La fille qui n’existait pas (Natalie C. Andersen)

La fille qui n’existait pas (Natalie C. Andersen)

Résumé de l’éditeur

Tina ne vit pas, elle survit sur le toit d’un immeuble des bas-fonds de Sangui. Cambrioleuse la plus habile d’un gang kényan, elle ne pense qu’à une chose : venger sa mère assassinée par son ancien employeur, le nabab blanc M. Greyhill. L’occasion se présente enfin quand on lui demande de s’introduire dans la luxueuse villa de ce dernier. Prise sur le fait par Michael, le fils Greyhill avec lequel elle a grandi, Tina commence à douter. Submergés par les souvenirs de leur enfance, les deux jeunes gens décident de passer un marché… Entre les rues inquiétantes de Sangui et la guerre qui menace son village natal, Tina voit sa vengeance prendre un tournant qu’elle n’aurait jamais pu imaginer…

 

Mon avis

Le roman démarre sur les chapeaux de roues : Tina est en train de rentrer en douce dans une riche maison kényane dans le but d’aider les Goondas, un gang local, à pirater à distance un ordinateur portable. Tout se déroule sans accroc jusqu’au moment où, alors qu’elle est à deux doigts de toucher le but, elle entend le « clic » caractéristique d’un revolver pressé contre sa nuque. C’est alors qu’on apprend que si Tina a voulu faire partie de cette mission, ce n’est pas juste parce qu’elle est une voleuse hors pair, mais parce que Greyhill, le propriétaire de cette maison, a assassiné sa mère il y a des années et que la jeune fille veut se venger. Par chance, celui qui la tient en joue n’est pas un membre de la sécurité mais Michael, le fils de Greyhill, son ami d’enfance. Parce qu’elle est bien obligée de lui dévoiler ses plans, du moins en partie, Michael lui propose un marché : s’il arrive à prouver que son père n’a pas tué la mère de Tina, elle s’engage à ne pas dévoiler à la presse les données piratées sur l’ordinateur. Tina prend alors sur elle de jouer les agents doubles…

Tina et Michael se replongent dans le passé pour comprendre enfin ce qu’il s’est passé cette fameuse nuit que les caméras de surveillance n’ont pas pu révéler. Ils se lancent dans une aventure dangereuse accompagnés de Skippy, un ami geek, et vont aller de surprise en surprise. Le rythme est bien soutenu, parcouru de nombreuses révélations et de retournements de situation. Tina est la narratrice et c’est à travers ses yeux que l’on voit l’histoire. Elle s’embrouille parfois un peu, bouleversée par ses émotions du passé qui refont surface et son désir de vengeance .

L’auteure dépeint très bien l’univers dans lequel baignent nos héros. Et pour cause, elle a travaillé 10 dans une ONG en Afrique avec des réfugiés et on sent bien qu’elle connaît son sujet. Cependant, elle ne fait pas étalage de ses connaissances, mais s’en sert pour créer une intrigue pointue et un dépaysement qui décoiffe. Entre le Kenya, la traversée des frontières en camion de bananes, le village de son enfance, la pauvreté, le manque de technologie, les images décrites par l’auteure sont très belles. On y découvre la beauté de l’Afrique, mais aussi sa partie sombre et complexe : milices, gangs, esclavage moderne pour les mines d’or, guerre, viols…

« Le Ring c’est le quartier où vivent les riches, un bel endroit vert et vallonné qui surplombe Sangui et semble nous regarder de haut. […] Ils viennent des quatre coins du monde mais ils parlent une langue commune : celle de l’argent. Quand ils rentrent chez eux le soir, ils se plaignent des embouteillages, boivent du whisky importé et se couchent tôt dans leurs beaux draps en coton fin. Leurs femmes règnent sur des bataillons de domestiques et ont la migraine quand le soleil africain tape trop fort. Leurs enfants jouent au tennis. Leurs chiens voient un psy. »

La Fille qui n’existait pas est un roman assez agréable à lire. L’intrigue est prenante et on découvre avec Tina les nombreux secrets qui ont jalonné la vie de sa mère et donc de la sienne. Le roman est particulièrement bien ficelé, les révélations s’enchaînent et les 400 pages du roman se dévorent à une vitesse folle. L’intrigue paraît plutôt simple au premier abord, mais se révèle vraiment intéressante par la suite.

Le trio formé par Tina, Skinny et Michael est assez chouette. Ils sont complètement opposés, mais forment une bonne équipe, bien complémentaire. Entre la voleuse calculatrice et déterminée, le geek un peu froussard mais très extraverti et le fils de riche intelligent et très protégé, ils vont apprendre à avoir confiance les uns aux autres, même s’il y a parfois des ratés et des engueulades. Parce que seuls, ils ne peuvent pas s’en sortir. Ils vont être confrontés à beaucoup d’épreuves qui les dépassent complètement : les villages contrôlés par les milices, les gangs organisés…

C’est un roman vraiment original qui mélange parfaitement le Young Adult et thriller. L’intrigue est haletante et pleine de rebondissements ! J’ai eu un beau coup de cœur !

 

Le +

  • L’intrigue bien ficelée et pleine de rebondissements. Natalie C. Anderson nous propose un roman jeunesse très prenant dans un environnement africain que l’on a peu l’habitude de lire et c’est bien dommage.
  • Le personnage de Tina est très attachant. Elle est forte, intelligente, déterminée, débrouillarde et pleine de caractère.
  • Dans cette histoire, il n’est pas toujours facile de savoir qui sont les gentils et qui sont les méchants. Peut-être, d’ailleurs, que tout n’est pas forcément tout noir ou tout blanc et que dans ces nuances de gris, nos héros vont trouver des alliés inattendus.
  • L’Afrique (Kenya et Congo) est l’autre personnage principal de ce roman et la partie la plus captivante pour moi. Les couleurs, les odeurs, le mode de vie, la violence sont dépeints avec beaucoup de réalisme et de vie : la vie quotidienne, les gangs, la situation militaire et politique, les riches exploitants étrangers, la gourvernance des milices, la loi du Talion,…

 

Le –

  • Il y a quelques clichés : l’ami d’enfance hyper séduisant, le pote totalement geek, les révélations sur le père, la façon de dénouer certaines situations comme la fin, mais cela n’enlève rien au suspense.
  • Je ne comprends pas bien la signification de ce titre : Tina existe bel et bien, c’est juste qu’elle vit en marginale.

 

Le coin des profs

  • Le roman est une belle porte d’entrée pour aborder la complexité de la situation en Afrique et pour présenter le combat de Denis Mukwege, qui a reçu récemment le Prix Nobel de la Paix.

 

Mots clés

Afrique, corruption, gang, guerre, meurtre, milice, pauvreté, trahison, viol

 

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Infos pratiques

  • À partir de 13 ans
  • Pocket Jeunesse Junior
  • 416p.
  • 17,90€
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