œil ». Félix est assez clairvoyant et y fait souvent référence quand il est obligé de mentir pour se protéger. Cette petite touche de légèreté était bienvenue !

– J’ai trouvé sympa le POPO de Félix (entendez son « Pouvoir d’Observation Précis et Organisé »).

Le –

– Le roman n’est pas de la grande littérature. Le style est très simple.

– Le fait que Félix veut participer à l’émission télévisée « Qui, Que, Quoi, Quand ? » pour sortir de la misère est un peu cliché (ça m’a fait penser à Slumdog millionaire).

Le coin des profs

C’est un roman très chouette à lire pour aborder les situations de précarité, la différence et la honte qui en découle.

Niveau de lecture

Débutant

Genre

Roman réaliste et social

Mots clés

Différence, honte, manque de repères, mensonges, parent dépressif et instable, peur de l’avenir, précarité, SDF

Vous aimerez ce récit si vous avez aimé

L’attrape-cœurs, J. D. Salinger

Infos pratiques

– À partir de 13 ans

– Helium

– 231p.

– 14,90€

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